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Les Femmes vampires

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Jacques FINNÉ & Jean MARIGNY


Illustration de Edvard MUNCH

José CORTI (Paris, France), coll. Domaine Romantique
Dépôt légal : 2ème trimestre 2010
Première édition
Anthologie, 224 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-7143-1034-7
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
     La littérature et le cinéma ont souvent donné l'impression que le mythe du vampire était essentiellement masculin. De Lord Ruthven au mort vivant séducteur des romans d'Anne Rice en passant par l'immortel comte Dracula de Bram Stoker, la littérature, puis le cinéma nous ont présenté toute une galerie de héros — ou de anti-héros — d'outre-tombe particulièrement virils. Or, il ne faudrait pas oublier que les femmes vampires sont apparues dans l'imaginaire occidental bien avant Lord Ruthven et cela, dans un premier temps, par le biais de la poésie. « La Fiancée de Corinthe » dans le poème de Goethe, Geraldine dans « Christabel » de Coleridge, Oneiza dans « Thalaba le destructeur » de Robert Southey, « Lamia » et la « Belle dame sans merci » de Keats sont des femmes fatales dont le baiser est mortel, même si elles ne sucent pas toujours le sang de leurs victimes. C'est au cours des années 1820 que les vampires féminins à proprement parler vont faire leur apparition. L'un des deux premiers personnages de vampires féminins est sans doute Brunehilde dans la nouvelle d'Ernst Raupach « Laisse dormir les morts » (1823) qui ouvre l'anthologie, suivie par quatre récits représentatifs des plus « belles » histoires de femmes vampires (A. Crawford, M.E. Braddon, F.M. Crawford, X.L.).
     Un monde sépare en effet la femme fatale suceuse de sang des récits d'inspiration gothique du XIXe siècle et ces prédatrices modernes, ardemment féministes, qui luttent pour sauvegarder leur indépendance. Les nouvelles que nous avons choisies pour ce recueil sont des textes du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Jacques Finné les présente au fur et à mesure. Ce sont des classiques du genre, même si certaines d'entre elles sont peu connues du public français, voire inédites en France, comme « La Bonne Lady Ducayne » et « Un Mystère de la campagne romaine ». Elles donnent de la femme vampire une image très diversifiée, et nous espérons qu'elles sauront conquérir, sinon vampiriser, nos lecteurs.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Jean MARIGNY, Les Femmes vampires, pages 7 à 18, préface
2 - Ernst RAUPACH, Laisse dormir les morts (Lasst die Toten ruhen, 1823) , pages 19 à 51, nouvelle, trad. Henri-Daniel WIBAUT
3 - Anne CRAWFORD, Un Mystère de la campagne romaine (A Mystery of the Campagna, 1887) , pages 53 à 101, nouvelle, trad. Jacques FINNÉ
4 - X.L., Le Baiser de Judas (A Kiss of Judas, 1893) , pages 103 à 147, nouvelle, trad. Jacques FINNÉ
5 - Mary Elizabeth BRADDON, La Bonne Lady Ducayne (Good Lady Ducayne, 1896) , pages 149 à 188, nouvelle, trad. Jacques FINNÉ
6 - Francis Marion CRAWFORD, ...car la vie est dans le sang (For the Blood is the Life, 1905) , pages 189 à 213, nouvelle, trad. Jacques FINNÉ
Critiques
     « Quoi, encore des vampires ? » s'insurge le lecteur candide.
     (Enfin, probablement pas le lecteur de ce numéro de Bifrost en particulier, ou alors c'est à n'y rien comprendre...)
     Oui, mais attention : c'est que nous sommes ici, mesdames et messieurs, dans la collection « Domaine romantique » de José Corti. Autant dire que ça n'a « rien de commun », pour reprendre le fameux slogan entourant la rose des vents emblématique de l'éditeur de Julien Gracq (entre autres). Si le hasard fait bien les choses, et si l'engouement actuel pour les suceurs de sang n'est sans doute pas pour rien dans la réalisation de cette anthologie, le fait est que l'on est ici très loin de la bit'-lit' formatée pour gothopoufs aux hormones en ébullition ; non, là, on fait plutôt dans le classique, certes, mais surtout dans le rare et précieux. Une approche assez typique de l'excellente revue Le Visage vert, pourrait-on dire : il s'agit bien, en effet, non pas de piocher dans les incontournables du genre, mais bien de dénicher des textes qui, pour être méconnus, n'en sont pas moins parfois fort intéressants.

