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The City & the City

China MIÉVILLE

Titre original : The City & The City, 2009
Science Fiction  - Traduction de Nathalie MÈGE
Illustration de Marc BRUCKERT
FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, dépôt légal : octobre 2011
400 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-265-09065-1

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Les habitants de Beszel et d'UI Qoma, villes doubles partageant un même territoire, ont interdiction absolue d'entrer en contact avec leurs voisins. La moindre infraction à cette règle déclenche l'intervention de la Rupture, une force de police secrète dont tous redoutent l'efficacité impitoyable. Quand le cadavre d'une inconnue est découvert dans un terrain vague de Beszel, l'inspecteur Tyador Borlù comprend vite que ses ennuis ne font que commencer. Non seulement la jeune femme, étudiante en archéologie, a été tuée à Ul Qoma, mais ses recherches inquiétaient jusqu'aux plus hautes sphères. Et menaçaient de mettre en danger l'équilibre précaire entre les deux villes...

     Ce polar virtuose a reçu pas moins de cinq prix en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il a été cité dans la liste des meilleurs livres de l'année par le Los Angeles Times, le Seattle Times et Publishers' Weekly.

     « Si Raymond Chandler et Philip K. Dick avaient un enfant élevé par Kafka, ce pourrait être The city & the city. » Los Angeles Times

     « D'une stupéfiante beauté. » Brian Evenson


    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 2010
British Science Fiction, roman, 2009
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2012
Hugo, roman, 2010
Locus, roman de fantasy, 2010
World Fantasy, roman, 2010
Elbakin, roman étranger, 2012
 
    Critiques    
 
     « — Ca doit faire un effet bizarre, non ? m’a-t-il demandé.
     Le fait est. J’ai regardé ce qu’il me montrait. Tout en évisant, bien sûr (mais comment ne pas les percevoir), tous les lieux familiers que je traversais brutopiquement : ces rues que je parcourais à intervalles réguliers, à présent situées à toute une ville de distance ; tel ou tel café que je fréquentais et que nous longions maintenant, mais dans un autre pays. Je les maintenais en toile de fond, désormais, à peine plus présents que ne l’était Ul Qoma quand je me trouvais chez moi. »


     China Mieville est décidément fasciné par les villes. Après Nouvelle-Crobuzon, capitale de Perdido Street Station peuplée d’une faune délirante et Lombres, face cachée de Londres dans le roman du même nom, voici donc Beszel et Ul Qoma, les deux villes justifiant le titre (malheureusement pas traduit) de The city & the city.

     Deux villes étranges, car elles sont enchevêtrées sur le même territoire. Située dans l’ancienne Europe de l’Est, ce qui n’était qu’une seule métropole il y a plusieurs siècles s’est pour une raison inconnue séparé en deux cités-états distinctes. Sans créer une délimitation géographique claire, mais plutôt par volition des habitants : ceux d’une ville ignorent totalement l’autre ville. Vivant dans les mêmes lieux, partageant les mêmes rues, ils ne se voient pas, ne s’entendent pas, ne se sentent pas. Seul un poste-frontière physique permet de passer de l’une à l’autre et d’effectuer un minimum de commerce et de diplomatie entre ces deux villes ennemies. Et gare à ceux qui n’obéissent pas : une police spéciale aux pouvoirs étranges, la Rupture, est chargée d’arrêter ceux qui, justement, rompent les règles.

     Aussi, quand une étudiante habitant à Ul Qoma est retrouvé morte dans Beszel, l’affaire semble simple pour l’inspecteur Tyador Borlú, c’est à la Rupture de s’en occuper. Mais l’enquête se corse lorsqu’on découvre que le cadavre a passé légalement la frontière et qu’il n’y a donc pas eu rupture. Le policier doit continuer son investigation et se rendre à Ul Qoma pour travailler avec ses homologues locaux. Difficile alors de collaborer entre des gens qui sont normalement habitués à s’ignorer. Là-dessus se greffe des actes politiques de toutes obédiences : de l’extrême droite xénophobe prônant la suprématie d’une ville sur l’autre à l’extrême gauche utopiste rêvant à la réunification en passant par quelques dirigeants agissant pour leur seul intérêt, chacun est mêlé de près ou de loin à ce meurtre.

     A mi-chemin entre le néo-polar à la française et le roman fantastique classique, China Miéville réussit un tour de force : la précision de son écriture donne aux deux cités et à leur enchevêtrement une finesse et une justesse incroyable, laissant jusqu’au bout au lecteur le choix entre une interprétation psychologique et une fantastique du cœur du récit. Histoire, politique, social, économie, relations internationales : tous les aspects des villes sont concernés par l’intrigue, rien n’est oublié. Là où Perdido Street Station apparaissait comme un foutoir réjouissant où l’auteur se perdait parfois, The city & the city se révèle d’une rigueur exemplaire, le décor, les personnages et l’histoire s’entremêlant totalement. Hugo, Locus, Arthur C. Clarke, British science-fiction, World fantasy : ce roman a obtenu cinq prix anglo-saxons majeurs depuis sa parution en 2009. Gageons qu’il devrait en recevoir d’autres pour sa version française, notamment grâce au travail de sa traductrice, Nathalie Mège, dont les trouvailles pour les néologismes liés aux villes valent largement la version originale.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 2/11/2011
nooSFere


