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Interférences

YOSS


Traduction de Sylvie MILLER
Illustration de Antonio Javier CAPARÓ

BLACK COAT PRESS , coll. Rivière Blanche - Fusée n° 6
Dépôt légal : novembre 2009
180 pages, catégorie / prix : 16 €
ISBN : 978-1-935558-02-6
Format : 12,8 x 20,3 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Si, d'après cette loi, connaître le futur ne nous sert pas pour le changer et éviter des désastres à notre pays, alors la Causalité est une ennemie du peuple et doit être traitée comme telle : sans aucun état d'âme. »

     Deux voisins bien différents : un grand pays, un petit pays. L’un est démocratique et développé. L’autre est gouverné par un Dictateur affable (Guide éclairé de son Peuple).

     Quel cadre curieux pour planter une intrigue de SF !

     Trois événements incongrus viennent bousculer les relations déjà tendues de ces deux voisins-ennemis : une curieuse interférence perturbant les émissions télévisées, un rayon étrange aux effets inattendus, et des cheminées s’élevant rageusement vers les cieux.

     Le propos, jamais ouvertement politique, dessine un portrait au vitriol de la société cubaine.
     C’est truculent, hilarant, divertissant. Entre ce petit pays et son grand voisin, tout est prétexte à des INTERFERENCES !

    Sommaire    
1 - Sylvie MILLER, Préface, pages 9 à 13, Préface
2 - Sylvie MILLER, Interférences : un roman « undergound », pages 129 à 138, entretien avec YOSS
3 - Sylvie MILLER, À propos de l'auteur, pages 141 à 144, Biographie
4 - Sylvie MILLER, À propos de l'illustrateur, pages 147 à 147, Biographie
5 - Ils étaient venus, pages 151 à 163, trad. Sylvie MILLER
6 - Seppuku, pages 165 à 171, trad. Sylvie MILLER

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, prix Jacques Chambon de la traduction, 2010
 
    Critiques    
     La collection « à la Fusée » de Rivière Blanche avait jusque-là publié essentiellement des anthologies, ainsi qu’un roman de Robert Sheckley (première parution mondiale, excusez du peu !). C’est au tour de Yoss, auteur cubain de quarante ans, d’y faire son entrée. On avait eu l’occasion de le croiser au sein des revues Galaxies et Asphodales, ainsi qu’au sommaire de deux des anthologies de Rivière Blanche. Toutefois, sa première publication en France date de 2002, dans le livre-souvenir du festival des Utopiales 2002. Ceux qui étaient présents à Nantes se souviennent de sa dégaine inoubliable, espèce de G.I. Joe improbable, aux cheveux longs et bracelets à clous. On le croisa à nouveau à Épinal en 2003, puis à Nantes en 2004. Depuis, plus rien. Pour quelle raison ? Tout bonnement parce qu’il n’a jamais réussi depuis lors à obtenir un visa pour sortir de Cuba. Cela serait-il lié au fait que le roman qui paraît aujourd’hui est toujours inédit dans son pays ? Sans nul doute.
     Le sujet d’Interférences, ce sont deux pays voisins, le grand et le petit, aux caractéristiques bien différentes, voire même opposées : là où dans le grand pays tout le monde est libre, y compris de posséder plusieurs téléviseurs, les habitants du petit pays sont pauvres, vivent dans une société très cadenassée par l’affable dictateur (Guide éclairé du peuple). Toute tentative pour s’affranchir de la morne routine quotidienne est aussitôt tuée dans l’œuf. Aussi, lorsque monsieur Perez, pour réparer sa télévision, utilise la méthode cinétique – à savoir la réparation par le bon vieux coup de marteau judicieusement asséné – et constate alors que sa télé diffuse des images venues du futur, il essaye de cacher sa découverte. Trop tard pour lui, son beau-frère est au courant et décide, en bon citoyen zélé, d’avertir la police.
     Ceci constitue le point de départ de la première des trois nouvelles de ce livre. La préfacière, Sylvie Miller, parle de roman novelliste. Les textes réunis ici présentant un décor commun mais des histoires totalement indépendantes – à savoir donc une télévision qui montre le futur, la transformation d’êtres humains en pièces d’un gigantesque mécanisme, et une course à l’usine la plus haute –, sans doute faudrait-il tout bonnement parler de recueil. Yoss explique d’ailleurs dans une interview à la fin du livre la mécanique qui a présidé à la gestation de l’ouvrage. Ceci étant dit, la classification en roman ou recueil n’a au final que peu d’intérêt. L’essentiel est ailleurs, dans ces textes à l’humour corrosif et à l’ironie mordante, où Yoss passe à la moulinette la société cubaine ultra-verrouillée. À aucun moment, les deux pays ne sont cités, de telle sorte qu’on pourrait même parler de contes aux accents voltairiens. Si le grand pays fait souvent office d’Eldorado, Yoss est suffisamment subtil pour ne pas en faire un but ultime : la grande nation a aussi ses mesquineries, ses incohérences, ses ratés. Le style de l’auteur, bien rendu par la traductrice – encore Sylvie Miller – a un charme suranné qui s’adapte parfaitement à son propos, et rehausse l’humour omniprésent d’une petite touche rétro. Au final, l’auteur nous décrit de l’intérieur son pays, d’une manière particulièrement vivante et dépaysante. On a vraiment affaire à une science-fiction autre, qu’on ne nous donne pas souvent à lire.
     Un seul regret : que ce roman soit un peu court, à peine cent dix pages.. Aussi, pour compléter, le livre contient-il également une très intéressante interview de l’auteur – par Sylvie Miller, qui aura donc tout fait ici – et en bonus deux nouvelles totalement indépendantes, qui révèlent d’autres facettes de Yoss, cet auteur éminemment sympathique qu’on espère relire bientôt dans notre langue.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 17/1/2010 nooSFere


