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Il est parmi nous

Norman SPINRAD

Titre original : He Walks Among Us
Science Fiction  - Traduction de Sylvie DENIS & Roland C. WAGNER
Illustration de Diego TRIPODI
J'AI LU, coll. Science-Fiction (2007 - ) n° 9380, dépôt légal : octobre 2010
896 pages, catégorie / prix : 10,90 €, ISBN : 978-2-290-02126-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Ralf est-il un comédien venu du futur nous alerter sur les dangers auxquels nous exposons nos descendants en persistant à polluer notre planète, comme il le prétend ? Ou bien un allumé sorti de nulle part décidé à faire carrière dans le show-business en adoptant un gimmick douteux ? Qu'importe, Texas Jimmy Balaban, agent d'artistes sur le retour, flaire la bonne affaire et il n'est pas homme à se poser des questions métaphysiques. Tant que son poulain assure le prime time, tout roule. Mais pour Dexter Lampkin, l'auteur de science-fiction chargé d'écrire les textes du « Monde selon Ralf », et Amanda Robin, son coach new âge, les choses ne sont pas aussi simples. Et si... ?

     NORMAN SPINRAD
     Né en 1940, il s'est attaché à faire de la science-fiction une littérature engagée face aux grands enjeux contemporains. Jack Barron et l'éternité, Rock machine, Le printemps russe, Les années fléau ou encore Rêve de fer sont autant de chefs-d'œuvre qui ont marqué l'histoire du genre.

     « Norman Spinrad est un grand auteur et le prouve une nouvelle fois. »
     SciFi Universe

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition FAYARD, (2009)


     Attendu par toute une génération élevée au Spinrad période 70 et frustrée de ne lire aucune traduction récente, Il est parmi nous comble une longue parenthèse (huit années, en fait) de vide éditorial hexagonal. Enorme pavé publié par Fayard avant même une hypothétique édition américaine (peu probable, paraît-il), le dernier Spinrad frappe par son ambition manifeste et son parti pris résolument mainstream. Pas de panique, l'auteur de Jack Barron reste fidèle à ses schémas S-F habituels, mais les décore d'oripeaux très marqués Littérature Blanche. Véritable livre de non S-F lisible comme un hommage au genre ou comme une critique impitoyable (un terrain colonisé par les écrivains anglais, M. John Harrison en tête), Il est parmi nous récapitule en une seule histoire la quasi totalité des idées développées par Spinrad au cours de sa (longue) carrière. Stupidité humaine, tendance générale à l'autodestruction, crédulité, pouvoir des médias, politique, manipulations, écologie, sexualité, mysticisme de pacotille, réalité urbaine, tout y est. On pense évidemment à En direct, aux Miroirs de l'esprit, à Jack Barron, Rock Machine et quelques autres, et c'est d'ailleurs l'un des principaux défauts du roman : à force de rabâcher des idées mieux traitées ailleurs, Spinrad s'enlise dans une sorte de répétition nauséeuse à laquelle fait écho la redondance des situations décrites. Amputé (de l'aveu même de l'éditeur) d'un bon cinquième, Il est parmi nous aurait de fait mérité un coup de ciseau autrement plus sévère. Car si l'intrigue se laisse lire sans déplaisir, si les personnages prennent rapidement consistance, la lenteur du récit et la répétition de certaines scènes lassent rapidement le lecteur, presque disposé à sauter des chapitres entiers pour avancer un minimum. Dur constat après plusieurs jours de lecture poussive : Il est parmi nous est un roman raté. Superbement raté, certes, mais raté quand même. Et malgré plusieurs scènes d'anthologie doublées d'une saine vision tragi-comique du fandom américain (magma mal sapé plus ou moins adipeux dans lequel on jettera sans arrière-pensées son équivalent français), Spinrad ne réussit jamais à intéresser son lecteur. Ajoutez à cela une version française percluse de coquilles en tous genres, et vous obtenez un bouillon indigeste, d'autant plus difficile à avaler que tous les ingrédients étaient là pour en faire quelque chose de délicieux.

