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Aux yeux la lune

Michel JEURY


Illustration de Patrick DEMUTH

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, coll. Anticipation n° 1623
Dépôt légal : mars 1988
192 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-265-03811-3   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Les hommes abaissèrent leurs armes. La femme garda la sienne pointée. — Je suis Ania, la grande prêtresse de Sem, dit Ania. Écoutez-moi. Notre dieu n'est pas mort. Il n'est qu'endormi et il rêve de nous. Aidez-moi : un jour, nous le réveillerons !
 
    Critiques    
     J'attendais le nouveau Jeury, qui n'avait pas mis les pieds dans la collection Anticipation depuis longtemps, avec une certaine impatience. Il y a des auteurs qui vous font saliver, d'autres pas. Jeury, si.
     Aux yeux la lune, c'est l'histoire de Sem, l'Ordinateur Central qui commande l'existence du monde, qui organise l'immortalité et l'emploi du temps des Séméais, ces enfants sans mort et sans vieillesse. C'est l'histoire de son endormissement, prévu depuis le commencement par les géoprogrammateurs ; les hommes disposent de deux mille ans pour le réveiller. Ce délai expiré, il s'autodétruira.
     C'est surtout l'histoire d'Ania, l'ancienne Séméaise devenue mortelle, et à qui Sem, avant de s'endormir, a confié les clefs de son réveil : atteindre l'Anneau de Sem et lui dire Sem, d'un soupir, éveille-toi... Elle orientera tous ses efforts vers ce but ultime et on peut raisonnablement penser qu'elle y parviendra. Mais la raison peut se tromper...
     On retrouve quelques thèmes chers à Jeury : l'enfance, le jeu, l'immortalité. Il les entremêle et les associe, les deux premiers étant la condition pour supporter le troisième. Il y en a même un quatrième : la guerre. La guerre permanente sur Cœur-de-la-Guerre. On songe à sa nouvelle parue dans Univers 1984, Je t'offrirai la guerre...
     Bon, il ne s'agit pas d'un grand Jeury. On retrouve son sceau dans les idées, dans les structures de son univers, mais le roman souffre de longueurs et, vers la fin, on ne sait pas très bien où l'on va. L'épilogue, quant à lui, paraît abrupt.
     A lire pour l'inventivité et la cohérence des mondes jeuryens. Ça n'est pas un roman difficile, ni un roman populaire. C'est à mi-chemin...


Éric SANVOISIN
Première parution : 1/6/1988 dans Fiction 398
Mise en ligne le : 29/3/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, SF (1998)


     Petit à petit, Michel Jeury disparaît des rayonnages SF des libraires. Voilà une dizaine d'années que l'auteur du Temps incertain a délaissé la Science-Fiction pour le « roman du terroir », et les rééditions de ses oeuvres antérieures se font rares. Ce qui est d'autant plus déplorable que nombre d'auteurs de la nouvelle vague, de Lehman à Wagner en passant par quasiment tous les autres, lui doivent beaucoup et ne s'en cachent pas. L'embellie éditoriale que nous connaissons actuellement pourrait remédier à cet état de fait et permettre aux nouveaux lecteurs de (re)découvrir ce pilier de la SF hexagonale.
     Parmi les « introuvables » de Michel Jeury, il y a les vingt volumes parus dans la collection « Anticipation » entre 1979 et 1992 — y compris les trois romans signés du pseudonyme d'Albert Higon, écrits à l'origine pour les éphémères éditions Patrick Siry. Il ne s'agit certes pas de la production la plus ambitieuse de l'auteur, mais on y trouve d'indiscutables réussites.
     Aux Yeux la lune est le premier de ces titres à être réédité. On y rencontre un groupe d'enfants immortels, ne vivant que pour s'amuser, insouciants, irresponsables, et dont tous les besoins et les envies sont pris en charge par Sem, l'ordinateur vivant. Mais lorsque celui-ci les abandonne sur Coeur-de-la-Guerre avant de disparaître définitivement, Ania et ses amis devront apprendre à survivre et à échapper aux hordes guerrières qui s'affrontent sans répit sur ce monde de folie.
     Si Aux Yeux la lune est un Jeury mineur, à l'étroit dans le carcan des 192 pages réglementaires en « Anticipation », il n'en est pas moins plaisant, en particulier grâce à son personnage central, Ania, qui, de spectatrice-consommatrice de l'horreur régnant sur Coeur-de-la-Guerre, va devenir bien malgré elle actrice de ce conflit, et par là même s'humaniser. Un sentiment que renforce la chute pour le moins abrupte de ce roman, stigmatisant l'absurdité de la société dans laquelle Ania se débat.
     Souhaitons que cette réédition soit la première d'une longue série, en rêvant, qui sait, d'un retour de Michel Jeury à la Science-Fiction.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/1998
dans Bifrost 9
Mise en ligne le : 4/11/2002


Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, SF (1998)


     Le Fleuve réédite un des tout derniers romans de SF de Jeury, datant de 1988. On part d'une Terre uchronique, où des immortel(le)s visitent les humains et leur laissent des enfants eux-mêmes immortels, puis quittent le corps adulte qui leur est prêté pour retrouver l'enfance, le jeu et l'oubli, dans des mondes rêvés par un ordinateur. Mais très vite le récit bascule. Les potentialités initiales sont escamotées. L'héroïne-enfant, qui sait vaguement avoir été adulte, affronte un monde de guerre, de violence, de torture, cousin de celui des Seigneurs de la guerre de Gérard Klein ; elle essaie d'organiser sa survie et accessoirement celle de quelques autres (humains, enfants de l'ordinateur ou robots de chair), parce que la machine-univers doit s'endormir, et lui demande de la réveiller un jour. La fresque métaphysique tourne à l'aventure quelque peu gore —  travers présent parfois chez Jeury (Cf. « Les Vierges de Borajuna », Horizons du fantastique, 1974). C'est un peu décevant. Cependant, on ne quitte jamais le thème des mondes truqués ou rêvés, les clivages entre bons et méchants éclatent, et comme l'ordinateur incarne à la fois le bien et le mal, l'humain-enfant doit s'en libérer pour vivre en adulte libre — la liberté, sa conquête et ses contraintes, fondamentales dans toute l'œuvre, renvoient ici explicitement au thème de la mort de Dieu. Enfin, de même que les premières pages esquissaient une Terre dont d'autres auraient tiré une dodécalogie, moins de trois pages d'épilogue résument une saga. Bref, dans les marges d'un livre un peu rapide, on a non pas un mais des romans potentiels. Ce n'est pas faute d'idées que Jeury a quitté la SF pour les histoires campagnardes qui font bouillir sa marmite : on peut rêver l'y voir revenir un jour, et, en attendant, le faire découvrir à de nouveaux lecteurs : même ses textes mineurs méritent réédition — et on peut espérer que bien d'autres suivront celui-là.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/6/1998
dans Galaxies 9
Mise en ligne le : 21/4/2009


 

 
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