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    Fiche livre    

Bankgreen

Thierry DI ROLLO

Fantasy  - Illustration de Jean-Sébastien ROSSBACH
BÉLIAL' n° (68), dépôt légal : février 2011
368 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-84344-102-8
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Il y a ainsi une odeur de chairs coupées, tailladées, des cris qui résonnent encore. Rien qu’une guerre de plus qui s’achève... »

     Mordred est le dernier des varaniers, l’ultime représentant de sa race. Personne n’a jamais vu son visage derrière le heaume gris qu’il ne quitte jamais, pas plus que la couleur de sa peau par-delà l’armure qui l’habille — à moins que l’armure elle-même ne soit précisément cette peau, et son heaume son visage... Mordred est celui qui annonce, et nul n’échappe à son épouvantable prédiction : il connaît la fin de chacun, l’instant précis et les circonstances de la mort de quiconque croise sa route. Mordred est le plus redoutable des mercenaires. Aussi vieux que Bankgreen l’immémoriale, Bankgreen la mauve et noire, Mordred est immortel. Àmoins que... Car après tout, sur Bankgreen, la mort elle-même ne pourrait-elle pas mourir ?

     Thierry Di Rollo a publié huit romans — dont cinq aux éditions du Bélial’ — et plusieurs dizaines de nouvelles, notamment au Fleuve Noir, chez Denoël et dans la revue Bifrost. Il signe avec Bankgreen son grand œuvre, et crée avec la figure tragique du varanier Mordred l’un des héros les plus marquants de la dark fantasy épique depuis Elric, le prince buveur d’âmes de Michael Moorcock.

     « Raconter ce qui pourrait parfois s’enfuir et se cacher dans les méandres de l’irracontable, la chose n’est pas aisée, assurément. Comment tenter l’aventure narrative, d’une manière adaptée à ce monde hors normes qu’elle raconte et traverse et parcourt, ce monde et ses occupants ? Comment ? Raconter à travers la somme de tous ces écueils prévisibles dressés sur le chemin... Thierry Di Rollo l’a fait et y est parvenu avec une rare force évocatrice — avec ce qui fait qu’on entre dans ce monde à sa suite sans plus pouvoir s’éloigner de ses pas. »
Pierre Pelot,
extrait de la préface.


    Prix obtenus    
Elbakin, roman français, 2011
 
    Critiques    
     Lorsqu'on découvre Thierry Di Rollo, l'ambiance qui se dégage de ses romans impressionne forcément. Un univers sombre, très sombre, où il n'y a que peu d'espoir, où l'auteur questionne l'humain et sa relation avec la mort. Tout le monde n’apprécie pas, et le lectorat se divise directement en deux clans : ceux qui ont pris une claque et ceux que cette noirceur a dégouté. Pour les premiers, reste à savoir si l’auteur peut se renouveler suffisamment pour les intéresser dans des romans a priori si proches.
     Résumons : Thierry Di Rollo a commencé à publier vers la fin des années 1990, par de la SF qualifiée allégrement et à juste titre de noire. Il est resté fidèle aux « mauvais genres » en écrivant quelques polars où il a continué à « faire du noir ». Et le voici pour la première fois auteur d'un texte de fantasy... noir ! Constance ou répétition ?

     Bankgreen est une terre froide, enneigée, où règnent la guerre et la domination. Chaque peuple, chaque race, a une spécificité et des liens souvent tendus avec les autres : Digtères, Arfans, Hunum, Shores ou Emules ; tous vivent et meurent plus ou moins vite sous l’œil impassible des « immortels » locaux : les Varaniers et les Runes. Parmi ceux-ci, les premiers se mêlent aux êtres communs et mortels, en participant à leurs guerres en tant que mercenaires, tandis que les secondes ne font qu'observer la désolation de cette planète depuis leur ciel inaccessible. Mordred, le dernier varanier, parcourt cette terre en se demandant pourquoi lui a survécu. Pourquoi lui n’a pas voulu partir ? Entité mystérieuse et froide, il reste seul, à côté de — mais jamais avec — ses contemporains à la vie si courte et dont il voit même par avance la fin.
     Si au premier abord, on peut trouver Bankgreen moins sombre que les romans précédents du fait de la luminosité induite par cette « nève », on se rend vite compte qu'il n'en est rien. En effet, la blancheur ambiante s'oppose peut-être au ciel peuplé de vautours d'un Meddik ou aux fumées de la folie industrielle de La Profondeur des Tombes, cependant là encore, le monde de Thierry Di Rollo reste surtout très cruel. Les hommes ne sont que chairs et un coup du sort peut facilement les rayer de la carte. Ainsi, malgré la nouveauté du cadre – l'auteur avoue lui-même ne pas être un grand connaisseur de fantasy – on retrouve ici ses obsessions : désespoir, mort, utilité ou futilité de l'homme, fragilité de celui-ci, mais aussi destinée de l'humanité entière, son besoin de violence et l'échec irrémédiable que cela entraîne... Thierry Di Rollo ne se satisfait pas de conter une histoire où la mort rôde partout, il se sert de ce terreau, d'ailleurs assez peu expliqué, pour questionner chacun sur sa part d'ombre et de résignation.
     L'auteur ne dévoile cependant pas ses plans dès le départ. La lecture de Bankgreen s'apparente donc à la découverte d'un monde, assez atypique – à l'image de son créateur – et à la destinée d'un des siens, le dernier varanier, tout en nous faisant miroiter l'existence d'une raison à la folie, d'une possible trame invisible aux yeux des protagonistes.