     Yoss, de son vrai nom José Miguel Sánchez Gómez Celorrio Pino Bellído Valdivía Rámirez Díaz Carnota Calabeo Can Pascual... euh, Yoss, donc, est un auteur de science-fiction, et plus puisque affinités, cubain. D'où ce vilain sous-titre de « Science-fiction cubaine » qui orne cet Interférences, et le ferait presque passer pour ce qu'il n'est pas, à savoir une anthologie. Il n'en est rien. Interférences, qu'on se le dise, est un roman. Enfin, un court roman. Un très court roman. Et un très court « roman novelliste », pour reprendre l'expression de la préfacière et traductrice Sylvie Miller (qui s'est d'ailleurs vu attribuer dernièrement le prix Jacques Chambon de la traduction justement pour l'ouvrage en question), ce qui permet de ne pas parler de fix-up. Interférences est en effet constitué de trois épisodes entretenant des liens assez ténus mais néanmoins indéniables, à savoir un même cadre et un même ton.

     Ce cadre, c'est celui qui oppose deux voisins qu'on ne nommera jamais mais que l'on identifiera sans soucis : un grand pays, démocratique et développé, et un petit pays, pauvre et gouverné par un dictateur plus ou moins affable (Guide Eclairé de Son Peuple) ; sachant que, comme de bien entendu, les deux pays ne peuvent pas se blairer, et se suspectent toujours au moindre petit problème. Thème particulièrement flagrant dans le dernier épisode, « Les Cheminées », qui fut le premier à avoir été écrit, et qui valut à son auteur, paradoxalement, un prix de la meilleure nouvelle humoristique ! Pourtant, le régime cubain en prend pour son grade, de manière tout juste voilée (et encore...), dans ce texte très caustique où la lutte entre les deux ennemis immémoriaux prend des proportions grotesques et s'achève dans l'absurde le plus grandiloquent...

     Mais auparavant, le lecteur aura pu se régaler de deux autres petits bijoux de S-F satirique : « Les Interférences » nous raconte comment monsieur Perez, du petit pays, en usant de la fameuse méthode cinétique sur son antenne lors de curieuses interférences, obtient de son téléviseur des images du futur... et Yoss, un peu à la manière d'un Jacques Spitz dans L'Homme élastique, d'en tirer toutes les conséquences. C'est malicieux et astucieux, un vrai bonheur.

     Il en va de même pour la deuxième partie, la dernière à avoir été écrite et la plus étrange, « Les Pièces » : cette fois, le phénomène étudié touche essentiellement le grand pays, mais le petit n'est pas épargné pour autant ; un mystérieux rayon transforme des individus en de mystérieux objets « extraterrestres », sans que l'on sache ni comment ni pourquoi. Là encore, Yoss s'amuse beaucoup — et le lecteur avec — à exploiter au maximum son idée et à voir comment le monde réagirait à ce « fléau des pièces », avec un humour très sûr et très fin.

     Au final, ce bref « roman novelliste » se révèle pertinent et original, d'une saveur très particulière et indéniablement exotique ; il se lit donc avec beaucoup de plaisir, et on en redemande volontiers...

     Ça tombe bien, y'en a encore. Tout d'abord, sous la forme d'un entretien entre Sylvie Miller et Yoss, où l'on en apprend un peu plus sur l'auteur et sur la science-fiction cubaine (on ne sera pas surpris, au passage, de noter qu'Interférences n'a jamais été publié à Cuba, mais seulement diffusé sous forme numérique...). Un bonus intéressant.

     Et restent encore deux nouvelles pour les assoiffés de Yoss. Tout d'abord « Ils étaient venus », un texte très légèrement expérimental sur la venue d'extraterrestres sur notre bonne vieille planète bleue. C'est assez bien vu, et plutôt drôle encore une fois. Si la rivalité entre le grand pays et le petit pays est mise de côté, ce texte ne s'en situe pas moins, dans une certaine mesure, dans la continuité d'Interférences et se révèle plutôt agréable.

     On sera plus réservé sur le suivant, « Seppuku », qui ne relève en rien de la science-fiction. Cette histoire nippone ne manque ni de panache ni de style, mais a de quoi laisser un peu perplexe et ne trouve pas vraiment sa place dans ce volume.

     Il n'en reste pas moins qu'avec Interférences, Rivière Blanche et Sylvie Miller nous ont offert une belle occasion de découvrir un pan largement insoupçonné de culture science-fictive fort intéressant, intelligent et distrayant tout à la fois. On peut bien les en remercier, et espérer de nouvelles réussites du même genre.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/10/2010 dans Bifrost 60
Mise en ligne le : 22/1/2013


 
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