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Les Limites de l'enchantement

Graham JOYCE

Titre original : The Limits of Enchantment, 2005
Première parution : Gollancz, 2005
Traduction de Mélanie FAZI
Illustration de Sam VAN OLFFEN

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 532
Date de parution : 29 octobre 2015
Dépôt légal : octobre 2015, Achevé d'imprimer : 14 octobre 2015
Réédition
Roman, 432 pages, catégorie / prix : F9
ISBN : 978-2-07-045913-1
Format : 10,8 x 17,8 cm
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
Élevée par Maman Cullen dans la campagne anglaise, Fern vit dans un monde en marge du nôtre. Un monde en osmose avec la nature et les esprits qui la peuplent, un monde sur lequel, si vous êtes initié, vous pouvez avoir prise. Mais Fern va devoir faire face à la réalité et à la société moderne qui la rattrapent. Déjà, des hippies sont venus s'installer près de leur maison, les envahissant avec leurs drôles de mœurs et leur musique hypnotisante. L'expulsion les guette, faute d'avoir payé le loyer. Après avoir aidé tant de personnes des environs, Fern pense bien trouver, à son tour, un peu de réconfort auprès de ses voisins. Mais cela ne sera pas si simple.
 
Les limites de l'enchantement est une chronique douce-amère de l'Angleterre rurale dans les années 1960. Graham Joyce tisse un portrait sensible et touchant d'une jeune femme à qui personne n'a jamais appris à vivre dans un monde en mutation.
 
Graham Joyce (1954-2014) a grandi en Angleterre, dans un village proche de Coventry. Après des études de lettres à l'université, il travaille pendant huit ans dans une association caritative pour la jeunesse puis décide de se consacrer pleinement à l’écriture. Il est l'auteur d'une vingtaine de romans.
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition BRAGELONNE, (2007)

     La mère adoptive de Fern est ce que certains appelleraient une sorcière, c'est-à-dire une femme qui vit en marge de la bonne société et qui prodigue conseils et soins divers à cette même bonne société. Il n'y a guère de magie dans son art, mais simplement une bonne connaissance des plantes, un solide savoir-faire hérité de ses pareilles, du bon sens, de l'intuition et une bonne dose de psychologie. Lui faire confectionner son gâteau de noces garantit ainsi un mariage durable et heureux, et, si elle a assisté l'accouchement de nombre de ses voisines, elle se permet aussi d'aider en secret certaines jeunes filles imprudentes ou abusées à se débarrasser d'un hôte indésirable...
     Tout naturellement, Fern acquiert ce savoir ancien et se destine à succéder à celle que tout le monde appelle « Maman ». Mais voilà que des hippies débarquent, que Maman doit aller à l'hôpital, que Fern est menacée d'expulsion, qu'il est désormais interdit de jouer à la sage-femme sans diplômes... Le monde moderne est en marche et ce genre de « sorcières » n'y a plus vraiment sa place...

     Comme Lignes de vie (Grand Prix de l'Imaginaire 2006) et En attendant l'orage, Les Limites de l'enchantement — dont le titre traduit parfaitement le côté « transfictionnel » — décrit le monde réel avec une légère touche de fantastique, une touche si légère qu'on hésite à classer ces récits dans les littératures de l'Imaginaire, tout en se refusant à les en exclure formellement. En tout cas, ils appartiennent de manière certaine au domaine recherché de l'excellente littérature, ce qui est le principal.
     Lignes de vie mettait déjà en scène toute une famille d'excentriques, avec plusieurs femmes qui en d'autres temps auraient peut-être fini sur un bûcher. Ce nouveau roman continue dans cette voie, en centrant cette fois l'intrigue sur un seul personnage. Du coup, le récit se montre plus simple, moins riche et moins varié que dans Lignes de vie — qui demeure de très loin le meilleur des trois livres jusqu'à présent publiés chez Bragelonne.
     Néanmoins, malgré cette pointe de déception — il sera difficile de ne pas comparer tous les romans de Graham Joyce à l'enthousiasmant Lignes de vie — , on retrouve avec bonheur les qualités exceptionnelle du style de l'auteur — et de sa traductrice, Mélanie Fazi, elle-même récompensée par le Grand Prix de l'Imaginaire pour sa traduction de Lignes de vie. Sans esbroufe ni mélo bon marché, Joyce peint ces destins de femmes avec une épatante justesse psychologique, beaucoup de sensibilité et d'humanisme, avec légèreté et tendresse. Mine de rien, voilà un roman qui fait réfléchir à l'évolution du monde et à la raréfaction de certaines valeurs « magiques » comme la compassion.