     On l'a vu, Spinad recycle, à l'image de son héros — l'écrivain de S-F Dexter Lampkin — contraint à phagocyter ses propres (vieux) succès pour combler les vides d'une production télévisuelle décérébrée, on s'en doute, mais seule capable de lui fournir argent frais, belle voiture et maison. Dexter Lampkin renonce. A ses ambitions d'écrivain visionnaire, à son envie de changer le monde, d'autant que la réalité le rattrape et lui fournit l'occasion d'agir. Responsable ? Le comique Ralf, envoyé du futur par ses pairs pour avertir le genre humain du désastre qui approche. De l'humour, donc. Repéré dans un show minable par un agent fatigué, Ralf se confond tellement avec son personnage qu'on en vient à se demander s'il n'arrive pas réellement du futur, d'autant que son émission tire de plus en plus sur le tragique et de moins en moins sur le rire. D'ailleurs, en quoi un avenir dans lequel la pollution ravage la planète et où l'humanité survit dans des centres commerciaux pourris peut-il encore nous amuser ? Dexter Lampkin, lui, s'en fout. Il palpe en écrivant scripts après scripts, tout en tapant au passage sur la secte du fandom et en appliquant la célèbre théorie économique de l'autoréalisation à la S-F dans son ensemble : le futur s'annonce mal, le désastre écologique englobe tout et l'humanité risque de ne pas voir le prochain siècle. Comme ces crétins d'humains ne comprennent décidément rien, on leur invente un gourou extraterrestre envoyé par une civilisation agonisante pour les avertir de ne surtout pas suivre leur exemple. Les humains réagissent comme il faut et leur futur est sauvé. Aux hommes, donc, aux élus de changer le monde. Ça, c'est justement le bouquin écrit par Lampkin, bouquin qui trouve un écho étonnant avec la propre histoire de Ralf... Troublant. En parallèle, Spinrad introduit le personnage d'Amanda, gourou new age en vogue et très branchée développement personnel, elle aussi impliquée avec Ralf en tant que coach. Spinrad en profite pour taper très fort sur cette tendance toute américaine néo-mystique creuse, percluse de grandes phrases vides et de satoris insupportables. Mise au point nécessaire, certes, mais à peu près aussi pénible que son sujet. Et longue. Longue. Affreusement longue. Ce qui sauve Il est parmi nous, c'est son personnage le plus brillant, Foxy Loxy, pute à crack dont la descente aux enfers est décrite dans une étonnante langue parlée à la limite du compréhensible (saluons les traducteurs — ils ont dû en baver). Chassée de chez elle par une mère obèse abrutie de télévision, la jeune fille se noie dans l'inframonde le plus littéralement du monde, avant de renaître après un passage résolument S-F (le seul, d'ailleurs), pour finir par rencontrer ce fameux Ralf, star de la télévision dont tout le monde parle... Jolie manière de boucler la boucle, mais qui ne réussit pas à faire pardonner les lacunes citées précédemment. Plus court, plus concis, plus direct, plus spinradien, Il est parmi nous aurait pu être un excellent roman, intelligent, rusé et critique. Hélas, sans doute victime de sa propre ambition, Norman Spinrad se noie dans son pavé et entraîne avec lui des lecteurs fatigués. C'est dommage, mais ça ne nous empêchera pas d'attendre de pied ferme son prochain roman, Osama the gun. Tout un programme.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2009
dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 28/10/2010


Edition FAYARD, (2009)


     Il est parmi nous est-il le chef-d'œuvre maudit de Norman Spinrad ? Ecrit il y a près de quinze ans, entre En Direct et Bleue comme une orange, ce roman n'a pas trouvé preneur aux Etats-Unis et n'a connu qu'une modeste carrière via Internet. Qu'un écrivain de la stature de Spinrad ne soit pas parvenu à vendre un tel projet en dit long sur l'état de l'édition américaine aujourd'hui. Raison de plus pour saluer cette parution française chez Fayard, même si l'on se serait volontiers passé du nombre effarant de coquilles qui parsèment ce texte.

     Il est parmi nous est centré sur un personnage énigmatique, Ralf, un comédien de stand-up prétendant venir du futur, plus précisément d'un monde agonisant, où les derniers représentants de l'espèce humaine vivent terrés dans d'anciens centres commerciaux pour échapper aux conditions climatiques cataclysmiques qui sévissent sur tout le globe. S'agit-il d'un simple rôle, est-il vraiment un voyageur temporel chargé de prévenir notre monde du désastre en préparation, ou juste un de ces cinglés dont les médias raffolent tant ? « Si Ralf avait été le personnage d'un de ses romans, il aurait eu besoin d'une bonne réécriture. » C'est ce que Spinrad ne va cesser de faire tout au long des 700 pages de ce livre.

