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Sous des cieux étrangers

Lucius SHEPARD

Science Fiction  - Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE & Pierre K. REY
Illustration de Pascal CASOLARI
BÉLIAL' n° (62), dépôt légal : février 2010
480 pages, catégorie / prix : 23 €, ISBN : 978-2-84344-096-0
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Lucius Shepard est sans équivalent. » The Times

     « Tout cela s’est passé il n’y a pas si longtemps sur la station Solitaire, par-delà l’orbite martienne, là où sont assemblés et lancés les astronefs de reconnaissance qui s’évanouissent dans une gerbe de feu de plusieurs milliers de kilomètres de diamètre, et c’est arrivé à un homme du nom de William Stamey, mieux connu sous le sobriquet de Bernacle Bill. Une minute, rétorquerez-vous sans doute, j’ai déjà entendu cette histoire. Elle a été racontée et reracontée. À quoi bon la ressasser ? Mais qu’avez-vous vraiment entendu ? »

     En cinq longs récits d’une implacable justesse, Sous des cieux étrangers, manière de pendant à Aztechs, lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2007, fait éclater les frontières des genres et célèbre la modernité d’une littérature ciblant le cœur de l’âme humaine.

     Né en 1947, en Virginie, Lucius Shepard est un écrivain voyageur. Ainsi depuis ses quinze ans, âge où il quitte les États-Unis en cargo pour rejoindre l’Irlande, il n’a cessé de parcourir le monde : Europe, Sud-Est asiatique et, surtout, Amérique centrale — où il couvrira notamment la guerre civile au Salvador comme journaliste freelance. Mille métiers pour mille voyages, et une œuvre unique qui mobilise et émeut tant Lucius Shepard excelle à revister le matériau de son vécu pour en extraire une vision du monde pétrifiante de vérité.

     Considéré outre-Atlantique comme un écrivain majeur, quelque part entre Ernest Hemingway et Joseph Conrad, il est lauréat de huit prix Locus, un Hugo, un Nebula et deux World Fantasy Award.


    Sommaire    
1 - Bernacle Bill le Spatial (Barnacle Bill the Spacer), pages 13 à 108, trad. Pierre K. REY rév. Jean-Daniel BRÈQUE & Olivier GIRARD
2 - Dead money (Dead money), pages 111 à 198, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
3 - Radieuse étoile verte (Radiant Green Star), pages 201 à 273, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
4 - Limbo (Limbo), pages 275 à 363, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
5 - Des étoiles entrevues dans la pierre (Stars Seen Through Stone), pages 365 à 457, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
6 - Alain SPRAUEL, Bibliographie de Lucius Shepard (1947-), pages 459 à 471, Bibliographie

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle étrangère, 2011
Prix obtenus par des textes au sommaire :
Bernacle Bill le spatial : Asimov's (prix des lecteurs), novella / Court roman, 1993, Hugo, novella / Court roman, 1993, Locus, novella / Court roman, 1993, Science Fiction Chronicle, novella / Court roman, 1993
Radieuse étoile verte : Locus, novella / Court roman, 2001
 
