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Les Hommes de poche

Henry Beam PIPER

Titre original : Little Fuzzy, 1962
Science Fiction  - Cycle : Les Hommes de poche vol.

Traduction de Jacqueline HUET
Illustration de Atelier Pascal VERCKEN
LIBRAIRIE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, coll. Le Masque Science-Fiction n° 64, 4ème trimestre 1977
256 pages, ISBN : 2-7024-0653-X

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Dès qu'il eut allumé la lumière, il entendit quelqu'un pousser un « Yiiiik ! » de surprise.
     Vite, il se retourna et vit deux grands yeux levés vers lui, noyés dans une boule de fourrure dorée.
     Jack Holloway se demanda ce qu'était cette apparition : l'animal avait une tête ronde, de grandes oreilles et un visage vaguement humanoïde avec un nez en trompette. Il mesurait une trentaine de centimètres...

     Beam Piper est un auteur pratiquement inconnu en Europe. Dès les années 50 il s'était imposé aux U.S.A. avec des ouvrages comme « Crisis 2140 » qui mettaient en cause le système d'éducation. Et ses « Fuzzy » nés en 1962 devinrent populaires au point de donner naissance à des jouets pour enfants.

 
    Critiques    
     QUI N'A PAS SON TINOUNOURS  ?
     (et dans ce cas, défense de Piper mot  !)

