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Killdozer / Le viol cosmique

Theodore STURGEON


Traduction de Georges H. GALLET
Illustration de Françoise BOUDIGNON

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) n° 407
Dépôt légal : 4ème trimestre 1971
320 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   J'AI LU, 1972, 1976, 1982, 1989, 1994 sous le titre Killdozer, suivi de Le viol cosmique, 2003

    Quatrième de couverture    
     Théodore Sturgeon est un des plus grands écrivains américains de l'étrange. Il est né en 1918 dans l'Etat de New York. Un rhumatisme articulaire l'obligea à une vie sédentaire et fut à l'origine de sa carrière d'écrivain. Deux de ses romans déjà parus dans la collection J'ai Lu :
     Les plus qu'humains et Cristal qui songe sont des chefs-d'œuvre incontestés du genre.

     Cet ouvrage de Théodore Sturgeon, inédit en français, raconte l'invasion de la Terre par deux êtres d'origine extra-terrestre. Le premier, entité d'une intelligence fabuleuse, s'installe aux commandes d'un bulldozer qu'il transforme en un engin de destruction et de terreur.
     Le second, la Méduse intergalactique, s'empare de l'esprit d'un homme et, à travers lui, compte asservir toute l'espèce humaine.
     Avec ces deux luttes titanesques, l'auteur réussit à nous faire vivre ce que pourrait être un contact avec des créatures venues d'au-delà du néant.

    Sommaire    
1 - Le Viol cosmique (The Cosmic Rape), pages 5 à 128, Roman, trad. Georges H. GALLET
2 - Killdozer (Killdozer !), pages 129 à 307, Roman, trad. Georges H. GALLET

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Killdozer , 1974, Jerry London (Téléfilm)
 
    Critiques    

Parmi les maîtres de la science-fiction américaine de « l'âge d'or » (c'est-à-dire parmi ceux qui se révélèrent entre 1936 et 1948 à peu près), Théodore Sturgeon est probablement celui dont la carrière littéraire présente les plus importantes discontinuités. A plus d'une reprise, il a été purement et simplement incapable d'écrire, à la suite de tensions psychologiques. Les deux récits de ce livre montrent sa fidélité envers un thème précis — celui de l'intelligence extraterrestre affrontant les humains — même à travers une au moins de ces périodes d'inactivité littéraire forcée.

Ce volume, qui s'inscrit dans une collection dont le catalogue de science-fiction s'enrichit régulièrement, présente deux courts romans de Sturgeon dans de bonnes versions françaises dues à Georges H. Gallet. Killdozer parut en 1944 dans Astounding Science Fiction. Une version abrégée du Viol cosmique (To marry Medusa) fut publiée en 1958 par Galaxy, tandis que le texte traduit ici en français apparaissait peu de temps après dans un livre de poche.

Il s'agit donc, dans les deux cas, d'intelligences extraterrestres : non point d'extraterrestres en chair et en os (ou ce qui leur tient lieu de chair et d'os), mais bien de leurs émanations télépathiques, de leurs agents sur notre planète. Dans le plus ancien des récits, l'extraterrestre est « un champ électronique organisé, doué d'intelligence, de mobilité, et d'une volonté de détruire, et guère autre chose », survivant unique d'une guerre ancienne, achevée bien avant l'apparition de l'humanité. Cette intelligence prend possession d'un bulldozer utilisé dans la construction d'une piste aérienne sur un îlot du Pacifique, et utilise cet engin redoutable pour semer la destruction autour d'elle. Pour écrire ce récit — ce qu'il fit en neuf jours, à en croire Sam Moskowitz — Sturgeon utilisa son expérience personnelle : il avait travaillé, peu de temps auparavant, comme opérateur de bulldozer à Porto Rico.

Peut-on qualifier Killdozer de récit de terreur ? L'auteur n'analyse à aucun moment les motivations de l'extraterrestre, qui n'est présenté qu'à travers la vue des humains qui l'entourent — ses futures victimes, dans la plupart des cas. On peut donc lire ce court roman à plusieurs niveaux ; en plus de celui du simple récit terrifiant à suspense, en peut distinguer le récit d'aventures, - et aussi l'esquisse d'une interrogation : que se passerait-il si une machine pouvait agir sans l'intervention d'une intelligence humaine ?