    Critiques    
     Lucius Shepard est un auteur essentiel de la science-fiction et du fantastique. Nouvelle après roman, il n’a de cesse de travailler sur l’Homme, dans toutes ses dimensions, comportementale (le recours régulier à la première personne permet d’expliquer de manière plus sensitive les actes des protagonistes), spirituelle et mystique (avec les croyances vaudou pour prédilection), géographique (en ancien bourlingueur, l’auteur nous promène d’un bout à l’autre de la planète, dans des lieux toujours très riches)... Quelle que soit l’intrigue, c’est l’Homme, ce matériau à la richesse inépuisable, qui sera invariablement placé au centre du propos de Shepard. Tout nouveau livre de cet auteur est donc un événement, et on ne saura trop remercier les éditions du Bélial’ de le suivre désormais de près – car il faut bien reconnaître qu’auparavant, il avait de manière inexplicable peu à peu disparu de l’édition française.
     Sous des cieux étrangers se présente sous le forme de cinq novellas, ce qui n’est pas une surprise : c’est très certainement la forme préférée par l’auteur, car elle lui permet de travailler son matériau habituel – l’Homme, donc – sans sacrifier pour autant l’histoire, qui fourmille toujours de multiples inspirations chez l’auteur, tout en conservant une certaine économie de moyens et une rigueur de la construction. Deux des textes sont des reprises : « Bernacle Bill le spatial » raconte comment, sur une station spatiale, un officier de sécurité va s’occuper d’un simple d’esprit, rejeté et brimé par tous, tandis que se précise la menace d’un embrigadement des personnes par une dangereuse secte. Shepard aborde ici tout un tas de sentiments humains, du plus beau au plus vil, tels que la notion d’héroïsme, le racisme et le rejet de l’autre, la candeur, la manipulation mentale des personnes... pour au final un texte splendide, qu’on n’oubliera pas de sitôt. « Radieuse étoile verte » est le récit de la vengeance d’un jeune homme élevé dans un cirque au Vietnam, vers la fin du XXIème siècle, contre son père responsable de la mort de sa mère. Comme toujours chez Shepard, cette trame simple s’enrichit de nombreux détails, notamment ici une espèce de créature fantomatique surgi de la guerre qu’y livrèrent les Américains, et qui raconte sa vision du conflit. Ces digressions font ici tout l’intérêt du texte, et pallient le manque d’épaisseur de l’intrigue.
     Dans « Dead Money », le premier des inédits, un malfrat est engagé pour s’occuper d’un joueur de poker quasiment imbattable, mais curieusement totalement inconnu. Shepard s’amuse ici à mêler les genres (le vaudou décrit de manière rationnelle et scientifique), tout en s’attachant surtout aux basques de son personnage, un paumé embringué dans une sombre histoire placée sous le signe des faux-semblants et du mensonge, et qui va découvrir certains tréfonds de l’âme humaine. En dépit d’une fin prévisible, un texte abouti, d’une noirceur impressionnante et peuplé d’une galerie de personnages plus crédibles les uns que les autres.
     Les limbes de « Limbo », ce sont tout autant celles de l’âme (ici, la violence domestique, qu’elle soit mentale ou physique) que les vraies Limbes, l’Au-delà auquel va être confronté le protagoniste, un voyou en fuite, quand il décidera d’y pénétrer pour tenter d’en sauver une femme. Une nouvelle d’une puissance rare, marquée par le désespoir, mais aussi une volonté farouche de se battre jusqu’au bout, et un sens du visuel jouissif dans sa description de l’outremonde ; une tonalité proche de celle du « Train noir », autre grand texte de Shepard paru dans l’anthologie Continents perdus en Denoël Lunes d’encre.
     Après l’intermède fantastique représenté par « Limbo », le recueil reprend sa tonalité science-fictive avec « Des étoiles entrevues dans la pierre », ou comment, dans une petite ville américaine, des phénomènes lumineux étranges se produisent avant qu’une vague toute particulière ne déferle sur la population. Cette fois-ci, le protagoniste n’est pas un paumé, mais un producteur de musique talentueux ; il a toutefois affaire à un musicien très doué, mais qui ruine sa vie en refusant de se prendre en main. Ce personnage, capable du pire (fainéantise, orgueil démesuré, attouchements, manipulation mentale...) comme du meilleur (quand il compose, il est réellement touché par la grâce) est emblématique de toute l’œuvre de Shepard, où la perversion et les errements de l’âme côtoient en permanence la beauté et la pureté, et que le basculement des unes aux autres peut se produire à tout instant.
     On ne le répétera jamais assez : Lucius Shepard est un auteur essentiel. Si vous en doutez encore, lisez Sous des cieux étrangers. Et relisez Aztechs, précédent recueil de l’auteur, auquel le présent livre constitue une sorte de pendant plus SF, même si avec Shepard le plaisir vient aussi – et surtout – du mélange des genres et des influences intégrés de manière homogène et intelligente.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 6/3/2010
nooSFere


     Entre Lucius Shepard et les éditeurs français de science-fiction, c'est une histoire d'amour qui dure depuis plus de vingt ans. Bien que n'ayant jamais fait partie des gros vendeurs du domaine, son œuvre est suffisamment singulière et enthousiasmante pour que, d'« Ailleurs & Demain » (Robert Laffont) au Bélial' en passant par Denoël et Flammarion, une partie importante de son œuvre ait été traduite, y compris ses nouvelles, format où il excelle, puisque Sous des cieux étrangers est son huitième recueil publié.

