Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Sang futur

Kriss VILA




MOISSON ROUGE
Dépôt légal : avril 2008
156 pages, catégorie / prix : 13 €
ISBN : 978-2-914833-77-6   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Les aventures musicales et sanguinaires du groupe punk ultime , le White Spirit Flash Club : Dickie la hyène, tueur de flics, El Coco Kid, écrivain bisexuel chroniqueur du groupe, Sarah, travelo marquée par une croix gammée rouge à l’entrejambe. Et tout au long du livre, défonce, meurtre et sexe, avec pour fil conducteur la furie homicide de Dickie et la rage des punks, qui se transmettent le virus comme des chiens.
     Paru en 1977, en pleine période punk, le livre, qui mêle texte et image, est véritablement punk — nihilisme anti-marchand, défonce, bière, musique, désir quasi rimbaldien de « changer la vie », haine de l’intégré et du flic : quand on le mord, lui, il ne devient pas un punk enragé mais un zombie.

     Attention roman culte.

     Né en 1950, Kriss Vila vit à Paris. Autodidacte, il fait ses armes dans la science-fiction avant de très vite se diversifier, en raison d’une allergie incurable à la ghettoïsation littéraire. Auteur professionnel, il publie depuis 1973. À son actif, dix-sept livres dont quatorze romans, environ quarante nouvelles, une anthologie SF et de nombreux articles de presse. Vilà est aussi scénariste de BD, de télévision et de cinéma.
 
    Critiques    
     Les éditions Moisson rouge sont une maison indépendante qui se consacre à « la littérature noire qu'elle soit critique sociale, peinture des déroutes et des folies de l'époque, fresque urbaine, roman noir, fantastique et trans-genre ». Du moins, c'est ce qu'annonce le site web de l'éditeur, et on ne peut qu'être attiré par cette réjouissante déclaration d'intention. Parmi les premiers titres parus figure une réédition qui concerne plus particulièrement le genre que nous chérissons à Bifrost. Il s'agit de Sang futur de Kriss Vila. Les lecteurs de notre n°52 auront immédiatement reconnu sous le pseudonyme Christian Vilà, un écrivain habitué à la S-F, et dont on a pu lire, à cette occasion, une interview. Pour les autres (maudits soient-ils), voici une séance de rattrapage.

     « Allo ! Police-Secours ?
     Vous n'y êtes pas, mon vieux. Ici, c'est la brigade criminelle.
     Alors parfait, ricanerait Dickkie dans le micro du téléphone. Je viens justement de buter un de vos collègues. Une stupe. »

     Dans les années 1970, l'Hexagone a connu une vague de science-fiction politique, engagée, à faire rougir de honte l'ultragauche la plus radicale, et à faire blêmir la robe du plus retors procureur de la République. A posteriori, littérairement parlant, certains ont jugé que tout cela représentait beaucoup de bruit pour rien, et on ne leur donne pas forcément tort, même si ce courant a suscité quelques grands noms — Pierre Pelot pour n'en citer qu'un. Parmi les oubliés de la période se trouvent Joël Houssin et Christian Vilà, à qui l'on doit notamment l'anthologie Banlieues rouges chez Opta. De Houssin, on a surtout retenu Blue et la série « Dobermann », adaptée ensuite au cinéma par Jan Kounen. De Vilà, si l'on fait abstraction de Les Mystères de Saint-Pétersbourg, on pourrait citer Sang futur, un roman résolument punk mais qui jusqu'à cette présente réédition était introuvable. Ne tergiversons pas, résumer l'intrigue de ce court roman (157 pages au compteur, illustrations comprises) revient à faire un fist-fucking à un éléphant. Peu de sensation pour un risque d'écrasement maximum. Car Sang futur est un concentré d'énergie nihiliste, un baiser de la mort envoyé à la face de la société bourgeoise. Le texte est conçu comme un coup de boule adressé aux conventions littéraires. Très peu de ponctuation, une narration déstructurée, des ruptures typographiques, une écriture en flux tendu, un phrasé oral et une multitude de photomontages en guise de contrepoint au texte. On sent vraiment la volonté de casser le moule, quitte à abandonner la notion de récit elle-même.

