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    Fiche livre    

Julian

Robert Charles WILSON

Titre original : Julian Comstock: A Story of 22nd-Century America, 2009
Science Fiction  - Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de Jefferson HAYMAN
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (129), dépôt légal : juin 2011
608 pages, catégorie / prix : 28 €, ISBN : 978-2-20710877-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Apostat. Fugitif. Conquérant.

     Il s'appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
     Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu'il était innocent de ce crime).
     Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l'Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
     On le connaît désormais sous le nom de Julian l'agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
     Ceci est l'histoire de ce qu'il a cru bon et juste, l'histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.

     Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.

     Né en 1953 en Californie et récemment naturalisé canadien, Robert Charles Wilson est l'auteur d'une quinzaine de romans et d'un recueil de nouvelles. Digne héritier de la science-fiction poétique et mélancolique de Ray Bradbury, inspiré par Theodore Sturgeon et Clifford D. Simak, il a connu un succès mondial avec Spin.

 
    Critiques    
 
     Sous-titré « Apostat. Fugitif. Conquérant. », Julian est la biographie de Julian Comstoke, jeune athée élevé dans une Amérique future désindustrialisée par manque de pétrole, sous la coupe d’une double dictature militaire et religieuse. Fils de Bryce Comstoke, assassiné par son frère devenu président, Julian est une menace potentielle pour son oncle et se retrouve engagé de force dans l’armée en voulant échapper à la conscription. Il se révèle rapidement un habile soldat, attirant sur lui l’attention de ceux qu’il fuyait.

     Les lecteurs attentifs de Robert Charles Wilson auront remarqué que si l’auteur réutilise souvent la même trame d’un roman à l’autre (des êtres humains moyens face à un évènement extraordinaire), il n’hésite pas à sortir des sentiers battus dans ses textes courts, comme le théâtre cartésien ou Julian : un conte de Noël présents dans le recueil Mysterium déjà paru chez Lunes d’encre. Ce dernier texte constitue justement la base de Julian, remplissant les 7 premiers chapitres soit 80 pages sur les 600 de ce nouveau roman. Sur ce socle, l’auteur construit un roman bien différent des autres : ni vertige scientifique, ni événement incompréhensible contre lequel bute les protagonistes, mais la biographie linéaire d’un personnage singulier dans cette Amérique dictatoriale qui rappelle fortement celle de Mystérium.
     Comme d’habitude, la plume légère et efficace de Wilson, aidée par la traduction de Gilles Goullet, fait son office : les pages tournent rapidement et on suit l’ascension et le destin de Julian avec intérêt. Malheureusement, deux défauts entachent le récit. D’abord le choix d’un narrateur (le fidèle compagnon de Julian) d’une naïveté confondante qui n’évolue pas au cours du roman malgré les péripéties qu’il traverse (quand même, quelques batailles et une prise de pouvoir devraient lui forger le caractère un peu plus que cela), naïveté telle que l’on a l’impression qu’il passe à côté (et le lecteur avec) des faits les plus importants. Ensuite un déséquilibre entre les parties : face à des dizaines de pages de guerre, le remplacement du dictateur par Julian est réglé hors-champ en quelques paragraphes et la fin est expédiée bien trop rapidement. De même, le conflit entre Julian et le Dominion (l’autorité religieuse), qui aurait pu être au centre du récit, est traité bien superficiellement, nous sommes loin de la puissance d’un texte comme la servante écarlate de Margaret Atwood.

     Roman d’aventures agréable à lire (à condition d’aimer les scènes de bataille), Julian aurait pu être vraiment marquant s’il avait plus creusé sa matière politique. En choisissant de privilégier l’action sur la réflexion, Robert Charles Wilson fait certainement avec Julian son œuvre la plus accessible. Dommage pour les lecteurs exigeants qui en attendaient plus.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 16/9/2011
nooSFere


     J’entends coucher ici par écrit mes impressions sur la vie et les aventures de Julian Comstock, plus connu sous le nom de Julian l’Agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant, telles que relatées par son ami et scribe Adam Hazzard 1.

     Les lecteurs à qui ce nom est familier savent que Julian a vécu à une époque troublée, dans une Amérique retombée dans l’obscurantisme religieux, sous la coupe d'un pouvoir presque féodal. Une Amérique qui, après avoir usé et abusé des biens de ce monde, se retrouvait à terre, en butte à des ennemis venus de l’autre côté de l’Atlantique, pour la possession de quelques lopins de terre gelée au Canada. Une Amérique rétrograde qui refusait son passé et pensait que son salut ne pourrait venir que de l’ignorance des masses.