     Cette année 2011, encore, la science-fiction et la fantasy nous auront permis de découvrir quelques villes mémorables. De l'Alger psychodélique où nous a conduits Roland C. Wagner dans Rêves de gloire à la Johannesburg déjantée racontée par Lauren Beukes dans Zoo City, en passant par les ruelles insalubres et très alcoolisées de la Wastburg de Cédric Ferrand, les arpenteurs de l'imaginaire auront eu leur content de lieux insolites et d'urbanismes décalés. Pourtant, aucune de ces villes n'égale en beauté et en originalité celles que met en scène China Miéville dans son nouveau roman, The City & The City.

     Pour un étranger, ou pour le lecteur qui entame les premières pages du livre, il n'y a pourtant en apparence qu'une seule et unique ville. Jusqu'à ce que quelques indices disséminés ici et là dans le texte laissent entrevoir une réalité tout à fait singulière. Beszel et Ul Qoma sont bien deux entités distinctes, strictement séparées, mais qui occupent le même espace géographique. Deux villes imbriquées l'une dans l'autre, mais chacune possédant ses propres lois, ses autorités, sa monnaie, son écriture ou sa culture. Deux villes dont les habitants ont pour consigne d'ignorer ceux d'à côté, quand bien même ils habiteraient l'immeuble d'en face. C'est ainsi que les citoyens de Beszel évisent en permanence ceux d'Ul Qoma, font abstraction de leur présence physique, et vice-versa. Enfreindre cette règle est la pire des infractions, et entraine aussitôt l'intervention de la Rupture, la police chargée de faire respecter la stricte séparation existant entre les deux villes.

     On l'aura compris, China Miéville met en scène dans ce roman un univers totalement kafkaïen. Et il pousse cette logique jusque dans ses derniers retranchements. Ainsi n'est-on pas étonné de découvrir par exemple que Beszel comprend un quartier baptisé Ul Qomatown, où les expatriés ulqomans ont reconstitué leur mode de vie, mais que leurs anciens compatriotes ont bien entendu pour consigne d'éviser... Un exemple parmi d'autres de l'absurdité de cette société, aussi grotesque que fascinante.

     Sur la forme, Miéville a opté pour le polar, genre urbain par excellence. Le récit suit l'enquête de Tyador Borlù, inspecteur à la Brigade des Crimes Extrêmes de Beszel, chargé de faire la lumière sur la mort d'une jeune femme. Si dans un premier temps il pense avoir affaire à ce qui ressemble à un meurtre de prostituée presque banal, l'affaire va très vite prendre une toute autre tournure. La victime en question est une étudiante américaine, dont les recherches l'ont amenée à s'intéresser à l'histoire des deux villes et à ranimer une vieille légende urbaine, celle d'une troisième cité, dissimulée aux yeux des deux autres : Orciny. L'enquête de Borlù va le conduire des deux côtés de la frontière, et même un peu au-delà. L'intrigue est efficace, linéaire, tout le contraire de la complexité du monde dans lequel elle se déroule. On sent de la part de China Miéville le souci permanent de ne pas égarer son lecteur en route. De ce point de vue, même s'il lui arrive parfois de ressasser certains éléments du récit, l'objectif est atteint.

     La progression de l'intrigue laisse ainsi tout loisir de se plonger dans la découverte de cet univers fascinant qu'est Beszel/Ul Qoma. La situation de ces deux villes ennemies n'est évidemment pas sans évoquer celles de lieux qui nous sont plus familiers, du Berlin de la Guerre Froide à la Jérusalem d'aujourd'hui, mais à certains égards elle est tout à fait différente. La particularité première de cette séparation est qu'elle ne peut fonctionner que grâce à un effort collectif volontaire et permanent. Certes, il y a la Rupture, chargée de remettre dans le droit chemin les récalcitrants, mais durant la majeure partie du roman celle-ci brille par son absence, et apparait dès lors davantage dans un rôle de croquemitaine que dans celui de force de l'ordre. Et même si quelques groupuscules militent en faveur de la réunification des deux cités, la volonté de l'ensemble de la population de cohabiter dans l'ignorance absolue de son voisin demeure la norme.

     En général, lorsqu'une œuvre pose d'emblée un univers aussi délirant que celui de The City & the City, l'enjeu premier de l'histoire est de remettre en question le fonctionnement d'une telle société, et au final de l'abattre. Or, ici, cette question n'est presque jamais abordée. China Miéville adopte le point de vue d'un entomologiste. Il se contente d'observer et de décrire le monde qu'il met en scène, sans porter le moindre jugement, laissant au lecteur le soin de le faire, d'y voir les analogies avec le monde réel qui lui paraissent les plus pertinentes. Un choix qui ajoute encore au bonheur que procure ce roman, parmi ce que les littératures de genre ont pu nous offrir de plus beau et de plus intelligent. Si ça n'est pas un chef-d'œuvre, ça y ressemble tout de même vachement beaucoup.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2012
dans Bifrost 65
Mise en ligne le : 6/3/2013


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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