     Comme Aztechs en 2005 (le Bélial' — cf. critique in Bifrost n°41), Sous des Cieux étrangers mêle science-fiction et fantastique à travers cinq longs textes fort différents les uns des autres. Une fois n'est pas coutume, dans « Bernacle Bill le spatial » (naguère publié dans l'anthologie Isaac Asimov présente chez Pocket, et prix Hugo en 1993), Shepard quitte le plancher des vaches pour situer son action dans une station spatiale. Pourtant, si l'on fait abstraction de son environnement technologique, ce petit monde vivant refermé sur lui-même ne diffère guère des communautés isolées en marge de la civilisation que l'auteur a souvent mises en scène. Et comme dans nombre de ses textes (y compris dans ce recueil), son narrateur y est davantage spectateur qu'acteur et doit se contenter d'observer un phénomène dont la nature lui échappe foncièrement. Son récit est à la fois le témoignage d'un évènement crucial pour l'humanité et l'hommage à un individu qui, sous des dehors insignifiants, apparaît au final comme le détenteur d'un savoir unique et inexplicable.

     C'est le cas également du héros de « Dead Money », nouvelle qui met en scène certains personnages autrefois rencontrés dans Les Yeux électriques, le premier roman de l'auteur, notamment la toujours très ambiguë Jocundra Verret. Il y est donc question de vaudou et de morts ressuscités possédés par une autre personnalité que la leur. Et aussi de poker, l'histoire s'articulant autour de l'organisation d'un tournoi. C'est à mon goût le texte le moins réussi du recueil, ses enjeux demeurant nébuleux jusqu'au bout, néanmoins Shepard limite les dégâts grâce à une galerie de personnages épatants et une poignée de scènes très réussies.

     A la relecture, « Radieuse étoile verte » (initialement parue dans Bifrost n°51) n'a rien perdu de ses qualités. A travers un scénario particulièrement habile, Lucius Shepard y raconte le destin d'un jeune garçon membre d'un cirque itinérant, de ses premiers émois sentimentaux au passage brutal à l'âge adulte. Une histoire de vengeance et de trahison aussi, à laquelle l'auteur donne un cachet unique en allant à rebours de tous les stéréotypes liés à ce genre de récits.

     Retour au fantastique avec « Limbo », texte qui se démarque assez nettement du reste du recueil, et le seul qui ne soit pas écrit à la première personne. A première vue une histoire d'amour et de fantôme très classique, jusque dans son écriture, mais que l'auteur va prolonger dans une direction inattendue. Contrairement au héros shepardien traditionnel, celui de cette nouvelle est convaincu d'avoir compris la nature du mystère auquel il est confronté, de maîtriser suffisamment les règles du jeu pour se lancer dans la partie. La chute n'en sera que plus dure pour lui.

     « Des Etoiles entrevues dans la pierre » clôt le recueil de la plus belle des manières. Au-delà de l'élément S-F qu'on dirait presque issu d'un magazine des années 50, Lucius Shepard y décrit de manière impressionniste le bouleversement que subit une communauté en apparence ordinaire. L'occasion également de faire le portrait fascinant d'un musicien aussi génial qu'abject.

     On ne peut donc que se réjouir de la parution de ce recueil, aussi indispensable que les précédents, en souhaitant que cette vieille histoire d'amour dure encore longtemps.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/4/2010
dans Bifrost 58
Mise en ligne le : 17/7/2011


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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