Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Dernier témoin

Dominique DE VILLEPIN




PLON (Paris, France)
Dépôt légal : novembre 2009
182 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-259-20768-3   
Genre : Science-Fiction

Création graphique: V. Podevin.



    Quatrième de couverture    
     La Terre a été ravagée par le feu. Tout, désormais, est recouvert de cendres et les rares êtres qui subsistent encore n'ont plus grand-chose d'humain. Seul vestige de la splendeur du monde passé, un arbre règne sur les ruines d'une ville morte. Il est le dernier témoin de ce qu'a été l'humanité et, au milieu du silence, il prend la parole : dans ce monde perdu, il veut sauver ce qui peut encore l'être, et transmettre leur héritage à ces hommes qui n'en sont plus.

     En racontant son incroyable destin — indissociable de l'histoire du monde — , l'arbre va tenter de faire comprendre au peuple des cendres ce qu'est la vie et lui rendre ainsi son humanité.

    Sommaire    
1 - Avant-propos, pages 9 à 10, Introduction
 
    Critiques    
     [Note préliminaire : cette chronique, surtout dans sa seconde partie, dévoile beaucoup de choses sur l'intrigue. Toute personne souhaitant garder la surprise est encouragée à lire ce texte après l'ouvrage.]


*


     Voici un livre qui peut étonner au premier abord : Dominique de Villepin, ancien premier ministre, connu pour ses études sur Napoléon et son amour de la poésie, a écrit un roman de science-fiction... Oui, de science-fiction ! Difficile après ça de prétendre que la SF est encore méprisée dans les hautes sphères. Mais la renommée de l'auteur pose aussi problème : comment juger l'œuvre sans penser à la personnalité qui l'a écrite ? Qu'on aime ou pas l'homme politique, cela ne doit rien changer à notre lecture.

     Le qualificatif de science-fiction ne fait aucun doute : l'histoire se déroule dans un monde post-apocalyptique où des hommes déshumanisés se conduisent comme des machines. De plus, soulignons la singularité du narrateur : un arbre. Or, le récit d'un arbre relève fondamentalement d'une littérature non-mimétique si l'on en croit Gérard Klein dans son introduction à la nouvelle « Le Chêne et la mort » d'Ursula K. Le Guin dans son Livre d'Or : « Est-ce de la science-fiction ? N'en est-ce pas ? Voici un texte bien propre à relancer de vieilles querelles dans les chaumières. A mon avis, c'en est puisqu'on n'a jamais vu d'arbre entreprendre d'écrire et de faire éditer son autobiographie ».
     Le Dernier Témoin ne livre pas une autobiographie au sens propre mais un témoignage. Le narrateur, un chêne, s'affirme comme l'ultime spectateur de ce que a été l'humanité avant la catastrophe (que l'on suppose nucléaire mais peu importe) qui a tout balayé. Il va raconter aux êtres qui peuplent dorénavant la Terre, sa vie, ses errances et ses rencontres. Les rééduquer par l'histoire de leurs ancêtres.

     La qualité de l'écriture frappe dès le commencement du roman : un style imagé et métaphorique, un vocabulaire riche, un rythme parfois rapide et percutant, d'autres fois lent et beau. On obtient ainsi de belles et fortes phrases comme : « je serai livre de plomb, témoignage mort rangé dans les caissons d'un monde anéanti » (p.152).
     Au delà de la forme, on entre aussi très facilement dans le récit grâce à une bonne idée sur le fond : de Villepin décrit un univers en ruine, froid, triste, gris (cette couleur revient souvent à travers la mention des cendres qui constituent le sol de ce monde futur). À cet univers vide s'ajoutent ces êtres déshumanisés qui n'ont plus aucun sentiment, aucun individualisme. Ce sont des machines dénuées de parole et d'initiative. Cette mécanisation ajoute d'ailleurs à l'impression de froideur (très bien rendue) où le terme homme ne signifie plus rien. Ces êtres collectionnent les restes de l'ancien monde, entassant ce qu'ils trouvent dans des galeries. Jusqu'à leur rencontre avec cet arbre qui réagit à leur présence et leur racontant son histoire.

     Vous vous demandez d'ailleurs comment un arbre peut parler directement à des hommes ? Villepin évite cet écueil, en utilisant à peu près la même technique que Daniel Keyes dans Des Fleurs pour Algernon : il ne donne aucune explication. Les méthodes utilisées sont survolées afin d'éviter de décrire une expérience scientifiquement peu crédible. L'auteur utilise seulement les termes de « machines », « savant » « liquide visqueux », « scientifiques », « boite », etc. Cela lui évite de s'embourber dans des descriptions inutiles.

