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Mange ma mort

Philippe COUSIN

Science Fiction  - Illustration de Philippe COUSIN
DENOËL, coll. Présence du futur n° 362, dépôt légal : avril 1983
224 pages, catégorie / prix : 4, ISBN : 2-207-30362-4
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Demain, Lumière entrera dans une cabine de photomaton comme on entre en enfer : toutes les photos la montreront nue, saccagée par une ombre menaçante. Menaçante ou amoureuse ? Derrière le mécanisme pervers, c'est l'amour qui guette, un amour aussi vorace que la mort. Cet amour dessiné au fil du rasoir, on le retrouve dans les six autres textes de cet étrange recueil, depuis l'amour ambigu d'un satellite tueur pour son technicien jusqu'au florilège abominable qui donne son titre au livre. Car si manger ou être mangé résume toute notre vie, c'est aussi la façon ultime et absolue d'aimer l'autre.
     Bon appétit, lecteur !


    Sommaire    
1 - Photomaton, pages 7 à 41
2 - Le Satellite te tuera, pages 43 à 72
3 - Le Principe réducteur, pages 73 à 122
4 - Une veuve en mai, pages 123 à 147
5 - Une amie pour toujours, pages 149 à 165
6 - Daisy mon amour, pages 167 à 174
7 - Mange ma mort, pages 175 à 210
 
    Critiques    
     Pour son premier « vrai » ouvrage 1, Philippe Cousin nous distille sa vision du monde en sept saynètes qui sont autant de variations sur un thème unique : le cannibalisme « au premier degré » tel qu'il est développé dans le texte qui donne son titre au recueil — sorte de pendant au film La nuit des morts-vivants (ici, ce ne sont . pas les morts qui mangent les vivants, mais tout simplement les vivants qui se bouffent entre eux jusqu'au dernier), mais un cannibalisme porteur d'une philosophie, un cannibalisme « qui parle » : les nouvelles de Cousin parlent de l'autodestruction, elles parlent de l'acharnement que met l'homme à se détruire jusqu'à la racine, elles parlent aussi des efforts grandioses ou dérisoires, touchants , ou absurdes, de certains de ces hommes pour survivre malgré tout.
     Vaste programme ! Mais y en a-t-il un autre ? Dans Photomaton, une femme qui a un cancer dans la tête, à évolution lente (mais lent ou rapide, tout le monde a « son » cancer), se bat contre la Ville surpolluée et surinformatisée, et contre les efforts de possession d'un industriel qu'elle a rejeté jadis, alors qu'ils étaient enfants. L'industriel veut manger sort image, et c'est par son image qu'elle réussit à le vaincre, dans une séquence qui rappelle la fin du film de Welles, La dame de Shangaï. Dans Le satellite te tuera, un technicien est guetté du haut des cieux par un satellite guerrier programmé par erreur pour l'anéantissement de celui qui l'a mis au point. Dans Une veuve en Mai, un enfant a le pouvoir de matérialiser dans son jardin les objets qu'il désire ; mais notre monde étant guerrier, c'est un avion de combat, c'est une bombe atomique qu'il télétransporte...
     La mort est partout, puisque l'homme la crée tous les jours. Et le cataclysme, inséparable des textes de Cousin (c'est en cela qu'il est un représentant archétypique de la science-fiction française depuis ses origines...), fait le plus souvent figure de châtiment immanent. L'homme se fabrique sa mort ? Qu'il crève ! Dans Le principe réducteur, notre planète rétrécit jusqu'à n'être plus qu'une « bille de terre et d'eau » que le dernier survivant avale. Dans Daisy mon amour (le texte le plus court du recueil, le plus déchirant aussi), l'enfant d'un couple enfermé dans un abri anti-nucléaire refuse de naître, préférant rester « blotti dans le rêve, au seuil de l'insupportable réalité ».
     Fascination, horreur ? La description de l'apocalypse est toujours sujette à ambiguïté — j'en sais quelque chose pour y avoir tellement souvent plongé... Mais, comme chez Apollinaire prétendant que la guerre est jolie, chez Cousin aussi les fins du monde sont belles — sont moulées dans un esthétisme de la phrase qui n'appartient qu'à lui : D'un puits titanesque, si profond et si large qu'aucune pensée humaine n'eût pu le concevoir, jaillit cette giclée de lait maudit, aussitôt s'étalant et se coiffant d'un chapeau de monstre. Elle mangea le ciel et les nuages d'été disparurent d'un coup, aspirés par la bouche géante. (Daisy mon amour, p. 170).
     Mais l'esthétisme contient aussi son moralisme, puisque fond et forme ne peuvent qu'être liés : Il était à la fois l'onde et la mer, le remous et la profondeur, la réponse à la question et cette question sans réponse et sans intérêt que la fin du monde résout une fois pour toutes. (Mange ma mort, p. 200). Ainsi Cousin, avec ses questions, ses réponses, et la forme qu'elles revêtent, lie-t-il l'engagement sans style de la « nouvelle s-f française » des années 75, et le style désincarné de la s-f nationale actuelle. Ainsi est-il un pont entre le déjà ancien et le tout nouveau. Et j'ajoute, une fois n'est pas coutume, cette note d'autosatisfaction : ça fait six ans que je crois en Cousin ; je suis heureux qu'aujourd'hui, enfin, Elisabeth Gille y ait cru à son tour. Longue vie !


Notes :

1. L'ont précédé deux recueils à tirage ou diffusion restreinte : Tu m'aimes ? (Atelier du Gué) et Le retour du boomerang (Kesselring), plus un roman non SF, La croisiàre Einstein, en collaboration avec Maxime-Benoît-Jeannin (Stock), sans parler des divers duos avec l'auteur de cette notice...


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/6/1983
dans Fiction 341
Mise en ligne le : 16/3/2006


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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