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AD Noctum

Ludovic LAMARQUE & Pierre PORTRAIT

Science Fiction  - Cycle : Genikor (chroniques de) vol. 1

Illustration de MANCHU
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (131), dépôt légal : décembre 2011
320 pages, catégorie / prix : 20,50 €, ISBN : 978-2-207-11245-8
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Grâce à sa large gamme de produits, summum de l’ingénierie génétique – clones, androclones, prosticlones, hybrides, thérapies géniques –, Genikor répond à tous vos besoins, devance tous vos désirs.
     Pour vivre le meilleur sans avoir à redouter le pire, laissez-vous tenter par nos clones de plaisir.
     Pour l’ennui, osez une de nos chasses Zaroff, sur la piste d’une manticore ou d’un cro-mag.
     Pour la guerre, envoyez nos satyres la gagner à votre place.
     Même pour la mort et la pénurie d’eau potable, Genikor a une solution.
     Chaque jour nous donnons la vie.

     Avec AD Noctum, Ludovic Lamarque et Pierre Portrait nous présentent, non sans humour noir, la multinationale génétique de demain, en route vers le rêve de tout un chacun : beauté et immortalité. Un rêve qui ne sera pas donné à tout le monde.

     Ludovic Lamarque et Pierre Portrait sont nés en 1972. Le premier est photographe, le second graphiste. AD Noctum, influencé par l’œuvre de Philip K. Dick et Les Monades urbaines de Robert Silverberg, est leur premier ouvrage.

 
    Critiques    
     Gilles Dumay, qui nous a depuis quelques années proposé à plusieurs reprises des premiers romans – Merjagnan, Depotte, Marguerite –, récidive cette fois-ci avec non pas un mais deux nouveaux auteurs, Ludovic Lamarque et Pierre Portrait (dont on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un pseudonyme, avec ces initiales redoublées et ce rapport à l'image Lamarque/Portrait). AD Noctum, les chroniques de Genikor, est publié en Lunes d'Encre, signe qu'à la différence des livres de Depotte et Marguerite, l'éditeur vise ici le public de genre, pour un roman plus estampillé SF pure et dure.
     Genikor, c'est un énorme consortium qui commercialise tout un tas de produits issus de l'ingénierie génétique : on y trouve des hybrides optimisés pour mener la guerre contre la Chine qui fait rage dans ce futur indéterminé, des clones dont certains n'ont de seule utilité que sexuelle, des mammouths... Genikor, par certains côtés, fait penser au CLEER de Kloetzer, notamment dans sa description de l'entreprise ultime, à laquelle aspirent assurément certains dirigeants actuels mordus de monopole. À la différence notable que, là où Kloetzer nous montrait sa société de l'intérieur, via le service de Cohésion Interne, Lamarque et Portrait nous la présente par ses produits avant de nous y faire un peu pénétrer dans la dernière partie. Le lecteur restera donc toujours globalement dehors, prenant connaissance des conséquences des décisions de Genikor sans nécessairement comprendre les raisons qui y ont conduit, hormis donc cette volonté d'hégémonie.
     Là où AD Noctum surprend, c'est sur sa forme : il s'agit en effet d'un assemblage de nouvelles, le plus souvent interconnectées, mais pouvant se lire indépendamment. Les auteurs brossent ainsi par petites touches le portrait de Genikor et, partant, dans cet univers futur un brin déglingué. Ce procédé est souvent un brin problématique, car il crée presque inévitablement une rupture de niveau entre les différents textes ; il en va de même ici, d'autant plus que le découpage – trois parties bien distinctes, les deux premières constituées de plusieurs textes, la dernière d'une seule novella – semble parfois un brin aléatoire. On aurait en effet aimé voir une progression au fil des nouvelles, ce qui ne semble pas être vraiment le cas, hormis le fait déjà signalé que plus les pages avancent, plus on se rapproche de Genikor. Mais ceci reste insatisfaisant : pourquoi cette construction ? Qu'est-elle censée nous dire ?
     Reste que les nouvelles sont variées, globalement intéressantes (joli exercice de style dans « Le cri de la chair », moments poignants dans « OK » ou « Mes aïeuls »), plutôt bien écrites, et portées par un politiquement incorrect qui fait mouche, comme le texte d'ouverture où l'on nous explique que les soldats hybrides ont été créés de façon à s'attaquer à tout ce qui est Chinois, ce qui constitue un atout majeur sur un champ de bataille, mais un non moins grand inconvénient quand cela conduit à un dérapage et à la mort d'une innocente victime. Mais qu'importe, du moment que Genikor peut tirer profit de la médiatisation de cette dernière...
     En fait de premier roman, AD Noctum se révèle ainsi prendre davantage la forme d'un recueil de nouvelles connectées, les chroniques du sous-titre. Si les textes convainquent globalement, malgré quelques sautes de niveaux, la construction inaboutie laisse en revanche le lecteur sur sa faim. Ludovic Lamarque et Pierre Portrait se révèlent néanmoins de jeunes auteurs au potentiel certain, dont on suivra avec intérêt les prochains incursions dans nos domaines.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 26/1/2012
nooSFere