     Mais si cette idée de faire témoigner un arbre intrigue, le résultat se solde par un échec.
     En effet, passé le premier quart du livre, l'arbre devient une excuse. Ce n'est plus lui le héros, mais son statut de témoin, qui observe l'humanité dans toutes les formes qu'elle peut avoir : l'homme bon et mauvais, l'amitié et la trahison, l'espoir et la guerre, l'amour et l'humour. On est loin de l'appropriation de l'étrangeté de l'existence sylvestre lisible dans la nouvelle d'Ursula K. Le Guin déjà citée. Ici, au contraire de l'auteure américaine, il n'y a pas d'altérité. L'arbre a des sentiments humains, et n'existe qu'au travers des hommes et de leurs actions. Cet anthropomorphisme nuit à l'œuvre puisqu'il enlève tout effet sur le lecteur, tout le pathos qu'il aurait pu éprouver pour ce chêne. Il empêche d'atteindre l'objectif de départ explicité dans l'avant-propos : « raconter l'histoire d'un arbre ».
     Au contraire, le lecteur assiste à une suite de description d'événements tragiques qui ponctuent l'Histoire humaine. On reconnaît ainsi une révolte paysanne (une parmi d'autres), la Révolution française, mais aussi les guerres napoléoniennes, la peur de l'étranger et le besoin d'un bouc émissaire, les déportations dû à l'esclavage, etc. Malheureusement, le récit s'éternise ainsi dans des scènes sans intérêt. Couper ces parties aurait allégé le roman et donné plus de force à l'ensemble. En effet, la longue errance de l'arbre devient ennuyeuse et répétitive (car, oui, l'arbre va voyager !). On reconnait bien sûr à chaque fois les évènement historiques (par exemple la boucherie de la Terreur) mais ça n'apporte pas grand chose, hormis le fait de réaffirmer que l'homme est violent (une seule de ces scènes aurait suffi à le rappeler).

     D'ailleurs si cette volonté de faire se côtoyer meilleurs et pires côtés de l'homme paraît bonne en soi, car réaliste, elle donne au final un sentiment de fort pessimisme, et surtout de faiblesse. En effet, l'arbre raconte son récit avec pour but de ré-humaniser les hommes de cendre qui l'écoutent. Cependant cette connaissance de l'Histoire fera surtout ressurgir leurs plus vils aspects. Pourquoi une telle vision du monde ? Pourquoi imaginer que la connaissance de la jalousie, de la traitrise, du meurtre, de la guerre et autres massacres devrait-elle réengendrer ces mauvais côtés ? Pourquoi l'évocation du crime appellerait-elle forcément le crime ? De Villepin montre ainsi une vision extrêmement pessimiste de l'homme qu'il imagine immuablement mauvais, puisque la redécouverte des sentiments et des émotions ne peut entraîner que violence et destruction. En soi le pessimisme n'a rien d'un défaut, il peut même être constructif quand il apporte quelque chose, mais il devient ici facile et vain. Que les hommes au départ « neutres » deviennent des meurtriers pour avoir vu quelques images du passé traduit une absence d'espoir qui ne convainc pas.
     Cette idée se trouve renforcée par la similitude entre cet arbre et celui de la connaissance dans la religion chrétienne : l'arbre d'Adam et Ève. On assiste même à une scène où un homme et une femme naissent de l'arbre, sèment ensuite des graines autour de celui-ci et assistent à la recréation de la vie animale. L'arbre recrée la Terre et lui donne des souvenirs. Mais ici comme dans les mythes chrétiens, la connaissance reste fondamentalement mauvaise. Le fruit défendu s'appelle « l'horizon défendu » (p. 132) et si l'apport de l'arbre fait sortir les individus de leur mutisme (le jardin d'Éden ?), ils entrent dans un univers violent et malfaisant. Un personnage du roman évoque très bien cette vision : « Pourquoi raconter ? Pourquoi ne pas se contenter de vivre ? [c] Sans toi [l'arbre], combien de crimes et de malédictions nous serions-nous épargnés ? Sans toi, aurions-nous vécu heureux ? En deçà du bien et du mal ? » (p.160).

     Au bout du compte, même si on peut adhérer à la forme, le fond déçoit. Le pessimiste latent est dommageable et une partie de l'histoire ennuyeuse. C'est d'autant plus frustrant que le début se révèlait prenant et que la fin rattrape les longueurs que l'on a éprouvées précédemment. De plus les très bonnes descriptions de cet univers accrochent réellement le lecteur et stimulent son imagination. L'impression finale demeure néanmoins celle d'un roman moyen, avec de grandes qualités mais aussi d'importants défauts.


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 25/1/2010 nooSFere


 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 65768 livres, 65157 photos de couvertures, 60530 quatrièmes.
8089 critiques, 36057 intervenant·e·s, 1453 photographies, 3688 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.