     « Tu sens la Crève en toi ?... »

     Le roman décline ainsi une succession de flashs visuels, violents et viscéraux, animés par des personnages dont la psychologie se définit exclusivement par l'action. Dickkie la Hyène, le tueur de flics. Le White Spirit Flash Club, combo punk qui carbure à l'alcool, au sexe et au sang. El Coco Kid, l'écrivain junky qui se fait le chroniqueur du groupe. Sarah, le travelo émasculé avec une croix gammée rouge tatouée en guise de parties génitales. Tous des enragés, résolus à transmettre leur rage au monde pour mieux le détruire. Et pour les pourchasser un flic, punaise en imperméable mastic, bien décidé à les abattre. Tous.

     Au final, Sang futur ne cherche pas le consensus. On aime ou on n'aime pas. Point barre. Un condensé de Bifrost, en somme...

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2009 dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 5/11/2010

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LE DERNIER TERRAIN VAGUE, Changez de fiction (1977)


 
     SOUS LES PAVES, LE TERRAIN VAGUE

     Qui ne se souvient du Terrain Vague, maison d'édition originale qui avait pris le parti de naviguer à contre-courant du tout-venant éditionnel et n'avait pu, après une longue lutte, éviter l'échouage sur les brisants de la censure, il y a de cela quelques années ? Mais, de grandes surfaces en grands ensembles, on a beau construire, bétonner, « uburbaniser » (selon le mot d'Eizykman), il y aura toujours un terrain vague pour venir s'infiltrer entre les tours et rompre la monotonie programmée. Car en 1977 le Terrain Vague renait, sous la forme d'une société coopérative d'édition au sein de laquelle on retrouve les noms d'Eric Losfeld bien sûr, de Lionel Hoebeke, Hervé Desinge, Christian Vilà, Daniel Mallerain, etc... auteurs, éditeurs, maquettistes mêlés. Sous le nom de Dernier Terrain Vague (D.T.V. pour les intimes) la coopérative entend prolonger l'exemple de son prédécesseur : recherches éditoriales et avant-gardisme, éclectisme à l'écart de toute stérilisante spécialisation. On notera au catalogue, parus ou à paraître : « Silvalande » de Julio Cortazar (Contes fantastiques du maître argentin, illustrés par Silva), « M'hachisch » de Bowls (dix contes marocains sur les fumeurs de kif), « La légende du Terrain Vague » (le monde de l'édition vu à travers l'expérience Losfeld), le curieux « Détour » d'Hugo Verlomme, « interdit d'antenne », par l'équipe de France-Musique qui a démissionné en septembre 77 et, en ce qui nous concerne, plus particulièrement les deux premiers volumes de la collection « Changer de Fiction » dirigée par Lionel Hoebeke : le recueil d'Andrevon et le roman punk de Vilà.
     « Changer de Fiction » c'est de la politik-fiction. Avec le K de Punk, de Panik, d'Utopik, d'Ecologik... Ambitions avouées : des romans SF écrits par des auteurs français spécialistes du genre ou non ; des collectifs à thème basés sur l'actualité (en projet, un recueil anti-nucléaire réuni par René Durant), des livres-tracts... bref, une littérature en actes, une SF hors-ghetto.
     « C'est tous les jours pareils », réunit tes 27 histoires écrites entre juin et décembre 1975 par Jean-Pierre Andrevon pour Charlie Hebdo (mais 12 seulement ont paru dans l'hebdomadaire). 27 short-stories donc, groupées en 7 rubriques : le boulot, les loisirs, — les grandes vacances, l'armée, la science, le politique, la vie. C'est de la SF au vitriol, de la SF par l'absurde, de la SF dérisoire où, pour le 14 juillet, Bigeard fait sauter la planète à coups de missiles Pluton pour les beautés de la démonstration ; où les prostituées et les robots se syndiquent ; où les camps de vacances préparent aux camps de travail ; où les flics défouraillent comme au Far-West (mais c'est de la SF, ça ?) ; où J.