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Skinn Mac Dana

Gilles SERVAT


Cycle : Arcturus (Les Chroniques d') vol.


Illustration de LIDWINE

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. Bibliothèque de l'évasion n° (54)
Dépôt légal : février 1995
352 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-84172-001-2   
Genre : Fantasy


Autres éditions
   L'ATALANTE, 1998
Sous le titre La Naissance d'Arcturus
   KORNOG, 1986

    Quatrième de couverture    
     Un monde bruissant d'arbres sous le vent et de ressacs ; l'étoile rouge Rotan y baigne de sa clarté les landes, les bois, les savanes et la mer. Bré : c'est sur ce monde que s'échoue Skinn Mac Dana. Il y rencontre l'aventure, l'espoir, les épreuves, la trahison, l'amour enfin dans le regard de Lirn, la Brune de Dournos ; il y trouve son destin.
     Bré : comme un pays celte des légendes sous des cieux lointains. Les drwidhs y disent les destinées, les rois y confrontent leur pouvoir et leur dignité, les héros y combattent tout un bestiaire fabuleux.
     Poète, chanteur et musicien, Gilles Servat s'affirme un merveilleux conteur dans ce premier récit des Chroniques d'arcturus. Il prête à l'épopée fantastique son lyrisme âpre et sensuel. Skinn Mac Dana, c'est la chanson de geste d'un barde breton à l'âge de la science-fiction.
 
