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Super triste histoire d'amour

Gary SHTEYNGART

Titre original : Super sad true love story, 2010

Traduction de Stéphane ROQUES

OLIVIER (Editions de l')
Dépôt légal : février 2012
416 pages, catégorie / prix : 24 €
ISBN : 978-2-87929-760-6   

Couverture : Miguel Navarro/Getty images.



    Quatrième de couverture    
     C'est un monde étrange et mystérieux. On ne peut y vivre sans un téléphone ultra-perfectionné, la publicité règne en maître et la littérature semble un art préhistorique désormais réservé à quelques inadaptés. Ce monde, c'est le quotidien new-yorkais de Lenny Abramov, en des temps futurs pas si hypothétiques. Mais Lenny résiste : il lit des « livres papier » et croit encore aux relations humaines. Il commet même la folie de tomber sous le charme d'Eunice Park.
     Super triste histoire d'amour est une comédie romantique d'un nouveau genre : entre deux e-mails, on essaie de s'aimer, pour oublier que l'Amérique, menacée par ses créanciers chinois, flirte avec l'effondrement économique. Fable politique pleine d'humour, ce troisième roman de Gary Shteyngart est l'autoportrait à peine déguisé d'un homme en total décalage avec son époque.

     Gary Shteyngart est né en 1972 à Leningrad (Saint-Pétersbourg). Il a publié Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes (L'Olivier, 2005) puis Absurdistan (L'Olivier, 2008), traduits avec succès dans le monde entier. En 2010, le New Yorker l'a désigné comme l'un des vingt meilleurs auteurs de sa génération.

     « Super triste histoire d'amour est un roman super triste, super drôle, super émouvant, qui confirme le génie satirique de Gary Shteyngart. »
     The New York Times
 
    Critiques    
     « Depuis qu’Eunice m’avait choisi de nouvelles fringues, je m’étais mis à BASEr de façon obsessionnelle toutes les filles qui s’offraient à mes yeux : jolie, quelconque, mince, squelettique, blanche, basanée, noire. Sans doute parce que j’avais confiance en moi, ma PERSONNALITE atteignait les 700 et ma MASCULINITE frisait les 600 – du coup, dans l’espace confiné du bus occupé par troupeau de branchouilles qui ruminaient au milieu de vieillards mourants, j’étais parfoir dans la moyenne pour ce qui est de la beauté physique, disons le cinquième plus mignon sur neuf ou dix. »

     Dans un futur proche, les États-Unis ont fortement décliné. Alors que toute l’économie est aux mains de la chine et que le parti bipartisan a pris le pouvoir et l’a transformé en dictature molle, les Américains ayant encore un travail ont tous un äppärät, super assistant personnel diffusant publiquement les données privées sur forme de valeur numérique : aussi bien le niveau de crédit que la personnalité ou la baisabilité. Lenny, employé à New York par la branche « immortalité » d’une multinationale, revient de Rome ou il a rencontré Eunice Park, fille d’immigrés coréens installés aux USA. Tombé amoureux, il fait tout pour qu’elle le rejoigne à New York et qu’ils vivent ensemble.

     Derrière sa façade de romance, Super triste histoire d’amour est avant tout une anticipation sur fond de chute de l’empire américain. S’attachant d’abord à décrire la vie quotidienne dans le journal de Lenny et dans les mails qu’échange Eunice avec sa copine et sa famille, Gary Shteyngart représente notre quotidien comme il pourrait évoluer d’ici 10 ou 20 ans : les réseaux sociaux et les mobiles ont détruit toute vie privée, aussi bien dans la sphère intime qu’au profit de la surveillance gouvernementale et patronale. Cet quotidien s’efface ensuite devant la situation du pays et les personnages deviennent alors des victimes : du naufrage économique d’abord puis de la dégénérescence politique. Par le biais de Lenny, personnage décalé qui s’est trompé d’époque, l’auteur nous fait sentir les travers de cette société si proche de la nôtre et met en garde le lecteur contre la déshumanisation des rapports sociaux, sans pour autant tomber dans un discours simpliste et réactionnaire. Un livre réussi dont le seul défaut est, paradoxalement, de trainer en longueur dans sa seconde moitié lorsque les événements s’accélèrent.
 

