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L'Évangile Cannibale

Fabien CLAVEL



Illustration de David HARTMAN

ActuSF (Chambéry, France), coll. Hélios n° 97
Dépôt légal : avril 2018
288 pages, catégorie / prix : 8 €
ISBN : 978-2-36629-876-5   



    Quatrième de couverture    

Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse, jusqu’à ce que Maglia, la doyenne de la maison de retraite, ne voit en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires décident de sortir et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, devenant les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Qui se déplace le plus vite... un zombie ou un petit vieux en déambulateur ?

Fabien Clavel, lauréat d’une douzaine de prix et auteur d’une trentaine de romans, est l’une des voix les plus connues de l’imaginaire. Avec L’Évangile cannibale, il revisite le mythe du zombie et du survival dans un roman court, rythmé et caustique.

"L’Évangile cannibale juxtapose avec à propos des zombies incarnant la décadence corporelle poussée à l’extrême et de vieux grabataires. Un joli coup de cœur." Bifrost

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition ActuSF, (2014)


     Question : comment faire du neuf avec du vieux ? Autrement dit, comment innover dans un thème aussi souvent abordé que le roman de zombies ?
     Réponse : en faisant du neuf avec du vieux. Tout simplement. En d'autres termes, en opposant au zombie la figure de personnes âgées, avec qui il partage certains traites.
     Du coup, c'est une sacrée galerie de vieillards en pleine déliquescence que nous présente Fabien Clavel. Il y a au premier plan Mat, le narrateur, misanthrope qui glaviote sur quiconque l'approche. Il est entouré de pierrot, qui bave en permanence, de jacky, vieux nazillard, de yan qui passe son temps à chanter des tubes de Radio Nostalgie, et de maglia, qui délire comme une folle, mais dont les déclarations ont fédéré nombre des pensionnaires de l'hospice autour d'elle. Bref, une sacrée ménagerie de seniors, à l'exception notable de chris, un handicapé mental qui fait le ménage. Mais des vieux qui ont la niaque : ils décident un beau jour de se rebeller contre le traitement inhumain qu'ils estiment subir, et se retranchent au dernier étage pendant plus d'un mois. Lorsqu'ils n'ont plus de nourriture et de médicaments pour tenir plus longtemps, ils finissent par sortir... pour trouver une ville déserte. Commence alors un road movie abracadabrantesque, un défilé de fauteuils roulants qui se dirigera vers Paris en espérant y trouver de la vie. Pas de chance, la vie s'y révélera sacrément faisandée... Voici pour le point de départ de ce roman. La suite réservera son lot de scènes gore, passages plus ou moins obligés de tout bon bouquin de zombies qui se respecte.
     Fabien Clavel a opté dans ce roman pour une narration à la première personne, celle de Mat, dont le moins que l'on puisse est qu'il a un sacré bagout. Il n'a pas son pareil pour des formules à l'emporte-pièces, tendance argotiques, et pour quelques répliques qui claquent. Son style emporte l'adhésion du lecteur dès les premières pages, même s'il assume parfaitement son statut de manipulateur (il commence ses mémoires par «  Je suis un salopard. »), vis-à-vis de ses amis comme ses ennemis. On y décèlera sans surprise la patte de l'auteur, qui manipule en permanence ses lecteurs. Fabien Clavel ne s'en cache d'ailleurs pas dans la postface passionnante présente en fin d'ouvrage, qui adopte la forme d'un entretien, où l'auteur explique beaucoup de choses sur la genèse de son roman (par exemple, pourquoi quelques noms propres seulement ont une majuscule). Cela montre que L'évangile cannibale a beaucoup de niveaux de lecture (un « évangile » dont le narrateur s'appelle Mathieu, notamment, devrait vous mettre la puce à l'oreille), même si le lecteur ne sera pas nécessairement sensible à tous ceux-ci. C'est même un poil décevant, car on sent que Clavel y a mis beaucoup d'ingrédients, sans que notre palais soit sensible à tous les goûts ; en lisant cette postface, on a presque l'impression d'être passé à côté d'un autre livre. Il n'en reste pas moins que L'évangile cannibale, dans son niveau de lecture le plus immédiat (le roman de zombie) est particulièrement efficace. On a déjà parlé du style, mais la montée graduelle dans l'horreur, et la diminution progressive du groupe de Mat qui va de pair, sont bien maîtrisées. Les révélations sur ce qu'il s'est passé pendant que les vieux étaient enfermés sont distillées comme il se doit, et les détournements de scènes classiques de l'histoire de zombie (comme cette hilarante course-poursuite au ralenti entre un vieux en fauteuil roulant qui peine à avancer et un zombie à moitié congelé, ou cette autre scène, beaucoup plus glauque, où Mat tente de repeupler la planète avec une jeune fille rencontrée dans les rues de Paris) particulièrement bien vus. Bref, un roman extrêmement efficace, très visuel, qui ne renouvellera pas le genre (mais est-ce vraiment encore possible ?), mais saura vous procurer un plaisir de lecture certain. Voire plus si vous êtes réceptif aux autres références, culturelles et religieuses, glissées par Fabien Clavel dans ces pages.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 22/2/2014
nooSFere


 

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