     Mais dans toute noirceur, une lumière peut apparaître. Pour l’Amérique, ce salut émergé des ténèbres serait venu de ce fameux Julian. C’est son épopée vers le pouvoir que nous conte le romancier Adam Hazzard à travers leurs pérégrinations et aventures. Le futur président des États-Unis d’Amérique y est décrit comme un homme assez réservé, intelligent et cultivé, droit et provocateur. Un érudit dans un monde dominé par la bêtise.

     Je m’arrête ici pour une petite note personnelle. Il est facile pour nous, lecteurs contemporains, de commenter et juger cette époque troublée qu’a été l’Amérique du XXIIe siècle, cette société qui représente pour nous le pire : une atteinte à nos chères libertés, un monde replié sur lui-même, un retour en force de la religion, une exploitation des masses ouvrières, etc. Cependant avant de faire de l’ethnocentrisme à travers l’Histoire, il faut regarder la situation des États-Unis avant ce retour en arrière. Ils étaient la première puissance économique mondiale, une puissance militaire phénoménale, une puissance diplomatique impressionnante, etc. Ce pays d’anciens colons gouvernait et dictait au monde son chemin. Sauf qu'ils n’avaient pas encore réussi à allier cette puissance à une véritable sagesse et qu'ils exploitaient sans vergogne tout ce que la terre pouvait leur fournir. Pétrole, gaz naturel, charbon, uranium, la société américaine ne se souciait pas de l’avenir mais seulement de son luxe présent. Après un tel faste et la chute que l’on connaît, comment ne pas comprendre un tel retour en arrière ? Comment ne pas admettre que les gens adhèrent au syndrome de l'âge d'or, le fameux principe du «  c’était mieux avant » ? Comment les juger alors que nous ne pouvons imaginer ce qu’ils ont vécu ?

     C’est pour cette raison que le texte d'Adam Hazzard est encore utile aujourd’hui. Au-delà des péripéties qui amenèrent Julian le Conquérant vers le pouvoir, ce texte offre une vue en perspective de cette Amérique troublée, une petite fenêtre pour analyser le passé – heureusement pour les lecteurs puisque, malgré les promesses de l’écrivain, le narrateur parle plus souvent de lui que de Julian. Il demeure très difficile de savoir ce que pensait réellement Julian le Conquérant, qui il était vraiment car on ne le voit qu’au travers des yeux troublées par l’amitié du narrateur 2. La biographie n'aura donc qu'une valeur toute relative pour les historiens puristes. Cependant même ce reflet trahi de la réalité garde son utilité en nous exposant le mode de pensée et l'échelle de valeurs qu'avaient les habitants des États-Unis d’Amérique du XXIIe siècle.

     Reprenant ainsi le flambeau de grands auteurs avant lui, en premier lieu Marc Twain comme tant d’autres commentateurs l’ont remarqué, Adam Hazzard décrit son Amérique à lui. Un monde fait de bons et mauvais côtés mais surtout rempli d’histoires personnelles. Cependant là où le grand écrivain américain arrivait à donner un souffle de légèreté à son oeuvre, à en faire une véritable chronique historique sous ses abords romanesques, le jeune Adam lui n’y arrive pas. Son récit hésite entre récit personnel et fresque historique monumentale. Son ton pseudo-académique notamment dénote trop et alourdit son texte – à moins que votre serviteur ait mal compris et que ce niveau de langage ne soit là que pour faire croire à une récit historique ce qui est en premier lieu un récit personnel d’une Amérique dans l’ombre d’elle-même.

     Bref, passons outre toute cette analyse et ces réflexions sans importance, et reconnaissons que Julian écrit par Robert Charles Wilson, pseudonyme bien connu d’Adam Hazzard, reste une lecture plaisante sur une Amérique déchue, sur un monde décrépit où la lumière apparue. L’épopée d’un (sur-)homme au travers du regard d’un témoin partial mais néanmoins privilégié. Avis aux amateurs, ce livre leur plaira.


Notes :

1. Devenant par la suite écrivain à succès, Adam Hazzard a changé de nom de plume pour se faire dorénavant appeler Robert Charles Wilson – peut-être en référence à son idole M. Charles Curtis Easton ? Que les lecteurs ne s’étonnent donc pas de trouver ce livre sous ce nom au côté des autres succès de l’auteur tels que Spin, BIOS, A travers temps, Darwinia, etc.
2. Et si je peux me permettre : par sa naïveté. En effet, Adam Hazzard est un personnage quelque peu enfantin, peu ouvert aux choses de ce monde et peu enclin à en comprendre les tenants et aboutissants. Cela rend son texte amusant à lire mais l'empêche d’aborder toute notion quelque peu approfondie, en premier lieu politique puisque son auteur ne maîtrise pas le sujet.


