Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Chant du cosmos

Roland C. WAGNER


Illustration de LERAF
L'ATALANTE, coll. La Petite Dentelle

Dépôt légal : mai 2017
416 pages, catégorie / prix : 8,50 €
ISBN : 978-2-84172-815-2
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Soit un jeune Océanien, Yeff, étudiant sur la planète Diasphine et qui se découvre un talent pour le « Jeu », cette rencontre mentale entre « Penseurs » qui fait l’objet de tournois interstellaires.
     Soit une « muse » professionnelle, Clyne, égérie d’un Penseur dont la carrière vient de s’achever brutalement.
     Soit un étrange animal imprévisible mais convivial, le maedre, qui s’attache tout à trac aux pas de Yeff.
     Trois personnages d’une aventure de trois décennies, opéra de l’espace et roman de suspense, voyage à travers des cultures bigarrées, parmi un bestiaire où l’auteur donne la mesure de son humour.

     Auteur de plus de cent nouvelles et d’une cinquantaine de romans, dont son chef-d’œuvre Rêves de Gloire, Roland C. Wagner avait choisi son camp : celui de la concorde et de l’accord cosmique.


    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2007)


[Critique commune à la réédition en poche de La Saison de la sorcière et Le Chant du Cosmos]

     Roland C. Wagner est surtout connu pour sa série, Les futurs mystères de Paris (actuellement réédités chez L'Atalante). Mais ce serait vraiment dommage, voire criminel, de passer à côté de ses autres romans, d'autant plus qu'ils sont parfois bien meilleurs. Et après la parution récente du très turbulent — et très réussi — LGM (éd. du Bélial) ; en voici une nouvelle confirmation avec deux rééditions attendues : La saison de la sorcière et Le chant du cosmos.

     Dans La saison de la sorcière [...] 1

     Avec Le chant du cosmos, changement radical de registre. Wagner s'attaque ici au space opera : Yeff, un jeune étudiant, quitte son monde natal pour s'installer sur Diasphine, afin d'y poursuivre ses études. À peine débarqué, le voilà confronté à une civilisation aux coutumes très différentes de celles de sa planète d'origine. Tout commence par sa rencontre mouvementée avec un maedre, petit animal aux allures de nounours. Puis, c'est une jeune femme nommée Clyne, une muse professionnelle, qui lui propose de participer au jeu de la pensée, une joute sportive durant laquelle les participants s'affrontent sur un plan purement psychique. D'abord réticent, Yeff finit par se laisser convaincre. Il se prend rapidement au jeu, les tournois s'enchaînent. Accompagné de Clyne et du maedre, Yeff devient vite un joueur émérite et respecté. Jusqu'au jour où il croise la route de Raïk Wamkadh, un autre joueur, mais qui lui n'hésite à pratiquer la Voie tranchante, une forme ultra-violente du jeu de la pensée...

     Roland C. Wagner réussit ici un pari difficile : partir d'une intrigue assez classique, dans la grande tradition du space opera « à l'ancienne » (on pense inévitablement à Jack Vance), mais avec un traitement d'une réelle modernité (la thématique du jeu, par exemple, qui fait ouvertement écho au Cycle de la Culture de Iain M. Banks). Le chant du cosmos parvient à allier la verve du space opera traditionnel et la volonté d'innovation du « Nouveau space opera ». Une belle alchimie, parfaitement assumée, et qui donne à ce roman une tonalité unique, inédite et réjouissante. Roland C. Wagner y déploie tout son art de conteur. Son imagination délirante, son étonnant sens du détail, font merveille dans ce roman très énergique. Et le coup de théâtre final, absolument hilarant, vient clore l'aventure en beauté. Un beau voyage et un pur plaisir de lecture.

Notes :

1. Cette partie de la chronique n'est pas reproduite ici. [note de nooSFere]

Xavier BRUCE
Première parution : 1/5/2007
dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 25/2/2009


Edition L'ATALANTE, Bibliothèque de l'évasion ()


     Difficile de résister à ce curieux animal qui, sur la tranche du livre, nous jette un regard d'un bleu insondable et nous tire la langue jusqu'à ce qu'on l'attrape et qu'on le tire du rayonnage...
     Caza démontre une fois de plus son talent d'illustrateur « intelligent », capable à la fois de magnifiques dessins, mais aussi de transcrire l'essence même d'une oeuvre... car si le maedre a tant d'importance sur la couverture, c'est que cette bestiole, pot-de-colle lécheur et véritablement indestructible, est à l'évidence le véritable héros de cet amusant space opera à rebondissement.

