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Boneshaker

Cherie PRIEST

Titre original : Boneshaker, 2009
Science Fiction  - Cycle : Le Siècle Mécanique vol.

Traduction de Agnès BOUSTEAU
Illustration de Jon FOSTER
ÉCLIPSE, coll. Steampunk n° (1), dépôt légal : octobre 2010
486 pages, catégorie / prix : 18 €, ISBN : 9-782362-70009-5

Couverture

    Quatrième de couverture    
Nous sommes en 1880.
La Guerre Civile américaine fait rage
depuis deux décennies, poussant les avancées
technologiques dans d'étranges et terribles
directions. Des dirigeables de combat sillonnent
le ciel et des véhicules blindés rampent dans les
tranchées. Les scientifiques détournent les lois
de la nature et échangent leur âme contre
des armes surnaturelles alimentées
par le feu, la vapeur et le sang.

Bienvenue dans le Siècle Mécanique.

Un siècle sombre et terrifiant.


    Prix obtenus    
Locus, roman de Science-Fiction, 2010
 
    Critiques    
     Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce roman était attendu. Et pourtant, il est signé d'une auteure traduite pour la première fois en Français. D'où vient ce paradoxe ? Tout simplement du fait que Boneshaker, premier tome de la série du Siècle Mécanique, fut nominé à la fois aux prix Hugo et Nebula, et couronné par le prix Locus. Rien que ça ! Il faut dire que Cherie Priest n'en est pas à ses débuts : cette jeune auteure américaine (elle est née en 1975) a commencé à publier en 2003 ; après une demi-douzaine de romans, c'est en 2009 que paraît donc Boneshaker, à ce jour son œuvre la plus aboutie.
     Le « secoueur d'os » du titre, c'est en réalité une foreuse, commandée en 1860 par les Russes à un inventeur américain de Seattle, Leviticus Blue. Seulement, voilà, Blue a voulu tester sa foreuse chez lui, et elle a ravagé le centre-ville de Seattle : immeubles démolis, sous-sol endommagé... de quoi en faire un paria. Mais l'engin ne s'est pas arrêté là : en plus d'avoir secoué les gens, il a secoué la terre, où végétait une sorte de gaz lourd ; celui-ci s'est alors répandu, transformant tous ceux qui le touchaient en zombies...
     Nous sommes quelques années après. Un mur a été construit autour de la ville pour circonscrire gaz et zombies. Briar Wilkes, ex-femme de Blue, a du mal à élever son fils Ezekiel. En pleine rébellion, celui-ci décide un jour de pénétrer intra muros pour faire le mystère sur la disparition de son père et, si possible, réhabiliter celui-ci. Dès lors, Briar n'a plus le choix : il lui faut aussi se rendre à l'intérieur, pour sauver son fils.
     Ce roman marie avec un bonheur certain deux thèmes souvent traités, mais rarement – jamais ? – associés : le steampunk et les zombies. Le steampunk, parce que l’action se passe en 1880, et que les solutions trouvées pour parer aux déficiences nées de la catastrophe relèvent de la technologie de l’époque : les gens survolent la ville en dirigeable ; les quelques habitants qui y résident aspirent l’air non vicié par de gigantesques tubes qui montent à plusieurs de dizaines de mètres de hauteur, voient le gaz à l’aide de verres polarisants et vivent la plupart du temps sous terre dans des abris étanches. Priest bâtit ainsi une société totalement crédible qui a réussi à vivre une quinzaine d’années dans des conditions très difficiles. Les zombies, ensuite, du fait de la mutation des habitants due au gaz toxique ; au danger représenté par ces émanations s’ajoutent ainsi un deuxième péril. Et quand on sait que la concentration de gaz est désormais telle qu’avec les lunettes on n’y voit goutte à plus de cinq mètres, on comprend que certaines scènes vont être particulièrement haletantes, comme dans un film de Romero, ou plus encore dans 28 jours plus tard, puisque les zombies de Priest peuvent eux aussi courir...
     Le cadre, on le voit, est particulièrement original et bien rendu, le rythme de l'ouvrage est soutenu, les péripéties nombreuses, il fallait donc des personnages à la hauteur. Mission accomplie, puisque Briar est une héroïne qu'on n'oubliera pas de sitôt. Investie de la mission de sauver son fils, qui la transcende totalement, elle brave tous les dangers pour accomplir sa quête poignante de bout en bout. Son fils, Zeke, adolescent inconscient, est une vraie tête à claques qui saura évoluer pour enfin s'émanciper de l'ombre envahissante de son père. Les seconds rôles sont tout aussi réussis, chacun ayant sa consistance propre, ses contradictions, sa part d'ombre et de mystère.
     Il serait vain d'énumérer les thématiques et qualités de ce roman (la piraterie y joue aussi un rôle important, par exemple), tant elles sont nombreuses. On se contentera donc d'inviter le lecteur à découvrir Seattle de l'intérieur, et à signaler la maquette fort réussie des éditions Éclipse (dont l'équipe s'occupait déjà de Bibliothèque Interdite, spécialisée dans la publication des romans de l'univers Warhammer), qui frappent un grand coup avec la parution dans leurs premiers ouvrages de ce qui n'est pas moins que l'un des tout meilleurs titres de l'année 2010.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 27/12/2010
nooSFere


     Tout d'abord, notons que les éditions Eclipse nous offrent ici un bel objet-livre — couverture à rabats intérieurs avec marque-page prédécoupé, typographie et iconographie adaptées à l'esprit steampunk, sans oublier la superbe illustration de Jon Foster (en fait, la reprise de l'illustration VO). Sur la forme, le rapport qualité-prix est plutôt exceptionnel. Seul bémol : les deux pages ( !) intitulées « Concert de louanges pour Boneshaker » recensant des critiques élogieuses de personnalités ( ?) pour beaucoup méconnues par chez nous. Cette partie totalement dispensable et racoleuse n'apporte rien et pollue une lecture objective du texte. Que l'on fasse du marketing en quatrième de couverture, pourquoi pas, mais la limite est ici pour le moins dépassée... Bref.