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 7/11/2011
nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2011)


     Signe des temps, la guerre atomique n'a plus la cote en science-fiction. Exit les paysages vitrifiés, balayés par les vents radioactifs. La faute au réchauffement climatique et aux autres périls générés par l'hyperconsommation. Même si l'accident nucléaire reste plus que jamais d'actualité, la peur semble s'être décalée vers d'autres sujets de préoccupation. A l'heure où la perspective du pic pétrolier hante toutes les prévisions, pourra-t-on se passer de cette ressource ? La transition énergétique s'effectuera-t-elle en douceur ?

     En bon auteur de SF, Robert Charles Wilson explore les possibles. Au XXIIe siècle, la période de l'Efflorescence du pétrole a été remisée dans les poubelles de l'Histoire. Frappée par la Grande Affliction — comprendre : l'effondrement des économies fondées sur la consommation d'hydrocarbures — , l'humanité a connu le repli sur elle-même. Pénuries multiples, chute des villes, famine, guerres pour le contrôle des ressources, avec en guise de solde de tout compte des millions de morts. La fin du village global et le retour à l'esprit de clocher.

     Les Etats-Unis ont pourtant survécu au chaos. Au prix d'un retour au temps du charbon et de la vapeur. Une récession assortie d'un repli sur des valeurs traditionnelles, pour ne pas dire réactionnaires. Ainsi, le pays à la bannière étoilée (étoiles désormais au nombre de soixante) entame une nouvelle séquence de sa jeune histoire. La république ayant troqué la démocratie contre la ploutocratie, la pérennité des institutions est désormais assurée au temporel par l'armée et au spirituel par l'Eglise du Dominion. Avec la bénédiction de Dieu et du marché, l'aristocratie eupatridienne — riches magnats de l'industrie, générée par le recyclage de l'activité passée, et grands propriétaires terriens confondus — domine la masse des travailleurs réduits à un quasi-servage. Elle peut compter sur l'appui tacite de la classe bailleresse. Mais à l'heure où la nation est engagée dans une longue guerre d'usure contre les Mitteleuropéens, cet équilibre reste-t-il tenable ? Pour Julian Comstock, neveu encombrant du dictateur Deklan Comstock, le temps du changement est venu. Mais est-on jamais sûr de la direction imprimée à l'Histoire ?

     Julian est la version prolongée de la novella éponyme, parue en France dans le volume Denoël « Lunes d'encre » Mysterium. Dès les premières pages, il se dégage du roman de Robert Charles Wilson un charme suranné propice à la nostalgie. Un sentiment éprouvé à la lecture de la plupart des romans de l'auteur. De même, l'atmosphère de Julian suscite de multiples réminiscences. Axis rappelait Ray Bradbury, A travers temps Clifford D. Simak, et La Cabane de l'aiguilleur John Steinbeck. Ici, on ne peut s'empêcher de penser à Walter M. Miller et à Gore Vidal, auteur dont le Julien partage un certain nombre de thèmes communs et de péripéties avec le roman de Wilson. On y trouve le même personnage, né trop tard, féru de philosophie, de science, et obsédé par la grandeur d'un passé qu'il souhaite restaurer. Bref, on se laisse prendre par cette reconstitution presque historique d'une Amérique retournée à ses valeurs pionnières, quelque part entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle.

     Pour autant, l'auteur canadien ne se cantonne pas exclusivement au registre de la nostalgie. Il sait se montrer très drôle à l'occasion. On pense notamment à cette adaptation de la vie et de l'œuvre du naturaliste Charles Darwin sous la forme d'un film d'aventure, romancé et ponctué de chansons et de combats contre des pirates. Sans doute le morceau de bravoure du roman de Robert Charles Wilson.

     Au-delà du contexte post-apocalyptique et du drame individuel, le propos de Julian se focalise sur la question du sens de l'Histoire. A un moment du récit, lorsque Julian Comstock affronte l'un des dirigeants du Dominion, le jeune homme affirme que l'histoire du monde est écrite dans le sable et évolue avec le souffle du vent. Manière pour lui d'exprimer son opposition à l'hégémonie définitive du Dominion. Manière pour lui aussi de livrer le fruit de ses réflexions. Une philosophie politique fondée sur l'inéluctabilité et l'imprévisibilité des changements historiques. Toutefois, ce n'est pas parce que rien ne dure que rien n'a d'importance. Julian Comstock se veut un idéaliste, porté par une vision mystique. Chevauchant le changement, il cherche à créer un monde fondé sur la Conscience où chacun pourrait sans hésiter faire confiance à autrui. Vaste projet et tâche éreintante vouée à un échec magnifique.

     Au final, même si Julian peut dérouter l'amateur de Robert Charles Wilson, ce roman parvient à mêler les préoccupations sociétales et intimes, la littérature populaire et la réflexion, le drame et l'Histoire. Ce récit, à part dans la bibliographie de l'auteur, se révèle une œuvre subtile, attachante et douloureusement humaine. Un futur classique, pas moins.

Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2011
dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 24/2/2013


 
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