René-Marc DOLHEN
Première parution : 28/7/2012 nooSFere


 
     Lenny Abramov est quelqu'un d'à peu près normal. Employé des services post-humains de la Staatling-Wapachung Corporation à New York, il travaille dans le domaine de l'extension de la vie, et son job consiste à trouver des ICPE (individus à capitaux propres élevés). En d'autres termes, il doit dénicher de vieux riches désireux de rester jeunes. Agé de presque quarante ans, avec son torse poilu et son petit bedon, Lenny fait cependant figure d'ancêtre, tant auprès de son patron, qui paraît le tiers de ses quatre-vingts printemps, que de Eunice Park, jeune femme d'origine coréenne qu'il a rencontrée lors d'un voyage en Europe et pour qui il a ressenti un immédiat coup de foudre. De retour à New York, Lenny et Eunice s'installent ensemble, mais forment néanmoins un couple assez mal assorti — elle est une accro du shopping, il est un amoureux des livres. Mais les livres, mon bon monsieur, ça pue ! Dans l'avenir proche dépeint dans Super triste histoire d'amour, plus personne ne lit, tout le monde est vissé à son äppärät, une sorte de super tablette/smartphone plutôt indiscret qui permet de connaître entre autres la masculinité des uns ou la baisabilité des autres. Qui permet aussi de s'informer un tant soit peu sur l'actualité. Les USA sont un pays en crise, au bord de l'effondrement économique, gouverné par le parti bipartisan, avec un Ministre de la Défense hargneux prêt à faire des courbettes devant les banquiers chinois (d'autant que le dollar est désormais indexé au yuan), et dont les citoyens sont surveillés par l'aussi omniprésente que paranoïaque Autorité de Rétablissement de l'Américanité. Et on connaît la chanson : les histoires d'amour finissent mal — en général. Et celle de Lenny et Eunice ne fera pas exception à la règle. Ce qui est, on s'en doute bien, super triste.
     A l'image du titre, forcément ironique, et entre le début et la fin de cette (super triste) love story, le lecteur se sera bien marré. Quitte à rire jaune, parfois. Alternant entre les extraits du journal de Lenny, amoureux transi tellement falot qu'il en devient remarquable, et les messages de Eunice sur son compte GlobAdos, qui la révèlent post-ado superficielle, ce troisième roman de Gary Shteyngart est une satire, quoique à peine exagérée, de notre présent. Un futur où l'on se dévoile sans aucune pudeur, tant sur les réseaux sociaux que dans la rue, avec des marques de sous-vêtements aux noms aussi suggestifs que MouleEnFoule ou RedditionSansCondition, où l'on entretient un culte pour la beauté et la jeunesse, où la paranoïa est de mise. Comme aujourd'hui, en somme, mais en pire (un peu).
     Un roman réactionnaire, Super triste histoire d'amour ? Pas vraiment. Lenny Abramov, en qui l'on pourra voir un double à peine démarqué de l'auteur, se fait une certaine idée de la culture et déplore l'inculture générale grandissante (Lenny hésite à lire des extraits d'un roman de Kundera à Eunice, de peur qu'elle ne comprenne pas). Nostalgique d'une époque, sûrement.
     Reconnaissons que si Super triste histoire d'amour est, dans sa première moitié, d'une lecture jouissive, l'intérêt s'émousse quelque peu au fil de l'eau. Mais on en tient pas moins là un super bon livre, aussi drôle que provocateur et, en définitive, assez triste.

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/7/2012 dans Bifrost 67
Mise en ligne le : 5/12/2015


 

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