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L'Alchimie de la pierre

Ekaterina SEDIA

Titre original : The Alchemy of Stone, 2008
Première parution : Prime, 2008
Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Nicolas FRUCTUS
Illustrations intérieures de Nicolas FRUCTUS

BÉLIAL'
Dépôt légal : février 2017
Première édition
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-84344-913-0
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     Soit une ville immense, sombre et secrète, fondée par un peuple minéral plus secret encore — les gargouilles. De mémoire d’homme, les guildes rivales des Alchimistes et des Mécaniciens s’y livrent une lutte d’influence acharnée. Or les Mécaniciens semblent enfin en passe de l’emporter, prêts à imposer sur la cité un ordre nouveau, brutal.
     Automate douée de conscience, unique en son genre, Mattie est la création d’un Mécanicien ambigu. Bien qu’émancipée, elle peine à se libérer de l’emprise de son ancien maître, une ombre qui ne l’a pas empêchée, malgré tout, d’embrasser la carrière d’alchimiste. Les gargouilles l’ont chargée d’une mission cruciale : trouver un remède au mal qui les frappe, une inexorable pétrification. Mission que compliquent des événements tragiques : des attentats frappent la ville, tandis que dans ses entrailles couvent les ferments de la révolution...

     Auteure russe vivant aux états-Unis depuis plus de vingt ans, Ekaterina Sedia a publié cinq romans et un recueil de nouvelles en langue anglaise. Premier de ses ouvrages à paraître en français, L’Alchimie de la pierre, récit d’aventure poignant, questionne avec acuité le prix du progrès et la place des femmes au sein des sociétés mécanistes modernes. Un roman enchanteur, une fable steampunk portée par une langue raffinée et une héroïne inoubliable.
Critiques

    Ekaterina Sedia est une auteure russe émigrée de longue date aux États-Unis. Si L’Alchimie de la pierre, publié en 2008 outre-Atlantique, est son troisième roman, il s’agit là de son premier titre à paraître en France.

    Mattie est une automate. Son créateur, Loharri, un Mécanicien renommé, s’est surpassé en la fabriquant : il l’a dotée de nombreuses caractéristiques remarquables, à l’image de ses yeux, capables de s’extruder pour améliorer sa vision, ou de son visage interchangeable quand la porcelaine se fêle ou se casse. Mais, surtout, il lui a fait un cadeau prodigieux : une conscience, oui, rien que cela, qui lui permet de réfléchir à sa destinée, voire même de ressentir quelques embryons d’émotions. Mattie a mis à profit ses facultés de raisonnement pour devenir Alchimiste, domaine où elle ne tarde pas à exceller, ce qui lui vaut de décrocher bon nombre de contrats. Jusqu’à se trouver sollicitée par les gargouilles, ces créatures mystérieuses ayant fondé la cité, mais qui se transforment peu à peu en pierre et souhaitent voir leur condition évoluer. Pour répondre à leurs attentes, Mattie se lancera dans une quête de connaissances vite contrariée par les circonstances. En effet, dans la cité, la domination séculaire des Alchimistes et des Mécaniciens est progressivement mise à mal par des anonymes qui souhaitent voir abolis les privilèges sociaux des plus nantis. Une révolution qui pourrait bien annoncer des flots de sangs…

    Le roman démarre comme une fantaisie steampunk mâtinée d’humanisme, alors qu’une créature créée de toutes pièces essaye de trouver sa place dans la société tout en s’interrogeant sur les motivations réelles de son créateur. Est-elle un simple jouet ? Une démonstration de la virtuosité de Loharri ? Voire une expérience sur ce qui définit l’être humain ? Sans doute un peu tout cela, mais il ne faut pas compter sur Loharri pour lui donner des indices ; ce dernier se contente de garder sa création sous son joug par le biais de la clé permettant de remonter régulièrement ses mécanismes. Aussi Mattie tente-t-elle de trouver seule les réponses aux questions qui la minent, tout en nourrissant des sentiments ambivalents vis-à-vis du Mécanicien. La dévotion de Mattie envers son « père », mais aussi sa haine de le voir la brider en permanence, sont admirablement décrits, tout en empathie, et font de Mattie un personnage attachant qu’on n’oubliera pas de sitôt. Il en va de même pour certains des personnages secondaires, comme le Fumeur d’âmes, dont la destinée est tout autant bouleversante.

