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Trois oboles pour Charon

Franck FERRIC

Illustration de Bastien LECOUFFE-DEHARME
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (155), dépôt légal : septembre 2014
320 pages, catégorie / prix : 20,50 €, ISBN : 978-2-207-11731-6

En quatrième de couverture, le titre de l'un des ouvrages de l'auteur ("Dernière semaine d'un reptile") est mal reproduit ("du" à la place de "d'un").
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Pour avoir offensé les dieux et refusé d'endurer sa simple vie de mortel, Sisyphe est condamné à perpétuellement subir ce qu'il a cherché à fuir : l'absurdité de l'existence et les vicissitudes de l'Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon — le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos — , Sisyphe traverse les âges du monde, auquel il ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par le rattraper, tandis que les dieux s'effacent du ciel et que le sens même de sa malédiction disparaît avec eux.

     Dans une ambiance proche du premier Highlander de Russell Mulcahy, Trois oboles pour Charon nous fait traverser l'Histoire, des racines mythologiques de l'Europe jusqu'à la fin du monde, en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux.

     Né en 1979 à Bourges, Franck Ferric est l'auteur de deux romans : La Loi du désert, Les Tangences divines, et de deux recueils de nouvelles : Marches nocturnes, Dernière semaine du reptile.

 
    Critiques    
     Franck Ferric est un jeune auteur publié depuis une dizaine d'années ; il a commencé sa carrière par des nouvelles notamment chez L'Oxymore, avant de signer son premier recueil chez Nuit d'avril, puis trois livres aux éditions du Riez. Bénéficiant d'un très bon bouche à oreille jusqu'à présent, il franchit un palier en étant désormais publié chez Denoël, dans la collection Lunes d'Encre.
     Le narrateur de ce roman se réveille, nu et amnésique, sur un champ de bataille. Seuls indices sur son identité : un tatouage « Legio XIII Gemina » sur son épaule, et un œil absent, recouvert d'une pièce d'or cousue à même la peau. L'Ours d'homme, ainsi baptisé car il bénéficie d'une exceptionnelle stature, comprend qu'il se trouve en pleine lutte des légions romaines contre les tribus barbares du nord. Malgré ses aptitudes supposées pour le combat, il fuit toute armée qu'il peut croiser, jusqu'à ce qu'il tombe sur ce qui semble être un dieu, accompagné de molosses qui lui donnent la chasse. Abattu par un javelot, il succombe à sa blessure... et se retrouve en enfer, face à Charon qui lui demande trois oboles pour qu'il lui fasse traverser le Styx. Mais l'Ours d'homme est démuni de toute pièce hormis celle qui ferme son orbite...
     La première chose qui frappe, c'est la langue : travaillée, envoûtante, elle sait se faire âpre pour décrire les combats, avec une force d'évocation peu commune, qui pour autant ne tombe jamais dans le lyrisme qui aurait tendance à nous éloigner du réalisme cru des actes. Car, chez Ferric, on est au plus près de l'être humain, on souffre avec lui, on ressent le froid et la morsure des armes de guerre, on savoure les instants de calme pour ce qu'ils sont, des îlots sur un océan de fureur. Bref, la langue de Ferric vous happe dans l'histoire pour ne plus vous lâcher, à la manière d'une Justine Niogret. Avec un sens aigu du détail, l'auteur noue sur une trame relativement simple – des allers-retours entre notre monde et celui des enfers, où ce pauvre nocher de Charon n'en peut plus de voir revenir cet amnésique incapable de payer son écot, les scènes entre les deux constituant un régal de dialogues – une terrible destinée qui peu à peu révèle sa véritable identité (et qu'on se gardera bien de révéler ici, même si elle apparaît en quatrième de couverture de l'ouvrage). Ferric réussit un tour de force en proposant une relecture originale des racines mythologiques, frappée au sceau de l'Histoire et de la fantasy héroïque, qui fonctionne parfaitement, tant dans la crédibilité des personnages que dans la reconstitution historique. Et se permet même le luxe, lorsque l'identité du protagoniste est enfin dévoilée, de se renouveler en emmenant le roman vers d'autres terres, philosophiques celles-là, où il est question de nature humaine, de guerre, de fin du monde et de rapport à la religion. Car, en dupant les dieux en refusant de mourir, le personnage central de ce roman pose une question bien plus universelle : les Dieux existent-ils encore ? et, dans l'affirmative, sont-ils encore omnipotents ou simples spectateurs d'un monde qui a appris à vivre sans eux et qui court à la catastrophe ?
     En guise de conclusion, on recommandera donc très chaudement Trois oboles pour Charon, un splendide roman qui puise avec aisance aux mythes pour mieux nous parler de la nature humaine avec une langue très riche, et confirme ainsi tout le bien que l'on pensait de Franck Ferric.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 10/11/2014
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Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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