     Premier roman de l'américaine Cherie Priest traduit en français, Boneshaker est le volet initial de la trilogie « Le Siècle mécanique », un livre non seulement finaliste des prix Hugo et Nebula 2010, mais qui plus est lauréat du prix Locus — tout de même !

     1880 : l'Amérique est en pleine guerre de sécession et la fièvre de l'or ouvre la voie à une course technologique effrénée. Le savant fou Leviticus Blue invente une machine extraordinaire capable d'extraire le précieux métal enfoui sous les glaces d'Alaska, le Boneshaker. Lors de son premier essai, la machine détruit une partie de Seattle et libère accidentellement un gaz (le fléau) qui transforme les habitants en « pourris ». Afin de maitriser la horde de zombies ainsi créée et canaliser cette horreur, un mur est construit autour de la zone dévastée. Seize ans plus tard, Briar Wilkes, la veuve du Dr Blue disparu dans la catastrophe, et son fils Zeke tentent de survivre dans les faubourgs de la zone confinée. L'adolescent, en quête de réponses quant à son passé familial, fugue et s'infiltre dans la zone sinistrée. Sa mère part à sa recherche...

     Rien à dire, les canons du genre sont respectés, les personnages plutôt attachants, et l'intrigue, eh bien... disons qu'elle en vaut bien une autre. Seulement voilà, le texte souffre, et il souffre beaucoup.

     D'abord, les dialogues. Priest (ou en tous cas son traducteur) use et abuse des verbes déclaratifs — et allons-y pour les « tint-il à clarifier », « grommela-t-il », « murmura violemment » ( ? !), « asséna-t-elle », « pleurnicha-t-il » et autres « rétorqua-t-il ». Comment vous dire... C'est un peu comme les tics de langage : à la fin, on ne suit plus la conversation, on les compte. Eh bien voyez-vous, là c'est pareil. Comme l'affirmait Stephen King dans Ecriture, mémoires d'un métier à propos des verbes déclaratifs : « N'écrivez pas comme ça... S'il vous plait ! »

     Ensuite, le développement du texte. Je reprends mon petit Stephen King illustré au chapitre « Enlevez tout mot inutile » et je vous laisse jouer en famille avec ces quelques exemples :
     « Le passage suivait une pente ascendante et Zeke montait donc, très légèrement » ; « D'un rapide coup d'œil, il compta une dizaine de semelles différentes (...) Or, les empreintes... eh bien... Elles impliquaient qu'il pouvait rencontrer des gens à tout moment » ; « Je me souviens, acquiesça-t-il avec un signe de tête, même si Rudy lui tournait le dos et ne pouvait donc pas le voir » ; « Je vois, dit-elle, car l'explication lui parut en effet limpide. » Aussi improbable que cela puisse paraître, je n'ai rien inventé...

     Heureusement, Boneshaker regorge de suspense. En voici un bon exemple, développé sur trois pages : « Et là, quelque chose de froid et de dur vint se poser contre sa nuque (...) il était seul, à l'exception de la personne qui se tenait derrière lui et le menaçait avec un pistolet au canon glacé (...) le contact glacial de quelque chose de circulaire, dur et dangereux n'avait pas quitté la parcelle de peau exposée à la base de son crâne (...) Zeke sentit le cercle froid contre son cou qui s'éloignait (...) l'arme était en fait une bouteille en verre. » Sans déc' ! ?

     A ce stade, on en vient à se demander si Cherie Priest n'aurait pas trouvé son prix Locus dans une pochette surprise. Mais on s'accroche, plus que 250 pages ! Et c'est alors qu'on tombe sur le magnifique, l'exceptionnel « couina-t-il ». Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais depuis, c'est précisément ici que se trouve mon joli marque-page offert par Eclipse, et ce afin que, tous les soirs, avant de m'endormir en priant Saint Jack D., je puisse relire avec émotion ce bijou de précision, de justesse, de finesse et finalement, oui, de simplicité, qu'est le fameux « couina-t-il ».

     Enfin passera-t-on sur l'intrigue parsemée d'invraisemblances qui resteront sans réponse : d'où vient ce gaz mystérieux ? Pourquoi les pourris restent-ils dans la zone contaminée ? Comment fait-on pour canaliser un gaz avec des murs à ciel ouvert... ?

     Boneshaker disposait des ingrédients pour faire, sinon un bon steampunk, en tout cas un steampunk honorable. L'ensemble est gâché par une écriture (une traduction ?) maladroite, lourde et trop longue, beaucoup trop longue. Dommage ! Passez votre chemin et courrez relire Jeter et Powers.

Hervé LE ROUX
Première parution : 1/1/2011
dans Bifrost 61
Mise en ligne le : 31/1/2013


 
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