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D'Obsidienne et de Sang

Aliette DE BODARD

Titre original : Servant of the Underworld, 2010
Fantasy  - Cycle : Chroniques Aztèques vol. 1

Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Larry ROSTANT
ÉCLIPSE, coll. Fantasy n° (8), dépôt légal : avril 2011
416 pages, catégorie / prix : 18 €, ISBN : 978-2-36270-042-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
Au coeur de la majestueuse
Tenochtitlan, capitale de
l'empire aztèque, le sang a
coulé une fois de plus.

Acatl, grand prêtre des
morts, doit retrouver une
prêtresse disparue, au risque
de voir les barrières du monde
des vivants et des esprits se
briser, entraînant l'empire
à sa perte.

 
    Critiques    
 
     Je dois l’avouer : c’est avec une curiosité sceptique que j’ai attaqué le premier roman d’une auteure française inconnue écrivant en langue anglaise puis traduite par Eclipse, maison d’édition généralement éloignée de mes préoccupations littéraires. Mais la trajectoire d’Aliette de Bodard a de quoi intéresser : partie à Londres au cours de sa scolarité, elle a découvert la SF et la fantasy directement en anglais et a choisi logiquement d’écrire dans la langue qu’elle lisait. Elle a participé régulièrement au concours trimestriel pour écrivain amateurs Writers of the future (créé par le funeste L. Ron Hubbard, son jury contient des auteurs de premier plan comme Tim Powers). Ses textes courts ont ensuite figurés au sommaire de revues comme Asimov’s ou Interzone et ont été remarqués lors de prix comme le Nebula ou le BSFA.

     Mais revenons au livre. D’obsidienne et de sang donne le ton dès sa couverture, où un prêtre aztèque se tient de dos armé d’un couteau sanglant (au passage on remerciera Eclipse qui n’hésite pas à oser de belles illustrations en dehors des livres de bit-lit et d’heroic fantasy). Car ce livre se déroule dans un univers peu usité : l’empire aztèque vers 1480, soit une quarantaine d’années avant l’arrivée des conquistadors et son effondrement. Acatl, grand prêtre des morts peu rompu au jeu politique de la cour, est informé de la disparition d’Eleuia, prêtresse de Xochiquetzal et future favorite de Xochipilli. Il est chargé de retrouver la disparue et devra user de tous ses talents contre les hommes puis contre les dieux.

     Mélange d’enquête, de courses-poursuites et d’affrontements magiques, le récit est assurément original. Débutant par une intrigue policière linéaire qui permet de s’immerger de ce monde (dont le premier contact est plutôt rude, entre les noms et les expressions aztèques, mais le glossaire et la liste des personnages à la fin du livre permettent de prendre ses marques), la seconde partie, qui voit le narrateur se mêler aux histoires divines, montre une utilisation fine et puissante d’un système de magie aztèque : rencontres avec les dieux et créatures surnaturelles sont au rendez-vous et c’est naturellement que le fantastique se mêle à l’investigation.

     A mi-chemin entre les enquêtes du juge Ti et une dark fantasy plus traditionnelle, D'obsidienne et de sang emmène le lecteur avec grand plaisir à la découverte d’un nouveau monde. Vivement la suite des aventures d’Acatl !


