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Lieux secrets et vilains messieurs

R. A. LAFFERTY

Titre original : Does anyone else has something further to add ?, 1974
Science Fiction  - Traduction de Roland DELOUYA
DENOËL, coll. Présence du futur n° 263, 4ème trimestre 1978
256 pages, catégorie / prix : 2, ISBN : néant

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Vous ignorez sans doute que le monde entier est gouverné par une organisation secrète vieille de 8809 ans, dont le nom de code est Crocodile. Sans doute vivrez-vous plus vieux si vous ne l'approchez pas de trop près. Peut-être ne savez-vous pas non plus que le monde tourne sur ses gonds et vous présente tantôt l'une de ses faces, tantôt l'autre. C'est une information qui, elle aussi, peut être dangereuse pour votre tranquillité d'esprit.
     Mais ce qui le sera certainement bien d'avantage, c'est la lecture de ce recueil où souffle un vent de folie douce... Raisonneurs, s'abstenir !


    Sommaire    
1 - A propos d'un crocodile secret (About a secret crocodile), pages 11 à 27, trad. Roland DELOUYA
2 - Fou furieux (Mad Man), pages 29 à 42, trad. Roland DELOUYA
3 - Les Iles de marbre (Nor Limestone Islands), pages 43 à 59, trad. Roland DELOUYA
4 - L'Homme au fond (The Man Underneath), pages 61 à 77, trad. Roland DELOUYA
5 - Boomer-les-plaines (Boomer Flats), pages 79 à 100, trad. Roland DELOUYA
6 - La Grande carcasse (This Grand Carcass), pages 101 à 116, trad. Roland DELOUYA
7 - Dans le jardin (In the Garden), pages 117 à 129, trad. Roland DELOUYA
8 - Les Gonds grinçants du monde (Groaning Hinges of the World), pages 131 à 143, trad. Roland DELOUYA
9 - La Sentinelle d'or (Golden Trabant), pages 145 à 156, trad. Roland DELOUYA
10 - Comment ils la rendirent (How They Gave It Back), pages 157 à 168, trad. Roland DELOUYA
11 - Qui-Sait Jones et la cité (Maybe Jones and the City), pages 169 à 179, trad. Roland DELOUYA
12 - Sept histoires de rêve (Seven Story Dream), pages 181 à 194, trad. Roland DELOUYA
13 - Adam avait trois frères (Adam Had Three Brothers), pages 195 à 207, trad. Roland DELOUYA
14 - Porc piégé (Pig in a Pokey), pages 209 à 219, trad. Roland DELOUYA
15 - Un monde singulier (The Weirdest World), pages 221 à 241, trad. Roland DELOUYA
16 - La Créature idéale (The Ultimate Creature), pages 243 à 253, trad. Roland DELOUYA
 
    Critiques    
 
[critique commune aux 2 recueils de nouvelles : Lieux secrets et vilains messieurs de R. A. Lafferty et Pélerinage à la Terre de R. Sheckley.
Note nooSFere.]

