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Le Bal des schizos

Philip K. DICK

Titre original : Abraham Lincoln, simulacrum / We can build you, 1969/1972

Traduction de Anne DUTTER & Georges DUTTER
Illustration de Jean-Michel NICOLLET

Jean-Claude LATTÈS (Paris, France), coll. Titres/SF n° (3)
Dépôt légal : 1er trimestre 1979
320 pages
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   CHAMP LIBRE, 1975
   in Romans 1960 - 1963, J'AI LU, 2012
   J'AI LU, 2014
   in Aurore sur un jardin de palmes, OMNIBUS, 1994
   POCKET, 1991
   PRESSES DE LA CITÉ, 1985

    Quatrième de couverture    
C'est d'abord les pianos droits qui ont flanché. Puis les orgues électroniques. Alors Pris est sortie de clinique et on s'est mis à débiter des simulacres. Après le Stanton, un Abraham Lincoln, et encore après un W.H. Booth, son meurtrier. A ce train là, la Guerre Civile n'était pas loin. En tout cas, ce fut vraiment le bal des schizos.
 
    Critiques    
 
     THERAPIE DE GROUPE

     Le bal des schizos est !e genre de bouquin à propos duquel il est impossible de se faire une franche opinion. On en sort en hochant la tête et en regardant un instant dans le vague, agité par des impressions contradictoires.
     On y retrouve, pêle-mêle, quelques vieux thèmes (les simulacres, les psychopathes, des industriels sans scrupules, etc.), plongés dans une sauce new-wave, ou nouveau roman, enfin nouveau-quelque-chose que Dick lui-même ne connaît pas très bien. Tout est en place pour un magnifique « dérapage de la réalité » comme on en a l'habitude avec lui — mais ça foire. Les simulacres sont trop réels, les schizophrénies de Pris et de Louis Rosen trop pathologiques, les quelques idées géniales (car il y en a) sans aboutissements. Certaines fusées sont lancées (les mutants radioactifs, les lotissements sur la Lune) mais retombent avec un triste plouf, sans panache ni étincelles. Par contre, les angoisses personnelles de Dick dégoulinent à longueur de page, dans les bouches de tout le monde, à travers d'interminables dialogues de flippes et de paranos.
     De plus, c'est écrit à la première personne, chose inhabituelle chez Dick.
     En fait, ce n'est pas un roman, mais une thérapie de groupe : Dick nous confie ses angoisses pour ne pas sombrer, lui aussi, dans la schizophrénie. Ce n'est ni bon ni mauvais : c'est comme si l'on écoutait un vieil ami qu'on avait perdu de vue, se mettre soudain à se vider la tête devant un verre plein, les yeux fixant sombrement ses chaussures. On reste là, gêné, sans dire un mot, en souhaitant être ailleurs — mais c'est à nous qu'il se dévoile, on n'y peut rien.
     « En leur donnant la vie, nous nous vidons nous-mêmes » (p. 116). Dick ne parle pas des simulacres, malgré les apparences, mais de ses phantasmes, de son angoisse. A cette époque, il n'osait pas sortir de chez lui, de peur que l'autobus qui passe tous les jours dans sa rue ne disparaisse subitement, ou pis encore. Si vous avez envie de savoir ce qui passe par la tête d'un type qui en est là, lisez ce livre. Sinon, rabattez-vous sur quelque chose de plus joyeux, comme Substance Mort, par exemple.

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/7/1979 dans Fiction 303
Mise en ligne le : 11/11/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition PRESSES DE LA CITÉ, Futurama 3e série - Superlights (1986)


          Cette réédition intervient 10 ans après la première traduction de We Can Build You en Champ Libre. Entre temps on a créé le prix Ph. K. Dick dont le premier lauréat est Neuromancien (La découverte), et P. du Futur édite DR Adder qui se réfère directement à l'univers dickien. En lisant ces « néodickiens » on a une image de Dick, une trace de Dick dans la littérature US. Et l'idée de se reporter aux textes, pour sentir la différence, et voir ce qui a été récupéré de Dick. Revenons au Bal des schizos comme exemple : Qu'est-ce qu'un roman de Dick ? Un monde où « on se donne un mal fou » (p. 224) pour vivre : Dick est un romancier existentiel, on l'oublie trop. Comment ce « mal fou » est-il mis sous nos yeux ? D'abord dans le cadre d'un langage de type « roman tough » : les personnages de Dick parlent comme les flics et les voyous des mauvaises séries US qui passent à la télé. C'est voulu. Qui parle ainsi ? Ni des flics ni des voyous : les représentants de la « middle class », qui par ailleurs sont montrés en train de vivre une vie aussi banale que dans Dallas ou La maison dans la prairie. On est en plein dans la banalité, mais elle est folle : en témoignent les rapports entre les gens dans le cadre social comme dans le privé, voir les rapports amoureux. Dans ce cadre ultra plat du quotidien US, vu par un « regard froid », une invention présentée comme ultra-banale (ici un simulacre de Lincoln, lancé comme un simple presse-purée amélioré) et uniquement vue dans les bouleversements émotionnels ou juridiques. Une impression de dérision, de grotesque, de « farce tragique » s'en dégage et qui porte à la fois sur la trivialité des comportements, de la science, de la société où seul le héros malade a un air « humain ». Ce n'est pas utopique, ce n'est pas dystopique, c'est le regard de la victime consentant à la folie du monde et qui trouve normal de « remonter le moral à un automate ». Un univers à la fois trivial, grotesque et vraisemblable qui est le vrai simulacre de cet univers de simulacres. Comment cet univers peut-il s'imposer au lecteur de façon à ne pas le déprimer ? (Cette hantise a jusqu'ici empêché les lecteurs américains de prendre leur plaisir à Dick), C'est qu'à l'intérieur d'un langage de roman noir qui enserre un simulacre de la vie des « middle class » se crée un effet de grotesque triste, mais que cette tristesse, comme chez les grands comiques du muét (Buster Keaton) se mue en folie des choses et des situations, folie qui ne peut être appréhendée que sur le registre du rire. On ne soulignera jamais assez que Dick est un tragique écrivain comique. Lisez ceux qui s'en réclament, vous verrez la différence : elle est là.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/2/1986
dans Fiction 371
Mise en ligne le : 14/12/2003


 

Edition CHAMP LIBRE, Chute libre (1976)


 
     Commencé comme une célébration du capitalisme sauvage (une petite firme construit des « simulacres » si parfaits qu'on ne les distingue pas du reste des mortels), l'œuvre dévie dans son dernier quart pour devenir une sorte de reportage sur la condition des malades mentaux dans une maison de cure — dès lors que le narrateur glisse dans la folie. On ne peut pas ne pas voir dans cette cassure l'itinéraire propre de Dick ; à cause de cette référence implicite au vécu, le roman, très linéaire et sans surprise, prend à posteriori une densité étrange. Certes, rien de ce que fait Dick ne laisse indifférent, mais cette fois il y a autre chose, en plus. De même, on peut extrapoler sur la signification résiduelle du récit, et voir dans la maladie du héros une conséquence logique de son statut social : fabriquer des robots dans un monde de robot ne peut mener qu'au repli schizophrénique. Mais la valeur du roman n'excuse naturellement pas Champ Libre d'en avoir détourné le titre (We can build you), ni d'avoir saboté la traduction par l'emploi de modernismes et d'argotismes à la mode qui sont à cent lieues de la manière froide de l'auteur.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/2/1976
dans Fiction 266
Mise en ligne le : 14/11/2014




 

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