Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Complots capitaux

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Olivier DELCROIX




LE CHERCHE-MIDI , coll. NéO n° (11)
Dépôt légal : mai 2008
392 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 978-2-7491-0994-7   



    Quatrième de couverture    
     ENFIN LE GRAND ROMAN DES COMPLOTS !

     Dix-huit chapitres, dix-huit conspirations, dix-huit auteurs qui complotent au cœur d'une anthologie établie par Olivier Delcroix.

     Marilyn s'est-elle vraiment suicidée ? Quelle machination se cache derrière les événements de Mai 68 ? A-t-on marché sur la Lune en 1969 ? Kennedy a-t-il été assassiné par la mafia, à Dallas ? Nous a-t-on tout révélé sur l'attentat du 11 septembre 2001 ? Quelle vérité émerge de l'affaire du Rainbow Warrior ? Et de l'ahurissant décès du pape Jean-Paul Ier ? Et si la saga Star Wars était l'une des plus énormes conspirations politiques du XXe siècle ? Claude François est-il mort comme on le croit ? Et Diana ? Et Elvis Presley ? Et la Callas ? Etc.
     « On nous cache tout, on nous dit rien », chantait Jacques Dutronc dans les années 1960. Quarante ans plus tard, jamais l'imaginaire du complot n'a été aussi riche. Entre le cinéma, la littérature, la télévision, les journaux, et surtout l'internet, la sombre matrice du complot a joyeusement déployé ses tentacules.

     Et si, à l'intérieur de ces fictions conspirationnistes, se nichait un brin de vérité ?

     Comme il n'est pas de complot sans secret, le romanesque n'est jamais loin... Dix-huit écrivains se sont ainsi divertis à livrer leur propre version de complots d'hier et d'aujourd'hui. Pierre Bordage, Guillaume Bouilleux, Philippe Colin-Oliver, Nicolas d'Estienne d'Orves, Claude Godfryd, Benjamin et Julian Guérif, Johan Heliot, Jérôme Leroy, Michel de Pracontal, Benoît Peeters, Chantal Pelletier, François Rivière, Rodolphe, Philippe Ségur, J.S. Victor, Bernard Werber, Erik Wietzel et.... l'initiateur de l'anthologie lui-même.

     Né en 1967, écrivain et journaliste, Olivier Delcroix est notamment l'auteur de Générations Hergé, du documentaire De Tintin à Titeuf, les mythes de la bande dessinée, et de Corto Maltese, la cour secrète des Arcanes.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     C'est bien connu : les complots, les secrets à révéler, sont un puissant moteur de l'Imaginaire, sur lequel reposent des succès comme le Da Vinci Code et qui font les choux gras des tabloïds acharnés à déceler, derrière les grands faits d'actualité, la vérité cachée qui ne cesse d'alimenter les plus folles rumeurs. Aussi, est-ce une brillante idée que de convoquer dix-huit auteurs de polar, de S-F et de BD (du moins dix-sept, l'anthologiste s'étant convoqué d'office) afin de reprendre quelques-unes des grandes affaires de notre temps et de raconter, enfin !, ce qui s'est réellement passé ! Voilà une anthologie qu'on pourrait aisément vendre avec le France-Soir du jour.

     L'exercice est cependant moins facile qu'il n'y paraît : il ne s'agit pas de mettre en doute des faits comme le font certains dénonciateurs, mais de se glisser dans les failles de l'Histoire de façon suffisamment subreptice pour ne pas attirer l'attention sur ses intentions, tout en restant centré sur son sujet. « Les Aventuriers du temple de Jérusalem », de J. S. Victor, autour du chandelier à sept branches des Hébreux et de la mafia calabraise, n'est pas convaincant car hors sujet. Le dosage se doit d'être équilibré : « Over the Raimbow », de Claude Godfryd, livre une interprétation du Rainbow Warrior où les personnages de l'intrigue prennent le pas sur le complot. De même, « Pas de couronne pour Jean-Paul 1er », de Guillaume Bouilleux, astucieux récit expliquant la disparition du pape pour s'être mêlé de la politique britannique, aurait gagné en donnant moins d'importance à l'histoire en marge.

     L'exercice est difficile car il suppose une solide connaissance de son sujet, surtout lorsqu'il s'agit d'exploiter une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre. Ainsi, seul François Rivière, biographe de la grande dame du roman policier, semblait en mesure de revenir, avec « L'Enigme Agatha Christie », sur un trou de dix jours dans la biographie de l'écrivain, et de le combler avec un meurtre, forcément !, et des plus astucieux, cela va de soi. Et personne en-dehors de Benoît Peeters, grand tintinologue et spécialiste d'Hergé, n'aurait pu présenter avec tant de crédibilité « L'Affaire Tchang », où un faux Tchang aurait, pour des raisons politiques, pris la place de l'ami d'enfance, mort dans les geôles chinoises. C'est un des plus troublants récits du recueil.