Killdozer fut repris dans une des toutes premières anthologies de science-fiction (The best of science fiction, publiée par Groff Conklin en 1946). Près de trente ans plus tard, cependant, on relit ce court roman en se disant que le sujet était sans doute neuf à l'époque, mais que le passage du temps le fait paraître un peu mince. Le traitement est adroit, la narration assez rapide pour le sujet, mais Killdozer ne révèle pas ce qui devait devenir une des principales caractéristiques ultérieures des récits signés par Théodore Sturgeon : une tendresse à l'égard de ses personnages humains, tendresse qui l'amène à examiner leur âme et leur sensibilité pour en dégager les traits positifs.

Cette tendresse est en revanche apparente dans le viol cosmique. Pour écrire ce récit, Sturgeon a utilisé une technique extrêmement appréciée de ceux qui doivent écrire « sur mesure ». Il parle successivement de plusieurs personnages qui ne se connaissent pas mais dont les mouvements convergent vers la scène essentielle de la narration : il est clair que la suppression ou l'adjonction de quelques-uns de ces personnages permet de raccourcir ou de rallonger le récit, d'en faire à volonté une nouvelle ou un roman. Dans ce cas particulier, il est difficile de dire sous quelle forme l'auteur rédigea son histoire en premier lieu. Probablement sous celle que présente ce volume : en effet Horace Gold, qui dirigeait à l'époque Galaxy, était célèbre pour la facilité avec laquelle il modifiait — ou faisait modifier — les textes qu'il entendait publier dans son magazine.

Cette multiplication des personnages, et par conséquent des points de vue, se justifie d'ailleurs fort bien par la nature de l'intelligence extraterrestre mise en scène. Cette « Méduse » est en effet composée d'une multitude d'êtres, dans de nombreuses galaxies, mais qui ont la particularité de posséder une seule intelligence collective qui est la somme des intelligences individuelles. Le concept est présenté par Sturgeon avec d'autant plus de fermeté que la Méduse n'apparaît jamais qu'à travers ses messages télépathiques, et qu'elle n'imagine des intelligences individuelles — les nôtres — que comme résultant d'une dégénérescence ou d'un accident. Ayant assumé le contrôle d'un clochard, dans quelque grande ville américaine, la Méduse va chercher à rectifier cet accident, puis à incorporer toutes les intelligences humaines dans sa propre entité. Le crescendo de la narration est provoqué par la révélation progressive au lecteur des ressources de la Méduse, alors que les rôles prévus dans la confrontation décisive pour les divers Terriens mis en scène restent évidemment cachés. Parmi ces Terriens, un jeune Italien traumatisé par sa sensibilité, une famille aussi nombreuse que nonchalante surprise dans son déménagement, un Don Juan à la petite semaine, une refoulée, un gosse arriéré : autant de personnages que Sturgeon présente parfois avec ironie ou pitié, mais toujours avec une sorte d'affection qui vient du cœur. En particulier le jeune Italien, qui pourrait être le cousin de Gerry, l'élément central de l'homo Gestalt dans Les plus qu'humains, inspire à Sturgeon cette qualité de tendresse qu'il réserve aux êtres différents qui sont avant tout des inadaptés.

La séquence au cours de laquelle on voit l'humanité disposant d'une intelligence collective possède, d'autre part, une nervosité et une originalité qui sont celles d'un maître de la science-fiction. Sturgeon ne s'interroge que brièvement sur les conséquences profondes qu'entraînerait pour notre espèce une telle communication mentale illimitée : il en montre les aspects bénéfiques mais il passe sous silence les réorganisations sociales qu'elle nécessiterait. A partir du moment où chacun sait ce qu'un homme d'Etat pense (et non plus seulement ce qu'il déclare), à partir du moment où chacun peut distinguer les mensonges d'une propagande idéologique, tout ce qui relève de près ou de loin des principes du poker est évidemment à repenser. Sturgeon s'arrête en deçà de ces bouleversements, sur une note résolument optimiste. Cela n'enlève rien à la qualité de son roman, même si le lecteur se dit que les problèmes réels ne font que commencer lorsque celui-ci s'achève. Le viol cosmique est le récit d'une attaque infructueuse menée par des extraterrestres exceptionnels, et il représente, dans ces limites, une réussite incontestable.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/4/1972 dans Fiction 220
Mise en ligne le : 2/3/2019


 
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