    Critiques    
ARCTURUS OU L'ÉPOPÉE FANTASTIQUE CELTIQUE

     Tous ceux qui de près ou de loin, se sont un jour intéressés au folklore breton connaissent le nom de Gilles Servat, véritable barzh 1 moderne, auteur d'un véritable hymne national breton judicieusement intitulée La Blanche Hermine 2. Toutefois, ne se cantonnant pas au seul domaine de la chanson, Servat écrit aussi des livres de fantasy, et d'une fantasy toute particulière.
     Vu le rythme pour le moins haché de la publication des Chroniques d'Arcturus 3, il est à l'heure actuelle difficile d'appréhender dans sa globalité la trame du récit.
     L'action se situe sur Bré 4, dont on ne sait au juste s'il s'agit d'une planète ou d'un unique continent. Un peu par accident, un peu volontairement, débarque sur ce monde un Terrien : Skinn Mac Dana 5. Rapidement et irrémédiablement, cet homme au passé lourd et mystérieux s'impose comme un véritable héros dans ce monde fantastique peuplé de monstres fabuleux et d'humains celtisants ; et curieusement, c'est aussi bien grâce à la magie locale qu'à sa simple physiologie de Terrien 6 — sans parler évidemment de son courage et de son intelligence — qu'il parvient à triompher de ses nombreuses aventures. Skinn rencontre aussi l'amour en même temps que son destin, destin sur lequel il n'a aucune prise et qu'il finit même par accepter, devenant ainsi un vrai Brési et, surtout, une de leurs figures mythiques. Toutefois, avant la chute tragique et violente, qui, comme il se doit, conclue l'épopée du héros, Skinn aura eu le temps d'avoir un enfant au destin prophétique — le fameux Arcturus — et de cacher un émetteur à l'intention de celui qui semble être son seul ami terrien, Myrdhinn. Et c'est l'arrivée de Myrdhinn sur Bré qui sert de trame au second volume de la série, un Myrdhinn qui, beaucoup moins guerrier que ne l'était Skinn — il s'apparente plus au barzh — ne s'en retrouve pas moins lui aussi embarqué dans la tourmente de ce monde étrange. Plongé dans l'histoire de Bré en train de s'écrire 7, le barde doit rejoindre l'enfant de Skinn, dont il est en quelque sorte le tuteur terrien. Myrdhinn, lui aussi, cède au charme de ce monde et à celui d'une belle autochtone, et se sent irrésistiblement attiré par cet endroit étrange, où il espère oublier, sans doute, le même mystérieux passé qui semble pesé sur Skinn et lui, et dont on n'entrevoit que des bribes.
     Comme on l'a compris, ces deux premiers tomes ne sont que des volumes préparatoires à un récit encore à venir, un récit où Arcturus, l'enfant né le même jour que la disparition du ciel de Bré de l'étoile du même nom, aura le rôle principal. Et pourtant, malgré le fait qu'on sent bien que l'histoire, la vraie histoire, celle que Servat veut nous raconter, n'a pas commencé, il se dégage de ces deux livres une rare originalité.
     Car après tout, l'histoire que commence ici Servat, qu'est elle, si ce n'est une forme actualisée d'un des plus anciens type de fantasy qui puisse existé : le mythe de tradition celtique. Les Chroniques d'Arcturus marquent bien un retour sur la scène littéraire contemporaine de l'épopée, genre délaissé s'il en est, mais qui eut son heure de gloire tout au long de l'Antiquité et du Moyen Âge — de L'Odyssée aux œuvres de Chrétien de Troyes — , et fut par excellence le genre le plus populaire pour nos ancêtres. Toutes les caractéristiques typiques de l'épopée sont là. En premier lieu, la présence quasi palpable du destin, de la prophétie. Skinn Mac Dana et Myrdhinn, pourtant étrangers à Bré, se retrouvent prisonniers d'un destin qui les entraîne et guide leurs pas, d'un destin souvent provoqué par des coutumes et des interdits ancestraux, par des formules qu'on dit magiques, des actes qu'on croient emplis de pouvoir merveilleux. Car la plus grande puissance fabuleuse de Bré, c'est le verbe. Issu d'une culture et d'une tradition exclusivement orale, l'univers de Servat n'a pas besoin d'alchimistes et d'alambics, car tout le pouvoir, un peu comme dans le monde de Terremer d'Ursula Le Guin 8, ne repose que sur la force des mots. Le verbe est tellement fort qu'il domine a lui seul le destin des hommes : Skinn, au court de son parcours héroïque est littéralement rebaptisé selon les circonstances et se nomme successivement Skinn Mac Dana, le Nouada, Kilirné, Tête de Dragon et Main d'Argent.
     Autre constante de ces épopées traditionnelles — sorte de « paléo-fantasy 9 » — c'est la force dramatique qui confine à la tragédie. Quand il est question de destin, de prophétie, la vie et la mort sont toujours présentes. Irrémédiablement, on sent poindre à l'horizon de la lecture une fin violente. Il n'y a pas de suspens, l'issue est connue, puisque si l'on ne veut pas que les fondements même de ce monde s'écroulent, il faut que la destinée du héros s'accomplisse, car dans le cas contraire, il ne deviendrait qu'un banal mortel sans aucune dimension mythique, et rares sont les grandes figures qui finissent paisiblement leurs jours assis sur un trône, sans avoir connus l'avilissement, la défaite, voire la mort. Pendant moderne de Cu Chulainn 10, Skinn bien que presque invincible n'en ai pas moins forcé un temps à une sorte d'esclavage — même si c'est auprès de sa belle ; pareille à Ulysse, Myrdhinn lors de sa pérégrination fluviale et maritime se retrouve dans de bien mauvaises postures qu'on croit sans espoir.
     Mais si Servat s'était uniquement contenter de reproduire le schéma de l'épopée celtique traditionnelle, ses Chroniques ne seraient qu'une aimable réécriture, certes fantastique, mais ni plus ni moins que ne le sont les traditionnelles chansons de geste médiévales où Perceval s'en va chasser le dragon et Galaad chercher le graal. La principale originalité de l'auteur est de teinter son univers d'une fantasy plus contemporaine et même de science-fiction. En effet, Skinn et Myrdhinn sont clairement identifiables comme des Terriens d'un futur indéterminé — même s'il est aussi nettement celtisant : ils viennent de la planète Erth dans des cotres spatiaux et sont capables d'utiliser une technologie qui n'a rien de comparable avec celle que peuvent connaître les Brési. Il semble même que dans l'avenir, l'histoire de Bré et d'Arcturus ait à prendre une dimension cosmique qui n'ait pas sans faire allusion au passé tumultueux et encore caché des deux étrangers.
     Même si la description des différentes cultures qui peuplent ce continent de Bré est très largement inspirée des cultures celtiques existantes, notamment bretonne et irlandaise, le monde que nous dépeint Gilles Servat n'est pas sans rappeler, par son soucis du détail, par sa cohérence, par sa profondeur, des créateurs d'univers aussi célèbres que Tolkien ou Vance. Les peuplades, les monstres fabuleux, les arbres, les rivières, les montagnes, les objets de tous les jours ; tout est décrit avec précision, tout porte un nom original — encore la présence du verbe : on élève des koun, on rencontre un drwidh, on navigue en keurak, on combat des brini, une siliène et les terribles nerdud, on s'habille en se couvrant d'une , etc. La culture est précisée dans ses moindre détails, les noms des jours, des mois, des fêtes, des saisons ; jusqu'aux problèmes linguistiques entre les peuples qui vouvoient les femmes et ceux qui les tutoient !
     Mais toutes les caractéristiques de l'œuvre de Gilles Servat portent en germe leur principal défaut : une lecture difficile. Le style emphatique, à tout le moins marqué par la tradition orale, parfois incantatoire — notamment lors de l'insertion de chant ou de poèmes — , même s'il est entrecoupé de dialogues, peut paraître lourd. Le foisonnement de termes celtisants et des tournures de phrases sans doute volontairement archaïsant — notamment dans l'expression des personnages brési — ne facilite pas la lecture pour celui qui ignore tout de la tradition celtique et du style de ses épopées.
     Dans une démarche intermédiaire entre un écrivain de fantasy contemporaine et un auteur de réécriture comme peut l'être Jean Markale 11, Gilles Servat créé là une œuvre originale et riche, véritable hommage vivant à la littérature traditionnelle bretonne et irlandaise. Outre les amateurs de ces histoires traditionnelles qui ressortissent plus de notre patrimoine ancestrale que ne peuvent le faire les tragédies grecques, Les Chroniques d'Arcturus peuvent à n'en pas douter intéresser les amateurs de fantasy curieux ou en surdose d'elfes, de dragons et de magiciens pseudo tolkiennesques.

