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L'Homme qui savait la langue des serpents

Andrus KIVIRÄHK

Titre original : Mees, kes teadis ussisõnu, 2007

Traduction de Jean-Pierre MINAUDIER
Illustration de Denis DUBOIS

ATTILA  n° 47
Dépôt légal : 2013
440 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 978-2-917084-64-9   
Genre : Fantasy 

Dépôt légal : hiver 2012/2013 ; le livre est paru au début de l'année 2013.



    Quatrième de couverture    
     « Mais il n'était pas question de revenir en arrière. J'étais là, au cœur de la folie moderne, et mon destin était d'y demeurer jusqu'à la fin de mes jours. »

    Sommaire    
1 - Jean-Pierre MINAUDIER, Le Pamphlet sous la fable, pages 425 à 435, Postface

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2014
 
    Critiques    
     Si jamais vous n'avez pas encore acheté ce livre, arrêtez tout ce que vous faites séance tenante, précipitez-vous chez votre libraire de confiance, et faites l'acquisition immédiate de ce roman. Ceci n'est pas un conseil, ceci est un ordre. Si vous ne le faites pas, vous passerez à côté d'un authentique chef-d’œuvre, un livre absolument splendide. Et, surtout, jamais vous ne comprendrez la beauté de la langue des serpents.
     Quand commence le livre, le narrateur de L'homme qui savait la langue des serpents est le dernier de son espèce, le survivant d'une époque en passe d'être révolue. Aussi, dans un long flashback qui constitue l'intégralité du roman, nous raconte-t-il comment on a pu en arriver là. Quand il était enfant, pourtant, les gens vivaient encore dans la forêt, en harmonie avec la nature ; nombreux étaient ceux qui parlaient la langue des serpents, un langage qui permet aux hommes de se faire obéir des animaux, y compris pour assurer leur propre subsistance. Bien sûr, des familles ont commencé à « émigrer » dans des villages, où elles se sont mises à cultiver la terre, mais il était encore possible, pour un jeune garçon, de vivre dans la forêt et de s'y faire plein d'amis. Regardez par exemple Ints : ce serpent intarissable est un ami fidèle, même si parfois il ronchonne, notamment quand il lui faut pénétrer dans un cadavre alors qu'il vient juste de muer et de gagner sa nouvelle peau toute propre. Le principal guide du jeune Leemet sera son oncle, Vootele (son père est en effet décédé, décapité par un ours que sa mère avait pris pour amant) ; il lui apprend les codes qui lui permettent de respecter son environnement, en accord avec les croyances ancestrales. Mais la jeunesse insouciante, où Leemet mène les quatre cents coups, va peu à peu laisser la place à l'interrogation (comment des gens peuvent-ils aller aux champs, et courber le dos pendant une journée entière, alors qu'il leur suffirait de connaître la langue des serpents pour subvenir à leurs besoins ?), puis à l'inquiétude, lorsque les antagonismes avec les villageois vont s'amplifier. Et, lorsqu'il y a des conflits, ceux-ci peuvent vite dégénérer, dans l'Estonie du XIIIème siècle progressivement colonisée par des chevaliers-prêtres allemands...
     Eh oui, vous avez bien lu, Estonie. Car, j'avais oublié de le préciser, mais la principale curiosité de ce livre, c'est son origine. Andrus Kivirähk est en effet estonien, né en 1970, et L'homme qui savait la langue des serpents fait un carton dans son pays. Certes, me direz-vous, mais s'il s'agit ici d'un roman sur la perte des croyances millénaires estoniennes au profit d'un matérialisme plus moderne, ne risqué-je pas de ne rien comprendre aux tenants et aboutissants de ce livre, vu ma culture à peu près nulle de l'Estonie, qui plus est au moyen-âge ? N'ayez crainte, on peut très bien lire ce livre sans aucune connaissance de ce pays, car les motifs utilisés par Kivirähk sont universels : l'enfance, l'apprentissage, le changement de monde à l'occasion d'un profond remaniement de la société, les valeurs qui se perdent, la violence, la haine de l'étranger... Bien sûr, il y aura un niveau qui vous échappera, celui d'une critique mordante de l'Estonie moderne, mais la postface de Jean-Pierre Minaudier, qui réalise également un excellent travail de traduction, est suffisamment éclairante pour que vous ne perdiez rien. Alors, vous pouvez vous lancer dans la lecture particulièrement jouissive de ce roman, extrêmement drôle dans sa première partie, avec sa galerie de personnages tous plus savoureux les uns que les autres, mais qui, peu à peu, s'éloigne des rivages de l'humour et de l'insouciance pour basculer dans un autre monde, plus sombre, et qui se poursuit vers sa conclusion inéluctable puisqu'annoncée dès les premières pages. La palette de sentiments suscités chez le lecteur est ainsi extrêmement variée, et le plaisir de lecture décuplé par certaines trouvailles du plus pur réalisme magique : on y croise ainsi, en plus des serpents qui parlent, des ours qui content fleurette aux appétissantes jeunes Estoniennes, une salamandre qui vole dans le ciel, un pou géant, un poisson géant... Bref, on en redemande, même si on aurait souhaité que cette magie perdure, rendant le constat d'échec final encore plus amer...
     Je ne le répéterai donc jamais assez : L'homme qui savait la langue des serpents, d'Andrus Kivirähk, est un chef-d’œuvre instantané, un livre surgi de nulle part, magnifique, intemporel et universel. Comment, vous êtes encore en train de me lire ? Allez, chez votre libraire, vous dis-je, et plus vite que ça !

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/4/2013 nooSFere


 

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