    Progressivement, le propos du roman se déplace, ou plutôt s’enrichit d’une nouvelle thématique : la lutte sociale. On l’a dit, la révolution est en marche, et elle ne s’arrêtera pas : après un terrible attentat, la révolte ne cesse d’enfler, laissant bientôt place aux émeutes, au chaos dans toute la cité. Mattie, qui assiste en spectatrice au début des événements, sait qu’elle ne pourra en rester là. Après tout, son double statut d’automate alchimiste lui permet d’accéder à certaines informations relatives aux deux castes, et elle comprendra que cette lutte pour l’égalité est tout sauf usurpée. Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous, et pas uniquement réservé à certains clans favorisés ; le conflit n’est au fond qu’une transposition de son propre combat pour l’émancipation. Mattie évolue ainsi favorablement vers les aspirations des insurgés, mais, si la révolution se produit et fait tomber Mécaniciens et Alchimistes, cette issue ne risque-t-elle pas de lui être fatale, à elle qui est le point de convergence des deux statuts ? À cette douloureuse question, Mattie devra, une nouvelle fois, trouver des réponses sans espérer l’aide de quiconque.

    Roman subtil et d’une belle inventivité, steampunk féministe qui traite tout autant des fondements de la société que de l’avenir de celle-ci, L’Alchimie de la pierre est un très beau livre. Et son auteure, Ekaterina Sedia, une nouvelle voix envoûtante qu’on souhaite réentendre au plus vite.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/4/2017 dans Bifrost 86
Mise en ligne le : 9/12/2022


     La ville-état d’Ayona, construite par des gargouilles, dirigé par un duc et partagé entre deux guildes, les alchimistes et les mécaniciens, est touchée par un attentat : le palais ducal est détruit.
     Mattie est une automate douée de conscience. Fabriqué par Loharri, un des meilleurs mécanicien de la ville, elle vit comme alchimiste mais dépend de lui car il possède la clef permettant de la remonter. Alors qu’une révolte menée par les mineurs aidés de quelques notables gronde, les gargouilles, qui se cachent de la population, sont en voie d’extinction. Le sort de Mattie et sa quête de l’indépendance ne pourront que se joindre aux évènements qui secouent la ville.

     Derrière un décor steampunk/fantasy urbaine réussi se cache une intrigue à plusieurs niveaux : comment Mattie va pouvoir devenir vraiment indépendante, qui a fait sauter le palais, quel est le rôle des gargouilles ? Tout cela est en plus accompagné de parallèles avec l’actualité ou l’Histoire : l’explosion du palais ressemble au 11 septembre, la révolte des mineurs a un déroulement classique de révolution ouvrière, le combat de Mattie pour l’indépendance est semblable aux luttes féministes, le traitement des immigrés orientaux est tristement d’actualité. Pour autant, le roman ne se transforme pas en pamphlet politique aride : c’est avant tout un récit riche en action, mené à bon rythme et dont l’aspect steampunk est habilement utilisé pour créer un personnage principal complexe et attachant. L’Alchimie de la pierre n’est pas parfait : la superposition des intrigues nuit à la cohésion globale du récit qui perd en clarté par moment et certains aspects auraient mérité d’être plus développés. Mais ne boudons pas notre plaisir : ce roman intelligent et original, teinté d’une gravité inhabituelle dans le steampunk, ravira ses lecteurs et le personnage de Mattie restera longtemps dans leur mémoire, grâce au talent d’Ekaterina Sedia pour peindre un personnage mêlant l’intime à l’extime.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 8/3/2017 nooSFere

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