-P. A. joue au ministre des Armées. Bien sûr, il ne faut pas lire ces 27 petits textes à la file. Outre l'Indigestion qui guette, apparaissent par trop en lumière les procédés employés : l'outrance, l'accumulation, la démesure et la systématisation du procédé narratif qui consiste à donner la parole à tous les pourris du Système en les présentant comme des personnages « positifs ». Bien sûr, il n'y a aucun chef-d'œuvre là-dedans (quoique « De A à Z » 1 soit un petit bijou). Bien sûr, ces textes appartiennent essentiellement au royaume de l'éphémère, ne serait-ce que par leur destination initiale. Mais l'éphémère a parfois des séductions que pourrait lui envier l'éternel... Et puis c'est Illustre par Andrevon soi-même, alors !
     Le premier roman punk français, annonce le prière d'insérer. Et pour les besoins de la cause, Christian Vilà est devenu Kriss Vilà « écrivain pourri-âge indéterminé-banlieue Est-ne touche plus les allocations chômage-pas d'avenir », à l'image de son pitoyable anti-héros El Coco Kid,. Avant toute chose, il convient de préciser que « Sang Futur » n'est pas un roman, mais un objet punk. Texte, photos (80 environ), graffiti, couverture signée Bazooka, surabondance du noir d'imprimerie, concourent à créer un micro-univers, dont le texte ne devient alors qu'un élément, mais l'élément prépondérant qui donne sa cohésion à ce curieux objet-livre, inquiétant et dérisoire tout à la fois.
     On a déjà beaucoup écrit sur le punk. A son sujet on a parlé de « nihilisme de l'épingle à nourrice », d'esprit suicidaire, de détresse profonde (la punkitude) face à la vacuité implacable de l'Ordre Bourgeois, détresse qui explose dans une totale agressivité et une profonde méchanceté. On a parlé aussi de mouvement esthétique fondé sur la surenchère dans la laideur et le fauché, d'une mode qui « met l'accent sur le dérisoire, le bon marché et l'artificiel », d'un « dandysme de fauchés » 2. On a aussi noté la filiation surréaliste (goût de la provocation), constaté la rupture violente d'avec le style « babacool » de la génération précédente et analysé son côté « révolte contre le père ».
     « Sang Futur » c'est tout cela, mais c'est aussi un rejeton de cette « Génération Electrocutée » chère à Romain Wlasikov 3, génération qui rejette toutes les idéologies « pour l'acceptation joyeuse du : il n'y a plus d'après » (NO FUTURE, crie El Coco Kid, « la survie c'est de la merde »), fascinée par l'ultra-violence et « la cruauté intimiste for spirit destroy » et dont « l'ambiguïté spectaculaire » n'a d'égale que le goût punk pour les emblèmes nazis.
     Un certain fascisme ?
     Laideur et Violence. Speed et Mort. Fascination et Perversion. Inquiétante étrangeté.
     « Sang Futur », c'est le mouvement punk dans les « Banlieues Rouges » 4 de la SF.
     No future !

Notes :

1. Déjà parue dans « Le Citron Hallucinogène » n° 6.
2. Beatnik hier, punk demain... » par Robert Louit (Magazine Littéraire n° 130).
3. Cf. « Notes pour l'ébauche d'une critique passionnante de la Science-Fiction » par Romain Wlasikov — Fiction 266.
4. Banlieues rouges », anthologie de Joël Houssin et Christian Vilà — Coll. Nebula, éditions Opta.

Denis GUIOT
Première parution : 1/12/1977
dans Fiction 286
Mise en ligne le : 22/5/2011




 

Dans la nooSFere : 62392 livres, 58341 photos de couvertures, 56870 quatrièmes.
7958 critiques, 34215 intervenant·e·s, 1309 photographies, 3653 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.