     Grâce à une plume maitrisée de bout en bout, l'écrivain arrive ainsi à porter son univers, à le développer autant par les actions de ses personnages que par des ellipses qui donnent paradoxalement un réel corps à l'ensemble.
     Certes, le lectorat déjà familiarisé avec les sempiternelles obsessions de l'auteur pourra regretter de se retrouver en terrain connu, de ne pas déceler là un véritable renouvellement de ce style si efficace et si acerbe, de ne pas ressentir à nouveau la « claque » de la première découverte... mais ce reproche ne doit pas occulter le fait que Bankgreen s'affirme de toute façon comme un beau et bon roman, bien écrit, intelligent et parfaitement abouti. On peut d'autre part espérer que ce roman fera découvrir les univers si particuliers de Di Rollo à de nouveaux lecteurs, peut-être plus attirés par la fantasy, qui éprouveront à leur tour ce choc formidable face à une flamboyance morbide d'une totale originalité, face à cette voix unique de l'Imaginaire.


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 10/3/2011
nooSFere


     Après sept romans, deux recueils de nouvelles et plus de vingt ans d'écriture, Bankgreen marque une évolution importante dans la carrière de Thierry Di Rollo. Après la science-fiction, le fantastique et le roman noir (lorsque vous lirez ces lignes sera paru son second polar et premier « Série Noire », Préparer l'enfer), il s'attaque ici pour la première fois à la fantasy, et le résultat est tout à fait étonnant, car sa manière d'aborder le genre est très différente de son approche de la S-F. Alors que dans un cas, en fin connaisseur du genre, il lui suffisait d'un roman à l'autre de recycler les mêmes tropes pour donner corps à ses visions d'avenir, ici au contraire il fait montre d'une candeur inattendue et ignore tous les poncifs propres à la fantasy, donnant ainsi naissance à un univers aussi unique que riche.

     Parmi les nombreux personnages qui habitent ce roman, le premier d'entre eux est Bankgreen, monde sauvage, immense, partagé entre un continent unique — Pangée — et une mer en grande partie inexplorée — GrandEau. Y cohabitent plus ou moins bien (plutôt moins) plusieurs races : les Digtères et les Arfans, les deux principales cultures à s'y être développées, en constante rivalité ; les Shores, esclaves consentants des deux autres peuples ; les Katémens qui, pour ne pas subir le même sort, se sont réfugiés à bord du Nomoron, navire à la fois fabuleux et cauchemardesque — comme si les sept cercles de l'Enfer de Dante avaient trouvé refuge dans les cales du Nautilus — sillonnant GrandEau ; les énigmatiques êmuls qui ont accompagné les Katémens dans leur exil maritime ; et les Runes, aussi vieilles que le monde lui-même, observant et manipulant sans cesse tout ce petit monde. A cela s'ajoutent une faune et une flore des plus exotiques.

     Et puis il y a Mordred, le dernier des varaniers, un être que beaucoup croient immortel sous l'armure qu'il ne quitte jamais, arpentant sans relâche ce monde qui n'est pas tout à fait le sien, semant dans son sillage chaos et destruction. Mordred a le pouvoir de savoir comment ceux qu'il croise vont mourir, et ce n'est jamais de manière paisible.

     « Sur Bankgreen, tout a une raison », répètent à l'envi ses habitants. Il est vrai que le hasard tient peu de place dans les évènements qui nous sont décrits. L'intrigue déroule un plan minutieusement élaboré, dont les ramifications s'étendent sur près de deux siècles, et où la plupart des protagonistes jouent leur partition sans être conscient des réels enjeux en cours. Le roman raconte la fin d'un cycle, à l'échelle de la planète, et l'histoire de ceux qui l'ont mené à son terme.

     La mort est omniprésente dans Bankgreen. Brutale le plus souvent, subite, inévitable. « La mort répond à la première et à la dernière des logiques, celle de la nécessité. » Mais c'est toujours à son aune que chaque personnage définit ce qu'est sa vie. Et pour chacun elle revêt une signification différente : paradoxale pour Mordred, issu d'une race de quasi immortels et pourtant dernier de ses représentants ; absurde pour les membres de l'escorte initiatique qui l'accompagne, obligés de s'entretuer afin que le dernier d'entre eux puisse connaître un sort tout aussi funeste ; source inépuisable de haine pour Niobo, l'enfant que Mordred a pris sous son aile après avoir tué ses parents ; obsédante pour Silmar, le capitaine du Nomoron, qui a pourtant encore plusieurs siècles devant lui. Des Shores qui s'épuisent dans les mines aux Runes dont la longévité ne se mesure pas, les habitants de Bankgreen ne sont pas plus égaux devant la mort que devant la vie, et chaque espèce vit dans un rapport au temps différent. Mais pour tous le temps avance, celui des changements proches et irréversibles. Sur Bankgreen, tout a une raison, parce que tout a une fin.

     Par-delà la noirceur de Bankgreen, on éprouve pourtant une véritable jubilation à sa lecture. En creux, le roman est aussi une ode à la vie, dans toute sa variété et sa luxuriance. D'une écriture toujours aussi précise et affutée, Thierry Di Rollo nous donne à voir un monde d'une incroyable richesse, sauvage et envoutant. Plus qu'un simple cadre aux aventures qui s'y déroulent, il est le personnage central du roman, en même temps que le terrain de jeu idéal pour permettre au romancier de déployer tous ses talents. Je serais surpris que cette rencontre s'arrête là.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/4/2011
dans Bifrost 62
Mise en ligne le : 3/2/2013


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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