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L'Éducation de Stony Mayhall

Daryl GREGORY

Titre original : Raising Stony Mayhall, 2011
Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Aurélien POLICE
BÉLIAL' n° (87), dépôt légal : août 2014
448 pages, catégorie / prix : 23 €, ISBN : 978-2-84344-128-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « En général, ça finit avec la Dernière Fille, l’unique survivante : une jeune femme en débardeur éclaboussé de sang. Elle lâche sa tronçonneuse, son fusil à canon scié, son pied-de-biche [...] et sort en titubant d’une vieille maison. [...] L’aube rougeoie sur l’horizon et les goules ont été vaincues (pour le moment, parce que les happy ends ne durent jamais). Peut-être que d’autres survivants finissent par la retrouver et l’emmènent dans une enclave, une forteresse grouillant de soldats, ou à tout le moins de civils bardés de flingues, lesquels la protégeront jusqu’au deuxième volet. Peut-être que cette enclave est située à Easterly, Iowa, à environ cent kilomètres au nord-ouest des ruines de Des Moines. Peut-être que la fille s’appelle Ruby... »

     Stony a trois sœurs : Alice, Chelsea, Junie. Et sa mère Wanda, qui l’aime plus que tout. Sans oublier Kwang, son copain de toujours, persuadé que Stony possède un superpouvoir. Parce que Stony est insensible aux flèches que son ami lui plante dans le ventre histoire de rigoler... Il faut dire que Stony ne respire pas. Ne mange pas vraiment. Ne dort jamais. Et pourtant il grandit. Stony ignore ce qu’il est. Il n’a pas pris la mesure de son réel pouvoir. Ça viendra. Reste une interrogation : y en a-t-il d’autres comme lui ? La réponse à cette question emportera tout dans son sillage...

     « Lisez ce livre comme une parabole politique mordante ; comme une allégorie religieuse chargée d’ironie ; comme une approche goguenarde de l’altérité ; comme une habile méditation sur le mystère, les limites de la chair ; comme l’un des meilleurs romans de genre de l’année — mais avant tout, lisez-le ! » (James Morrow)

     L’Éducation de Stony Mayhall est le premier roman de Daryl Gregory publié en français.

 
    Critiques    
     Affirmer que les œuvres (romans, films, bandes dessinées) sur les zombies pullulent depuis quelques années est un axiome admis par tous. Parmi ces innombrables tentatives, certaines – rassurez-vous, elles constituent une très large minorité – tentent d'innover et de renouveler une thématique qui commence à sérieusement moisir. Ça n'est pas toujours couronné de succès, mais parfois, le talent de l'auteur permet d'ajouter le panache à l'audace, et d'offrir aux lecteurs ou spectateurs un morceau de bravoure. On se souvient du World War Z, de Max Brooks, ou la tentative fort réussie d'envisager le phénomène zombie sous un angle global, et de le décrire par petites scènes éparpillées dans le monde plutôt qu'en suivant un groupe de personnes confrontées à un problème local. Il y avait donc World War Z, et il y aura désormais L'Éducation de Stony Mayhall.
     Stony est découvert, bébé, dans les bras de sa mère morte. Wanda Mayhall le recueille, mais se rend vite compte qu'il y a un problème : il ne respire pas. Elle comprend qu'il s'agit d'un zombie, comme ceux qui se sont multipliés lors de l'épidémie de 1968 (à ce sujet, petite plaisanterie de l'auteur, le film de Romero était en fait un documentaire), et que l'humanité « bien-portante » a réussi à peu près à éradiquer. Pas complètement, donc, puisque de temps à autre, certains sont retrouvés, comme Stony. Trouvant une famille d'accueil émue par son sort, il va s'y épanouir, au contact de ses trois sœurs et de sa mère, puis de son ami Kwang. Mais il devra rester cacher, pour éviter qu'on ne le traque. Un beau jour, toutefois, il ne supportera plus d'être aussi esseulé, tentera d'aller en ville, mais sera démasqué, ce qui l'oblige à fuir. À sa grande surprise, il découvrira qu'il est loin d'être le seul zombie, que ceux-ci sont bien présents, bien que peu nombreux, mais se terrent pour survivre. En attendant l'éventuelle arrivée de celui qui pourra sauver leur peuple...
     Daryl Gregory n'était pas inconnu en France jusqu'à présent, mais peu s'en fallait. Quatre nouvelles publiées dans Fiction entre 2008 et 2013, plus une dans la revue électronique Angle Mort, et enfin une dans un Bifrost récent, histoire pour le Bélial de préparer l'arrivée dans son catalogue de L'Éducation de Stony Mayhall. Ce roman est le troisième de l'auteur, paru aux États-Unis en 2011 ; Gregory en a désormais publié cinq, accompagné d'une quinzaine de nouvelles. Dans Stony Mayhall, il a donc tenté de renouveler la figure du zombie. Celui-ci n'est plus le monstre assoiffé de chair et de cerveau, mais plutôt une créature qui arrive à se contrôler : après tout, son statut de mort-vivant lui permet de pouvoir s'abstenir de manger vu qu'il ne grille pas de calories... Mais surtout, le zombie pense, raisonne, anticipe... bref se comporte comme vous et moi. Enfin, pas tout à fait : au sein de la communauté zombie, certains gardent une irrépressible envie de mordre les humains, contre qui ils gardent une dent depuis l'épuration dont les morts-vivants ont été victimes en 1968. Stony va ainsi se retrouver embarqué dans une lutte de pouvoir entre les différentes factions, qui se déchirent sur des questions d'altérité et de rapport à l'autre. De cet antagonisme vont naître des questionnements passionnants, sur le bien-fondé des pensées des uns et des autres ou la nécessité de la révolte pour des minorités opprimées.
     Le jeune homme va vite occuper une position centrale parmi les siens : en effet, il est le seul à être zombie, et à s'être développé. Les zombies attendant celui qui saura les sauver, il va vite être assimilé par certains à une sorte de messie, même si lui ne veut même pas l'imaginer, car il ne se sent absolument pas différent des autres. Pourtant, il va se questionner de plus en plus, à mesure qu'il développe des facultés étonnantes, qui confineront à l'irrationnel (ce qui risque de déstabiliser certains lecteurs) ; en outre, à l'issue de ses tentatives d'insérer les siens dans la société américaine, son chemin de croix sera particulièrement gratiné... Cette dimension christique, l'auteur ne la martèle pas, mais la construit patiemment, avec subtilité, jusqu'à ce qu'elle devienne évidente.
     Un roman centré sur un personnage principal est réussi si ce dernier est crédible. Mention spéciale à Stony Mayhall : avec son humour grinçant, sa faculté à garder la tête froide en toute circonstance et à prendre du recul pour mieux analyser la situation, même si parfois il se met à frissonner en se demandant s'il n'est pas en train d'éprouver un sentiment, il prend rapidement sa place dans les rangs des personnages inoubliables. Daryl Gregory dresse ici un splendide portrait d'un homme qui tente, contre vents et marées, de réconcilier deux camps antagonistes, tout en essayant de comprendre ce qu'il est réellement.
     Au final, ce premier roman traduit de Daryl Gregory est une vraie révélation, l'un des tout meilleurs bouquins publiés cette année. Même si vous en avez marre de la déferlante zombie, tentez L'Éducation de Stony Mayhall : jamais le zombie ne vous paraîtra aussi humain.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/9/2014
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Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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