     Roland C. Wagner nous emmène ici, avec une équipe de sympathiques personnages, explorer quatre planètes toutes très typées, avec des particularités sociales, politiques ou même juridiques très tranchées. Ceci, ainsi que le « jeu » qui est au centre de l'intrigue, ne peut pas ne pas nous évoquer les univers de Jack Vance, d'autant plus que Wagner est le seul auteur francophone à avoir cette légèreté de ton qui caractérise les livres de Vance.
     Si le ton demeure léger et ironique, l'humour est cependant moins appuyé que dans d'autres livres de l'auteur, et les références aux classiques du genre moins directes. L'humour éclate surtout dans la note finale (Le point de vue du Maedre), qui aurait peut-être pu occuper une plus grande place.
     En dehors de l'humour, cet épais roman ne manque pas d'atout. On y retrouve le goût de Roland C. Wagner pour le feuilleton populaire (un policier y devient même ironiquement un « fantomas ») ou pour la musique qui régit ici l'équilibre de l'univers (le chant du cosmos qui peut être perturbé par de mauvaises vibrations). En outre, on y trouve d'intéressantes digressions, par exemple sur les rapports entre langage et société, thème classique de la SF, notamment sur la planète Eden où le mot confiance n'existe pas et où il existe plus de dix mille combinaisons en ce qui concerne l'acte de tuer.
     On souhaiterait d'ailleurs que ces digressions soient davantage étoffées, car elles sont l'un des principaux intérêts des livres de Vance. C'est là le seul regret que l'on peut avoir à la lecture. Contrairement à Poupée aux yeux morts par exemple, il y a ici une sensation de superficialité, peut-être parce que les héros sont trop gentils, et que l'on souhaite presque que le méchant réussisse à bouleverser tout cela. Entre l'empathie qui unit les êtres au niveau planétaire et le fait que le méchant ne soit pas végétarien, ce qui suffit presque à le condamner, on est plongé dans un univers un peu baba cool légèrement agaçant.

     Un peu trop de bons sentiments et un manichéisme trop appuyé gâtent ainsi un peu le récit, mais il s'agit tout de même d'un fort agréable moment de lecture, digne du talent inimitable de l'un de nos meilleurs auteurs.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


Edition L'ATALANTE, Bibliothèque de l'évasion (1999)


     À peine a-t-il débarqué sur Diasphine que Yeff, étudiant en linguistique originaire d'Océan, se voit encombré d'un maedre, une bestiole attendrissante mais du genre collant. Quelque temps plus tard, c'est encore malgré lui qu'il s'associe avec Clyne, une Muse en quête d'un nouveau Penseur. Yeff devient au bout de quelques années un maître du Jeu de la Pensée, participant à de nombreux tournois et voyant sa cote monter jusqu'à ce qu'il affronte Raïk Wamkadh sur la planète Visage. L'un des satellites qui gravitent autour de celle-ci est ravagé par une explosion et, lors de son enquête, le loyal Barden Den-Den découvre des détails troublants l'amenant à soupçonner la Rächvidd, une société transplanétaire aux buts obscurs et aux méthodes douteuses. Les choses se terminent plutôt mal pour nos deux protagonistes, car Yeff, terrassé par la Voie tranchante qu'emploie Wamkadh, perd toute capacité à éprouver des sentiments, et ce pauvre Barden Den-Den est littéralement vaporisé. Quelques années plus tard, on retrouve Yeff, redevenu étudiant en linguistique, sur la planète Éden, mise au ban de la Galaxie humaine, en compagnie d'un groupe de savants. De nouvelles révélations l'attendent, et ce ne sont pas les dernières.
     Dans l'une des chroniques qu'il donne régulièrement à Asimov's SF Magazine, Norman Spinrad portait un jugement sévère sur la dépendance dont souffre la SF par rapport à ses origines pulp. Au fil des décennies, la SF a eu tendance à devenir une littérature bâtie sur des clichés, fonctionnant en circuit fermé, ce qui ne serait pas si grave si la grande majorité de nos « classiques » vieillissaient bien. Or, selon Spinrad, ce n'est pas le cas, et il conclut son argument en jugeant que les écrivains de l'« Âge d'or » de la SF qui tirent aujourd'hui leur épingle du jeu sont ceux qui ont réussi à créer une œuvre originale non pas à cause mais en dépit des contraintes des pulps. En guise d'exemple, il cite Jack Vance qui, s'il a toujours paru respecter les conventions du genre, les a le plus souvent subordonnées à une thématique, une vision du monde entièrement personnelles.
     Roland Wagner n'est pas Jack Vance, et pourtant, à la lecture de ce Chant du cosmos, on se surprend à penser qu'il correspond lui aussi à ce portrait du grand auteur de SF qu'esquisse Spinrad. En effet, à un premier niveau, ce roman a tout pour satisfaire l'amateur de space-opera : une civilisation stellaire, des humains aux mœurs parfois excentriques, une sinistre menace pesant sur l'univers tout entier et, cerise sur le gâteau, diverses espèces de bestioles dignes d'un Sheckley — dont les bébêtes d'Océan pratiquant le wackanwall. Et pourtant, notre amateur de space-opera risque d'être étonné.
     D'abord par le choix narratif de Wagner. Le livre est divisé en plusieurs parties, correspondant aux diverses planètes où se déplace l'action. Plutôt que « parties », on devrait dire « époques », car elles sont systématiquement séparées par plusieurs années. Ce choix s'explique doublement. D'abord, l'espace est grand, et il faut plus que quelques heures pour aller d'un monde à l'autre. Ensuite, comme le savent les lecteurs des Futurs Mystères de Paris — auquel ce livre est lié de subtile façon — , Wagner s'efforce depuis plusieurs années d'écrire des romans où action n'est pas synonyme de violence gratuite. À mesure que l'on se plonge dans ce Chant du cosmos, on est emporté par un rythme lent mais soutenu, qui permet à l'auteur d'intégrer à son récit complexe tous les éclaircissements nécessaires. Pour rester dans la métaphore musicale, disons que nous sommes ici dans le registre du reggae nonchalant plutôt que dans celui du rock endiablé.
     Autre préoccupation de Wagner, de plus en plus apparente dans ses livres récents, le souci de construire des fictions à plusieurs niveaux. L'itinéraire personnel de Yeff, Clyne, Barden Den-Den et consorts rejoint, voire illustre, celui du cosmos, de sorte qu'il est ici question du destin de l'humanité mais aussi de celui de l'univers. Ajoutez à cela le parti pris narratif mentionné plus haut, et l'on se prend à évoquer le grand Olaf Stapledon, qui d'ailleurs a écrit ses épopées cosmiques sans connaître la SF des pulps. Et comme l'on a déjà rencontré la planète Océan et les ancêtres de Yeff dans Cette crédille qui nous ronge (Fleuve Noir, 1991), on se demande si Wagner n'est pas en train, discrètement et sans tapage, de nous construire son Histoire du futur. Quoi qu'il en soit, si ce Chant du cosmos se conclut en une coda aussi réjouissante que satisfaisante, certains indices portent à croire que ce n'est que le premier mouvement d'une œuvre plus ambitieuse. Mélomanes de toutes les planètes, rassemblez-vous !

Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/3/1999
dans Galaxies 12
Mise en ligne le : 25/6/2000


Edition L'ATALANTE, Bibliothèque de l'évasion (1999)


     Chroniquant Un Feu sur l'abîme de Vernor Vinge dans ces mêmes pages, Philippe Boulier remarquait que le seul moyen d'écrire du space opera aujourd'hui, le matériau étant si ringard, consistait en une approche parodique telle que pratiquée par Red Deff. Avec un titre comme Le Chant du cosmos, qui en évoque tant d'autres, l'ombre de Red Deff ne peut que planer sur ces mondes improbables et ces extraterrestres aux mœurs impossibles On en trouve autant que de traits d'humour, à tous les niveaux du récit. Ainsi cette remarque très secondaire à propos d'un logiciel domotique : « Des fois, il fonctionne un peu de travers, à cause d'un virus qu'il a récolté en échangeant des données avec un réseau infecté durant l'épidémie de grippe virtuelle de 42...  ».
     Mais le roman reste très wagnérien par les thèmes qu'il exploite et la structure de l'intrigue. Il doit beaucoup à Cette Crédille qui nous ronge, pour les principaux motifs, considérablement développés ici, mais aussi aux Futurs Mystères de Paris : violence rare, ayas se manifestants sur de multiples supports, pouvoirs psychiques en relation avec les vibrations de l'univers.
     Ici, les Penseurs dotés d'un talent psy se livrent au « Jeu », un combat mental qui perd sa dimension sportive quand il est perturbé par les Incisifs prêts, pour gagner, à transformer leurs adversaires en légumes. Sur Diasphine, le jeune Océanien Yeff, éduqué par sa muse, Clyne, devient un champion jusqu'à ce qu'il affronte un Incisif dont les buts réels dépassent de loin le Jeu. Le maèdre, la mignonne peluche qui choisit de suivre Yeff (et qui rappelle d'autres créatures wagnériennes), n'est pas qu'un amusant animal de compagnie mais une clé du mystère. Cette première intrigue n'est qu'un élément d'une affaire plus vaste concernant les agissements frauduleux d'une importante société interplanétaire, lesquels s'inscrivent dans un complot plus vaste encore. La résolution de ces énigmes permet de jeter un regard nouveau sur la nature même de l'univers : le monde, chez Wagner, n'est pas qu'une toile de fond sur laquelle s'agitent ses personnages. Il est le sujet principal, et l'intrigue le révélateur menant à son interprétation, laquelle vise régulièrement à édifier une synthèse spiritualiste et matérialiste de l'univers. Il est d'ailleurs toujours réjouissant de lire les habiles théories que brosse l'auteur pour concilier le parapsychique et la physique, ici en faisant appel au bruit de fond de l'univers et aux vibrations des particules.
     Le récit se déroule sur trente ans et sur autant de planètes que de sauts narratifs  : ce n'est pas le moindre mérite de ce roman que d'étaler une intrigue dans le temps plutôt que d'accumuler les concours de circonstances permettant de la condenser. Ce parti pris est celui qui convient le mieux à un space opera : s'il dilue le suspense, il donne à l'univers toute sa chatoyante ampleur, une dimension ludique et exotique qu'il serait dommage de gâcher.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/1999
dans Bifrost 13
Mise en ligne le : 1/8/2001


 

 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.
Vie privée et cookies