     Pour les amateurs de romans subtilement en marge du fantastique ou même de littérature générale, Graham Joyce est un auteur à découvrir absolument : pour une fois, soulignons l'absence d'exagération de la quatrième de couverture qui fait de lui « l'un des grands écrivains anglais contemporains ».

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 13/5/2007
nooSFere


Edition BRAGELONNE, (2007)

     La vie suit son cours régulier dans le petit village de Hallaton. Les changements que connaissent l'Angleterre des années 60 et le monde ne s'y font pas vraiment sentir. Sauf peut-être à la télévision, qui diffuse l'avancée de la conquête spatiale ou Au-delà du réel. Animaux morts satellisés et feuilleton de science-fiction troublent Fern quand elle suit les programmes télé chez son amie Judith. Car la jeune fille est davantage habituée aux rituels invariables de Megan Cullen, sa mère adoptive. Maman Cullen, âgée de soixante dix-sept ans, est une figure éminente du village. Sage femme dont l'expérience vaut davantage que les diplômes d'Etat, elle a libéré la plupart des habitantes en les faisant accoucher ou en se chargeant de les faire avorter. Son savoir s'étend à l'herboristerie, aux pratiques folkloriques teintées de magie quotidienne, et aux détails des coucheries touchant les notables, qu'il vaut mieux tenir secrets. Mais la guérisseuse d'Hallaton se fait vieille, et Fern devra lui succéder. Aussi se prépare-t-elle à subir la Question, sorte d'initiation qui garantira le passage et la permanence des traditions. C'est compter sans la nouveauté, à peine dérangeante au début quand des hippies viennent s'installer à proximité de la chaumière, jeunes universitaires qui s'en remettent au flower power pour s'improviser fermiers. Les bouleversements se précipitent quand Maman Cullen est hospitalisée suite à une chute provoquée. Fern se retrouve bientôt seule, ce qui revient pour elle à être entourée de gens dont elle doit éprouver l'amitié. Menacée jusque dans sa petite demeure, elle mesure les limites de l'enchantement...

     D'une certaine façon, ce roman de Graham Joyce fait suite à son remarquable Lignes de vie, comme on le dirait d'un contrepoint, à la fois opposé et complémentaire. Lignes de vie décrivait, au travers d'une profusion d'existences, la permanence d'un quotidien que la guerre elle-même ne peut troubler. Les Limites de l'enchantement parle des modifications profondes qui sont le fait des temps de paix. Cette fois-ci par le biais d'un récit linéaire, histoire à nouveau de femmes dont la figure de l'accoucheuse, présente dans les deux romans, tient lieu de transition. Il incombe à Fern d'endosser ses choix, voulus ou imposés, sans autre guide que la pratique. Certains, comme la Question, n'ont déjà plus lieu d'être, car d'autres mutations sont davantage effectives. Ainsi de la découverte des garçons, Chas le hippy et le fidèle Arthur McCann, ou des hommes comme le docteur aux crèmes brûlées, suppôt du sinistre Mr Venables, directeur de l'agence immobilière aux manières doucereuses, surnommé « l'anguille de Norfolk ». Fern devra demeurer attentive, sous peine de rester bloquée à distance de l'existence qui l'attend, car il suffit de battre des cils pour que cinq minutes passent, ou toute une vie. La jeune femme apprendra à feindre tout en restant elle-même, à utiliser des grands mots comme « vertex » pour parler d'un bébé qui se présente tête la première. Heureusement, elle pourra compter sur des alliés inattendus, tels Mme Marlène Mitchell, dite MMM, puéricultrice diplômée à la démarche silencieuse, ou ce lièvre, cousin du lapin d'Alice qui se fraye un passage entre les mondes. Après avoir subi la violence des mots et des coups, Fern retrouvera l'enchantement lors de la Fête du Lièvre, durant la Ruée de la Tourte et la Mêlée aux Bouteilles, traditions qui perdurent sans être entachées par la modernité.

     Un très beau roman, proche de l'imaginaire du sublime écrivain irlandais Niall Williams, auteur notamment de Quatre lettres d'amour (Flammarion) et de Comme au Ciel (Denoël), tous deux situés dans le comté de Clare. Saluons enfin le travail de Mélanie Fazi, véritable sœur en esprit du romancier, qui va bien au-delà de la simple traduction. En témoigne par exemple le rendu du cryptage des carnets de Fern, à la fois authentique création et fidélité au texte.

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/7/2007
dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 11/11/2008

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