     Dans la masse des collections de science-fiction qui alimentent régulièrement nos étagères, on a peut-être trop tendance à oublier — voire à mépriser — une édition petit format qui, sans faire beaucoup de bruit mais avec une patience de fourmi, propose des ouvrages aux couvertures plutôt joliment illustrées et où le meilleur n'y côtoie pas forcément le pire. Des chefs-d'œuvre y ont été réédités (Les Mutants, Sentinelle de l'Espace, etc...). Certaines nouveautés valent également que l'on s'y arrête. Mais il manquait au catalogue un roman qui, ne cédant en rien aux modes, révèle la valeur dans le choix d'un directeur littéraire digne de ce nom, un roman que l'on puisse, d'emblée, conseiller à un ami, un roman dont on aime garder longtemps le souvenir.
     C'est à présent chose faite. Le Masque/Science-Fiction vient de publier ce petit joyau, Les Hommes de poche, d'un certain H. Beam Piper, pure merveille de sensibilité et de joie de vivre, livre à contre-courant des tendances actuelles mais étrangement jeune en dépit d'un copyright qui nous ramène en 1962. Un récit sans prétention enfin, qui apporte une sérieuse dose d'oxygène dans une production qui étouffe de se trop politiser, écologiser, catastrophiser.
     Parce que, ne nous leurrons pas, il y a désormais chez nos libraires deux catégories bien distinctes de science-fiction : l'une que l'on dira sérieuse et dont les préoccupations semblent viser tout particulièrement le futur de nos enfants ou de nos petits enfants dont l'apocalypse serait un moindre mal ; l'autre, non plus parallèle mais divergente, perpétuant tant bien que mal le souvenir d'une science-fiction d'aventure que la plupart tendent à confondre avec l'infantilisme parce qu'elle n'use de nos soucis quotidiens qu'avec parcimonie.
     Je voudrais donc ouvrir ici une sorte de parenthèse pour me souvenir d'un certain Plaidoyer pour l'Imagination que Jean-Louis Bouquet m'avait rédigé pour un numéro de Mercury qui lui était consacré. En un peu moins de quatre pages, l'auteur d'Alouqa constatait le phénomène du roman dit « vécu » et son audience de plus en plus grande au détriment du roman — récit d'imagination, n'hésitant pas à parler d'une maladie frappant l'incapacité à inventer ou à accepter l'invention :
     « Et si l'on décidait plutôt que ceux qui s'y disent allergiques sont frappés d'une infirmité, telle qu'est physiquement l'atrophie d'un membre ou d'un organe ? »
     Ce phénomène ne serait-il pas, à présent, en passe d'envahir une littérature où, justement, la qualité primordiale résidait dans sa capacité d'évasion st de création  ? Parce qu'enfin, les anticipations ( ?) que l'on nous propose trop souvent, écologiques ou politiques, les manuels de contestations, sinon propagandistes, les avatars de l'Orange Mécanique, répondent-ils à ce splendide pouvoir créatif que la SF sait quelquefois utiliser ? N'a-t-on pas l'impression que les auteurs cherchent de plus en plus à justifier leurs « folies » par un reflet déformé d'un actuel préoccupant ?
     On me rétorquera peut-être que ces récits répondent mieux aux questions présentes que les bons vieux voyages en Andromède. Ce n'est pas certain, mais est-il nécessairement sérieux et intelligent de propulser négativement notre monde vers un futur exécrable, chaos ou enfer hypothétique, pour captiver un lecteur dont le but, avoué ou non, reste surtout la fuite du Quotidien ?
     Il fut un temps, pas si lointain, où le space opera était ouvertement décrié. A croire que l'on s'ingéniait à confondre le meilleur et le pire comme on pourrait jeter aux oubliettes Irish ou Chandler sous prétexte qu'il existe des Exécuteurs et des ersatz de S.A.S. L'Heroic Fantasy a connu ensuite la vindicte de la plupart comme si Elric ou Cugel l'Astucieux étalent de la roupie de sansonnet. Un peu systématiquement peut-être, une part importante de la SF inventive ou simplement distrayante est rejetée ou dénigrée pour les gargarismes aux neutrons, au sang, même menstruel, à l'acide nitrique fumant, le tout bien agité avec la matraque d'un flic. Au point que l'on s'interroge parfois pour savoir où trouver nos anciens pays d'Ailleurs.
     Il faut vivre avec son temps, je l'accorde, encore que l'on soit perpétuellement bousculé vers l'avenir. Mais le propre de la SF n'est-il pas de nous en éloigner le plus possible ? Rien n'empêche enfin de réconcilier deux tendances dont la naissance réside sans doute dans un pur quiproquo. On a confondu new wave avec sexe et spéculation avec révolution. Apocalypse, oui, mais après ? dirait Jacques Goimard. Il serait temps que les auteurs et les critiques s'aperçoivent qu'ils n'ont rien à gagner dans le défaitisme à tout va. A force de pressentir le pire, on finit par lui préférer son Guy Lux du dimanche ou son Bellemare de la mi-journée. Histoire de changer un peu.
     C'est peut-être en cela (et pour refermer la parenthèse) que Les Hommes de poche dont je parlais plus haut constitue, sans l'avoir voulu, un livre sain et réconciliateur. Parce que, sans forcer la note, il nous situe au cœur d'un problème du moment, évite la facilité, autorise le rêve, propose une solution sans trop de drames.
     Ecrit voilà prés de quinze ans, il nous rappelle que, bien avant la mode, l'écologie, sinon le racisme, faisaient déjà partie de notre lot quotidien sans que l'on en ait pleinement conscience. Le capitalisme y est joyeusement remise en question. Mais avant tout, il y a une aventure palpitante et émouvante. Pour distiller ses revendications, Beam Piper use de tact et de finesse. Plutôt que de laisser exploser sa haine à l'égard de certains extrémismes, il s'efforce auparavant de nous faire aimer ceux qui en seront les victimes. Il ridiculise plutôt que d'accabler. Sous sa plume prend forme une saga colorée et intimiste. Ecrivain talentueux, honnête et sympathique, Beam Piper reste mesuré et accessible.
     Un monde neuf a été occupé par l'homme sous 1'égide de la Zarathoustra Compagny. Postulat de départ : toute planète appartient à la société qui l'exploite à la seule condition qu'une race intelligente n'en occupe déjà le sol, auquel cas la planète est classée « type IV » et tombe sous la protection de la Fédération.
     Jack Holloway, travailleur indépendant, découvre une famille de tinounours, l'héberge et s'aperçoit très vite que ces « animaux » ont quelque chose de plus que nos mammifères les plus évolués. Mais s'agit-il de sapience ? Dans l'affirmative, le contrat qui permet à la Zarathoustra Compagny d'occuper la planète est caduc. Et ses dirigeants de s'employer à démontrer le contraire par tous les moyens.
     De tous les personnages, les plus étonnants et les plus passionnants sont sans conteste nos petits autochtones. Beam Piper est parvenu à les créer avec une telle véracité que je me suis pris à souhaiter apercevoir l'un d'entre eux perché sur mon appareil télé ou en train de tourner une cuillère avec application dans ma tasse de café. Ces tinounours insufflent dans les lignes un ton de conte de fées qui rend l'ouvrage fascinant. Côté tendresse, c'est un peu l'atmosphère des grands récits de Robert Young qui plane ici (Petit Chien Perdu par exemple). Côté espace, il y a manifestement un zeste de ce bon vieux Galaxie de chère mémoire. Un cocktail de bon goût, d'aventures, de découvertes auquel se mêlent des vérités pas forcément perceptibles lorsque ce roman fut écrit mais impossibles à éviter aujourd'hui.
     On pourra, bien entendu, reprocher le rôle que jouent le gouvernement de la Terre et l'armée. Un bon gouvernement et de gentils militaires, est-ce que ça existe, bon Dieu, alors que peuvent sévir des sociétés comme la Zarathoustra ? Vision trop idéaliste d'un système ou critique au second degré d'une politique qui anima, comme on le sait, les U.S.A. du siècle écoulé ? Je ne me prononcerai pas, d'autant que l'auteur n'a nullement cherché à idéaliser, l'essentiel du propos restant l'homme lui-même dans sa capacité d'aimer ou de haïr ce qui lui est étranger, dans son savoir-vivre ou son non-savoir-mourir.
     Mais que la longueur de ce propos ne fasse pas supposer que Beam Piper tente de convaincre par des dissertations du type de celle que je viens de commettre. Les Hommes de Poche est un récit vivant, alerte, que l'on ne quitte plus après la première ligne et jusqu'au mot da la fin.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/2/1978
dans Fiction 287
Mise en ligne le : 15/12/2001


 
Base mise à jour le 18 juin 2017.
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