     La collection « Lunes d'encre » accueille peu d'auteurs français, et encore moins de premiers romans francophones — on remontera en 2008 et aux Tours de Samarante de Norbert Merjagnan pour en trouver un. Aussi, lorsqu'il nous en est proposé un, convient-il d'y prêter attention. Quoique, du côté de la forme, plutôt qu'à un roman, on est ici plus proche du CLEER de L. L. Kloetzer, avec ce fix-up composé de neuf récits.

     AD Noctum : les majuscules sont significatives, car c'est bien sous l'angle de la génétique que sont abordées ces « Chroniques de Genikor ». Et sous-tendant ces dernières, il y a un slogan : « Rappelons-nous : chaque jour, nous donnons la vie. » Ce nous, c'est Genikor, multinationale tentaculaire spécialisée dans l'ingénierie génétique et ayant solution à tout. Pour un conflit, Genikor propose des chimères qui s'attaqueront seulement à l'ennemi, capables de le reconnaitre via son génome. A destination de ceux qui s'ennuient, Genikor fournit un gibier de premier choix, à chasser lors de safaris bien particuliers. Et pour ceux en manque d'affection, Genikor vend des sex-toys humanoïdes tout entier dévolus à la satisfaction de vos moindres désirs.

     Derrière Genikor, c'est tout un futur qui s'esquisse, et pas le plus rose qui soit. Qu'on en juge : une guerre entre les Etats-Unis et la Chine ; une nature dévastée qui pousse la plupart des humains à se réfugier dans des cités-dômes ; une entreprise omniprésente ; un monde où l'on trompe son mal-être avec des créatures artificielles plutôt qu'avec son prochain ou sa propre progéniture. Seul l'ultime texte du recueil, « Mes aïeuls », viendra détromper, juste un peu, ce désolant état de fait. Si cela n'a rien d'infâmant, on peut déplorer qu'on reste toujours dans des terrains déjà explorés par Silverberg en son temps.

     Les nouvelles sont indépendantes entre elles, et seule Genikor, la toile de fond, et quelques personnages, permettent de les relier. « FTA » introduit le recueil, présentant un effet secondaire aussi inattendu que regrettable de l'utilisation de chimères dans la guerre sino-américaine. « OK » traite de la même guerre sous la forme d'un étonnant journal à rebours. Quant au « Cri de la chair », la nouvelle se présente comme un échange épistolaire entre deux amoureux d'un genre particulier qui ne peuvent se rencontrer. Avec « Sexus Machina », elle fait partie des textes les plus réussis d'AD Noctum — l'une et l'autre abordant le thème des androïdes de plaisir d'une manière qui fait mouche. Il reste dommage que l'ensemble ne mène pas à grand-chose. On se rapproche peu à peu de Genikor, sans véritable progression dramatique, ce que l'on peut regretter.

     Si la qualité des textes est assez inégale, l'ensemble est néanmoins de bonne tenue et fait de AD Noctum un premier livre des plus recommandables, aussi attendra-t-on avec curiosité les deux autres volets de ce qui s'annonce comme un triptyque.

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/4/2012
dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 19/6/2013


 
Base mise à jour le 19 février 2017.
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