René-Marc DOLHEN
Première parution : 28/7/2011
nooSFere


     Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'arrivée d'Aliette de Bodard dans le paysage éditorial francophone était attendue avec impatience et excitation. Comment ? Une auteure française qui écrit directement en Anglais, qui a été publiée aux États-Unis bien avant la France, et qui, plutôt que de traduire elle-même son œuvre, le fait faire par un traducteur professionnel ? Curieux pédigrée, et attraction assurée. Les circonstances sont relativement simples : bilingue confirmée, l'auteure a découvert la science-fiction en Anglais, et a commencé à écrire alors qu'elle vivait à Londres. À Épinal, lors des Imaginales 2011, elle déclarait pour l'instant ne pas envisager d'écrire en Français, car elle se sentait nettement plus à l'aise en Anglais. C'est le webzine professionnel Angle Mort qui le premier a publié Aliette de Bodard dans la langue de Molière, pour une nouvelle aztèque plutôt réussie, « Cœur flétri ». Et ce sont les éditions Éclipse qui nous proposent son premier roman, le tome inaugural des Chroniques Aztèques, D'obsidienne et de sang, extension d'une autre nouvelle, inédite elle, « Obsidian shards ».
     Acatl est le grand prêtre du Seigneur des Morts, celui qui aide les défunts à passer dans le monde des esprits. Comme il doit pouvoir invoquer son dieu tutélaire, Mitclan, il pratique la magie, à base d'animaux sacrifiés, hiboux ou belettes. Le jour où une prêtresse de Xochiquetzal disparaît, laissant derrière elle de larges traces de sang faisant craindre le pire, c'est donc tout naturellement qu'Actal est diligenté pour mener l'enquête. Il s'aperçoit que quelqu'un a invoqué le pouvoir nahual, sous la forme d'un jaguar, pour enlever Eleuia ; quel peut être le rapport avec le propre frère d'Acatl, Neutemoc, retrouvé hagard dans la chambre de la prêtresse ? Mission compliquée pour le grand prêtre, d'autant plus qu'il entretient des rapports plutôt orageux avec Neutemoc, guerrier jaguar auquel tout semble avoir réussi, alors que lui, Acatl, vit en permanence avec le souvenir de ses parents décédés qui lui avaient toujours reproché le chemin qu'il s'était choisi. Acatl va alors dénouer peu à peu les fils d'une machination où lutte entre dieux anciens et nouveaux, et débalage d'affaires familiales se mélangent intimement.
     Aliette de Bodard s'en ouvre dans sa passionnante postface retraçant la genèse de D'obsidienne et de sang, le roman repose sur un travail documentaire préalable très conséquent, et cela transparaît évidemment, la société décrite par l'auteur étant particulièrement crédible ; il n'en reste pas moins que nous n'avons quasiment pas de sources sur la vie quotidienne de l'époque. Cela permet une certaine liberté à de Bodard, même si elle se tient à une scrupuleuse exactitude historique sur les événements globaux. Pour nous faire pénétrer encore mieux dans ce monde qui nous est très étranger, l'auteur nous plonge dès l'entrée du roman au cœur de l'action. L'effet est immédiat : on visualise sans problème les bâtiments et les costumes, on entend les bruits qui rythment la routine, on sent les odeurs... Cet effet d'immersion participe beaucoup à l'intérêt du livre.
     L'intrigue prend pour sa part la forme d'une enquête policière, entre mondes réel et magique, au milieu des croyances, des Dieux et Déesses et de leurs incarnations. De Bodard a recours à des révélations assez bien menées qui orientent les investigations dans de nouvelles directions, jusqu'à un final épique qui tranche avec le reste. Assez classique, la trame policière s'enrichit d'un intense conflit familial : l'enquêteur et le coupable présumé sont frères, qui plus est en froid, d'où l'ambivalence des sentiments d'Acatl au moment d'innocenter son frère, dont il s'aperçoit peu à peu qu'il a gâché sa vie pourtant accomplie sur tous les points (pour une bête histoire de fesses), alors que le grand prêtre mène une vie que beaucoup déprécient, mais en suivant une ligne de conduite inflexible à laquelle il ne déroge jamais, et dont il tire une certaine fierté. Cette opposition familiale qui sous-tend toutes les réflexions et décisions d'Acatl (le roman est narré à la première personne) joue le rôle d'un catalyseur du développement du grand prêtre, qui sortira de ce roman transfiguré.
     Sans atteindre au chef-d'œuvre, D'obsidienne et de sang n'en est pas moins un très solide roman sur la magie et la mythologie aztèques, qui font d'Aliette de Bodard un nouvel auteur à suivre sur la scène francophone, fût-elle traduite.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 21/8/2011
nooSFere


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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