     Car, ainsi que le rappelle Jean Marigny dans sa préface (pour le reste fort dispensable, car trop large, et par-là même trop lacunaire... a fortiori à l'heure de la bit'-lit', hélas !), si la littérature et le cinéma ont donné une image essentiellement masculine à la figure du vampire, avec bien évidemment le comte Dracula en tête d'affiche, et Lord Ruthven en outsider non négligeable, ce sont pourtant surtout des femmes que l'on a trouvé dans la littérature vampirique dans un premier temps, ainsi qu'en témoigne notamment le fameux poème de Goethe, « La Fiancée de Corinthe », entre autres ; mais on pourrait évoquer plus tard, parmi les grands classiques du XIXe siècle, « La Morte amoureuse » de Théophile Gautier, ou encore la Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu. Autant de textes aisés à dénicher (et dont nous nous entretenons naturellement plus loin dans le dossier du présent numéro).

     Là n'est pas le propos de cette anthologie, qui comprend cinq textes du XIXe et du début du XXe siècle, présentant autant de figures du vampirisme féminin ; des textes rares, pour certains d'entre eux inédits en français, présentés et traduits (à l'exception du premier) par Jacques Finné. Des textes, aussi, précisons-le d'emblée, qui ont parfois tendance à biaiser, entendant le vampirisme au sens large : les femmes vampires de ce recueil ne sont pas nécessairement des mortes-vivantes dotées de canines proéminentes... Enfin, pour les amateurs de statistiques, nous noterons que quatre des cinq textes de l'anthologie sont anglo-saxons, l'autre étant allemand ; et enfin que l'Italie semble une destination de choix pour les femmes vampires, puisque trois des cinq textes s'y déroulent...

     Commençons par le commencement, c'est-à-dire « Laisse dormir les morts » (1823) d'Ernst Raupach. Ce texte allemand, à l'attribution incertaine, est un des tout premiers de la littérature vampirique (Le Vampire de Polidori date de 1819). Et, pour peu que l'on ne soit pas allergique au romantisme totalement outré, Sturm und Drang pour ne pas dire gothique — question de nationalité, sans doute... — , on passera un très bon moment à lire ce récit fantastique morbide à la fascinante femme fatale, pour le coup authentiquement vampirique. Disons-le tout net : l'auteur en fait des tonnes, mais c'est tout à fait délicieux.

     Bien plus intéressant, à vrai dire, que le texte suivant, notre premier récit italien, « Un mystère de la campagne romaine » (1887) d'Anne Crawford, baronne Von Rabe (sœur aînée de Francis Marion Crawford, que l'on retrouvera plus tard). Le récit, guère intéressant sur le pur plan stylistique, est un peu confus, et, si quelques notes humoristiques de temps à autre relèvent le niveau, il se montre néanmoins plutôt laborieux ; on ajoutera que le vampirisme féminin n'y intervient que tardivement et de manière presque anecdotique... Ce n'est pas mauvais, non, mais ce n'est pas passionnant...

     Plus réussi, vient ensuite « Le Baiser de Judas » (1893) du mystérieux X.L. (en fait, l'Américain Julian Osgood Field). Rattacher ce texte au vampirisme féminin tient un peu de l'exercice de haute voltige, honnêtement, mais peu importe, tant on passe un bon moment à la lecture de cette nouvelle qui commence comme une amusante satire du colonialisme anglais pour s'achever sur un beau morceau d'angoisse. Tout à fait convaincant.

     Nouveau récit italien avec « La Bonne Lady Ducayne » (1896) de Mary Elizabeth Braddon. Là encore, il s'agit d'une franche réussite, non dénuée d'humour, mais ne se rattachant véritablement au vampirisme qu'au prix d'une certaine capillotractation ; on parlera, avec Jacques Finné, de « vampirisme symbolique »... Mais peu importe, là encore : les personnages comme le cadre sont très réussis, et on se prend au jeu de cette nouvelle, quand bien même on en voit très tôt venir la chute.

     Reste enfin « ... Car la vie est dans le sang » (1905) de Francis Marion Crawford, encore un récit italien. Si le frère écrit indéniablement mieux que la sœur, et si le vampirisme féminin, cette fois, est bel et bien au cœur de la nouvelle, on avouera cependant que ce texte somme toute très classique déçoit un peu, et ne laisse guère de souvenirs... Là non plus, ce n'est pas mauvais, mais...

     Il n'en reste pas moins que ces Femmes vampires constituent dans l'ensemble une anthologie assez recommandable. Si la préface est dispensable et si les textes des Crawford déçoivent sans être mauvais pour autant, les trois autres nouvelles sont tout à fait intéressantes ; le bilan est donc un peu mitigé, certes, mais globalement positif, comme on dit. Pour une anthologie portant sur un thème aussi éculé que le vampirisme, ce n'est finalement pas si mal...

Bertrand BONNET
Première parution : 1/10/2010 dans Bifrost 60
Mise en ligne le : 22/1/2013

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