Notes :

1. Le barzh est un barde, conservateur de la tradition orale populaire, à ne pas confondre avec le filidh, qui est une sorte de prêtre qui « se contente » d'être le conteur des mythes d'ordre plus religieux.
2. Pour ceux qui l'ignorerait encore, le blason de l'ancien duché de Bretagne est : « D'hermine plein ».
3. Le premier tome a paru en février 1995 et le deuxième en juin 1996.
4. En breton, Breizh désigne la Bretagne.
5. Skinn Mac Dana est aussi le titre d'une chanson de Gilles Servat dont le texte est repris en guise de conclusion au premier tome.
6. « La pesanteur est faible sur Bré. Je franchis cinquante-quatre pieds d'un saut, avec trois pas d'élan. », Tome I, page 16.
7. Dans ce monde de tradition orale, c'est le journal laissé par Skinn Mac Dana à son ami Myrdhinn qui semble préfigurer l'apparition de la littérature historique, et en même temps, d'une certaine manière, ethnologique.
8. Quatre volumes aux Éditions Pocket.
9. À moins que ce ne soit tout simplement ce qu'on nomme par abus de langage fantasy qui ne soit qu'une manière de « néo-épopée ».
10. Héros traditionnel irlandais originellement prénommé Sedenta qui tua à main nue l'impressionnant chien de garde du célèbre forgeron Culann. Il fut condamné à remplacer un temps l'animal et on lui donna alors le nom de Cu Chulainn qui signifie « chien de Culann ». On remarquera encore l'importance des noms dans cette légende et ceux qui liront le premier tome écrit par Servat comprendront la référence.
11. Auteur, entre autres, d'une réécriture du cycle du Graal paru en huit volumes chez Pygmalion/Gérard Watelet.

P.J.G. MERGEY
Première parution : 1/3/1998 Yellow Submarine 127
Mise en ligne le : 24/5/2003


 
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