     Ralf nous apparaît à travers le regard de trois personnages : Texas Jimmy Balaban, l'agent qui le découvre sur la scène d'un cabaret de troisième ordre et va en faire l'animateur d'un talk-show guère plus glorieux, « Le Monde selon Ralf » ; Dexter D. Lampkin, écrivain de science-fiction dont les ambitions littéraires n'ont guère trouvé d'écho auprès du grand public ; et Amanda Robin, actrice dilettante et conseillère en communication tendance new age. Tous trois vont à leur manière façonner Ralf, sa personnalité, et la perception qu'auront de lui les spectateurs de son émission.

     Il est parmi nous est moins un roman de science-fiction qu'un roman sur la science-fiction. Spinrad y analyse en détail son impact sur la culture américaine, la manière dont certains de ses thèmes ou des images qu'elle suscite peuvent durablement marquer l'imaginaire collectif. Une vulgarisation qui ne peut se faire que par le biais d'un plus petit dénominateur commun, en l'occurrence un talk-show racoleur de deuxième partie de soirée, et qui nécessitera de la part de ses instigateurs d'avaler un nombre considérable de couleuvres. Les protagonistes de ce récit devront sans cesse naviguer entre compromissions honteuses, tentations bassement mercantiles, et l'espoir sincère de changer un tant soit peu le monde.

     Symboles d'une telle réussite, Norman Spinrad dédie son roman à deux figures marquantes, chacune à leur façon, de la culture contemporaine : Timothy Leary et Gene Roddenberry. Un troisième nom est régulièrement cité, celui de L. Ron Hubbard, créateur de la Dianétique et de l'Eglise de Scientologie. Il est ce que la science-fiction a de pire à offrir au monde, et marque pour l'entourage de Ralf la limite à ne pas franchir. Tous sont conscients d'être en permanence sur le fil du rasoir, et que du prophète pour rire gentiment timbré au messie autoproclamé, il n'y a guère qu'un petit pas dans le vide...

     Et puis il y a le fandom. Norman Spinrad nous donne une description aussi peu ragoûtante que drôle de ce petit peuple de la S-F, arpentant les couloirs des conventions, épée de plastique à la main et bourrelets au vent pour les uns, engoncés dans des uniformes de trekkies trop justes pour contenir leurs formes disgracieuses pour les autres. J'ignore à quel point le portrait est fidèle, n'ayant fréquenté que les conventions de science-fiction française (dont les membres peuvent s'enorgueillir de la sveltesse de leur silhouette et d'une sobriété vestimentaire irréprochable), il n'est en tout cas guère flatteur. Malgré tout, le dézingage n'a rien de gratuit, et Spinrad reconnaît volontiers au fandom un rôle majeur dans la diffusion des idées de la science-fiction auprès du grand public, pour le pire comme pour le meilleur.

     En parallèle à l'histoire de Ralf, Spinrad met également en scène celle de Foxy Loxy, jeune femme un peu paumée qui va sombrer dans la drogue et connaître une descente aux enfers particulièrement éprouvante, pour le lecteur comme pour elle (on saluera au passage le travail des traducteurs sur ces séquences où l'écriture se détériore en même temps que la santé physique et mentale du personnage, un exercice casse-gueule dont ils se tirent remarquablement bien). Longtemps sans liens avec l'autre partie du roman, le destin de Loxy va finir par rejoindre celui de Ralf, dans un final où la tension ne cesse de croître au fil des pages.

     Dans le même temps, et assez paradoxalement, il se dégage des derniers chapitres d'Il est parmi nous un enthousiasme qui va lui aussi crescendo et donne à voir un Norman Spinrad au sommet de son art. Le roman souffre sans doute de certaines longueurs, mais les quelques réserves qu'on pourrait avoir à son égard sont balayées par une conclusion aussi magistrale qu'exaltante, où le romancier déjoue tous les lieux communs propres à une telle situation, tout en nouant les fils de ses nombreuses interrogations de la plus belle des manières. Au sein d'une bibliographie comptant un nombre respectable de classiques de la science-fiction, il n'est peut-être pas exagéré de considérer Il est parmi nous comme l'œuvre majeure de son auteur.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2009
dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 28/10/2010


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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