     La connaissance des événements ne suffit pas : il faut encore développer une thèse originale, au risque, sinon, de ne pas se démarquer des rumeurs classiques. « Une Bombe nommée Marylin », d'Olivier Delcroix, explique de façon plausible la mort de l'actrice, tout en jouant habilement avec les chromos de l'époque (seul bémol, le pseudo journal de Monroe sonne faux). « Le Téléphone pleure », où Philippe Ségur met en scène les démêlés de Claude François avec la mafia, colle trop aux faits pour être saisissant mais reste de bonne facture. En développant de délirantes mais savantes considérations sur les véritables origines de Mai 68, Jérôme Leroy, très pince-sans-rire, achève « Azimut 68 » de façon amusante.

     Sa recette est la bonne : quand le terrain est trop balisé ou qu'au contraire il n'est pas suffisamment connu du grand public, mieux vaut se contenter de délivrer un hommage référencé ou se livrer à la plaisanterie qui réjouira le lecteur averti. Adepte de la première option, Michel de Pracontal exhume un manuscrit inédit de Dick, Numik, très sujet à caution : « La Machination K. Dick » mêle agréablement références biographiques et bibliographiques. L'humour plus appuyé adopté par Johan Heliot dans « Happy Birthday, Ground zero ! » désamorce par avance les critiques des adeptes de versions du 11 septembre nettement plus paranoïaques (saluons donc au passage Jean-Marie Bigard...) : bien que le récit soit classique, Heliot se tire honorablement de l'exercice. Avec « La Face cachée de l'Etoile Noire », Benjamin et Julien Guérif s'amusent bruyamment a démontrer combien la saga Stars Wars ne sert finalement qu'à manipuler l'opinion dans une critique du système capitaliste. C'est en potaches qu'ils se moquent des délires interprétatifs des paranoïaques de l'actualité. Excessif aussi, « La Diva et le Vatican », dans lequel Nicolas d'Estienne d'Orves raconte l'assassinat de la Callas, n'emporte pas l'adhésion, peut-être parce son côté hénaurme modifie la personnalité de Maria Callas. Le seul à réussir à changer la perception communément admise d'une célébrité sans heurter ni démériter est Erik Wietzel, qui s'attaque pourtant à une icône très adulée, Lady Diana, ici égratignée sans vergogne. « L'Ange de l'Alma » n'est pas seulement un petit bijou de cynisme, il réussit la performance d'être écrit à la première personne, du point de vue du fantôme.

     L'angle d'attaque doit aussi être choisi avec soin quand on n'a pas d'autre solution que de reprendre à son compte la rumeur autour du supposé complot, parce que celui-ci repose sur le principe de vrai/faux. C'est pourtant avec finesse et habileté que Rodolphe tisse sa trame autour des imitateurs de Presley pour nous persuader que le King, vous le saviez, est toujours vivant : « L'Homme de sucre » lui rend subtilement hommage. De même, Pierre Bordage, qui exploite un canular plus qu'un complot dans « On va marcher sur la Lune », est délicieusement retors en exploitant la crédulité populaire pour les versions officieuses. Il ne me semble pas que le suicide de Turing était sujet à controverse, mais la nouvelle de Chantal Pelletier, « Sur les traces de Blanche-Neige », est cependant au cœur du thème et aborde la disparition du père de l'informatique avec beaucoup d'humanité.

     Mais l'exercice n'est jamais aussi bien réussi que quand le récit délivre une version différente de celle attendue tout en paraissant plausible. Pour Philippe Colin-Oliver, l'assassin de Kennedy est bien Lee Harvey Oswald, mais les raisons exposées dans « Tue-le pour moi ! » sont à mille lieues de ce qu'on pourrait imaginer.

     Bref, cette anthologie est une agréable surprise qui contient quelques très bons textes, beaucoup de réjouissants et peu de déchets, à l'exception du « Crépuscule des libraires » de Bernard Werber, qui clôt le recueil (il faudrait arrêter la lecture avant), stupidité décrivant, 50 ans dans le futur, un monde sans livres (sauf protégés sous verre), des enfants illettrés ne connaissant que la télé et le Net (avec des claviers à icônes ?) et des embouteillages de voitures volantes dans le ciel, car les véhicules accidentés restent en l'air !

     L'ensemble montre en tout cas les tendances paranoïaques de tout un chacun. Parfois, on se prend même à douter, tant les versions officieuses, vêtues de vérités soigneusement sélectionnées, prennent des allures d'authenticité. L'accueil mitigé de l'ouvrage sur le Net par ceux qui défendent avec assurance et à coups d'anathèmes les thèses du complot, prouve d'ailleurs qu'Olivier Delcroix a visé juste. Certains se demandent même qui le finance. C'est dire l'excellence de l'ouvrage.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2008 dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 17/10/2010


 

Dans la nooSFere : 62622 livres, 58866 photos de couvertures, 57112 quatrièmes.
7958 critiques, 34377 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.