     QUAND LA SF FAIT L'HUMOUR

     Dans les années 1973/74, Lafferty avait fait dans l'édition SF de notre pays une impressionnante percée avec quatre romans traduits en moins de dix-huit mois 1. Le terrain avait été bien préparé, il est vrai, par Galaxie qui avait publié la plupart de ses nouvelles parues en français. Est-ce la disparition de notre consœur ?... quoi qu'il en soit, le boom laffertien fut sans lendemain, la signature de notre homme n'apparaissant depuis que très épisodiquement, dans quelques anthologies. Lieux secrets et vilains messieurs arrive à point pour nous rafraîchir la mémoire, pour nous replonger dans l'univers fou, fou, fou de Raphaël Aloysius Lafferty. Et ce, seize fois 2.
     « Sur le plan de l'énormité du talent, Lafferty est ce qui est survenu de plus excitant depuis vingt-cinq ans (...) Des années lumières au-delà de ce que n'importe lequel d'entre nous essaie d'écrire ». Bigre ! Et de qui sont ces lignes définitives ? D'Harlan Ellison, pas moins 3. Il faut dire que la science-fiction de Lafferty ne ressemble à aucune autre. A vrai dire, comment pouvez-vous vous prénommer Aloysius et écrire de la SF comme le dernier des heinleins ? Lafferty c'est l'insolite dingue, l'humour déroutant, l'érudition infernale mâtinée d'une verve canulardesque, l'hermétisme le plus agaçant s'accouplant avec la loufoquerie la plus totale. Tout Lafferty procède de l'univers parallèle : L'inspiration kaleïdoscopique, l'écriture en folie mais d'une rare précision (« Ma passion c'est la langue. N'importe quelle langue »), la logique inimitable. Science-fiction éthylique ? Pourquoi pas, si l'on en croit l'auteur : « j'ai beaucoup bu pendant des années et y ai renoncé il y a six ans. Ça a laissé un vide : quand on abandonne la compagnie des buveurs les plus intéressants on renonce à quelque chose de pittoresque et de fantastique. Alors j'y ai substitué la science-fiction » 4. Science-fiction baroque, saugrenue et incongrue où des îles de marbre flottent dans le ciel (pour construire une pagode il n'y a qu'à attendre que l'une d'entre elles se pose à l'endroit voulu, et finir de la sculpter), où le monde pivote parfois sur ses gonds présentant tantôt une face, tantôt l'autre, où une société secrète dont le nom de code est Crocodile (vieille de 8 809 ans selon certains, 7 349 si l'on se sert de la chronologie courte) gouverne le monde etc.
     Science-fiction ésotérique aussi, au goût prononcé pour le secret et la parabole abstruse qui laisse parfois — souvent — le lecteur perplexe. Là n'est pas le moindre charme de la prose laffertienne, mais aussi ses limites, irritantes, car n'entre pas qui veut dans l'univers d'Aloysius. Et seize délires à la file, sans souffler, c'est beaucoup. Aussi, au sage conseil du dos de couverture « Raisonneurs s'abstenir ! », j'ajouterais cet autre : « A déguster lentement, par petites lampées... »
     Les hasards de l'édition font parfois bien les choses (mais est-ce bien un hasard ?) : le même mois que le Lafferty, sort en effet la réimpression -sous nouvelle couverture signée, comme d'habitude, Stéphane Dumont -du Pèlerinage A la Terre de Robert Sheckley, cet autre humoriste de la science-fiction, lui aussi vieil habitué de Galaxie. Le recueil n'a pas pris une ride et la machine scheckleyenne tourne à plein rendement, stigmatisant l'american way of life et l'homo américanus avec cette ironie mordante propre à « l'enchanteur paranoïaque » 5 et ce goût pour les univers absurdes où les bateaux de sauvetage se révoltent contre leurs occupants, où les épouses « modèle-pionnier » sont livrées congelées et où les rencontres du 3e type ne se passent pas comme au ciné !

Notes :

1. Le maître du passé (Dimensions — Calmann Lavy), Les quatrièmes demeures (Anti-mondes Opta), Les chants de l'espace (Galaxie bis n° 32-Opta) et L'autobiographie d'une machine ktistèque (Ailleurs et Demain — Laffont)
2. Mais 5 nouvelles ne sont pas inédites. Il s'agit de : A propos d'un crocodile secret (Galaxie 98), Fou furieux (Galaxie 124), L'homme au fond (Galaxie 102), Les gonds grinçants du monde (in La frontière avenir, anthologie d'Henry — Luc Planchât — Seghers) et Un monde singulier (Galaxie bis 10).
3. Interview de Patrice Duvic (Galaxie 99),
4. Rapporté par Harlan Ellison dans la préface à la nouvelle de Lafferty, La Terre des grands chevaux (in Dangereuses Visions — J'ai Lu).
5. Robert Sheckley, l'enchanteur paranoïaque, par Philippe Curval (Fiction 121).


Denis GUIOT
Première parution : 1/1/1979
dans Fiction 297
Mise en ligne le : 7/3/2010


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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