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Le Breakfast du champion

Kurt Jr VONNEGUT

Titre original : Breakfast of champions, 1972
Science Fiction  - Traduction de Guy DURAND
Illustration de Tibor CSERNUS
J'AI LU, coll. Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) n° 660, 2ème trimestre 1976
352 pages, catégorie / prix : 3, ISBN : néant

Autres éditions
Sous le titre Le Petit déjeuner des champions   GALLMEISTER, 2014
Sous le titre Le Breakfast du champion
   J'AI LU, 1999
   SEUIL, 1974
Couverture

    Quatrième de couverture    
     C'est un conte-fiction, l'histoire, de New York à Kansas City, de deux vieux bonshommes blancs, soli­taires, à la peau tannée, sur une planète en train de mourir à toute allure.

     L'un, Kilgore Trout, est un écri­vain de science-fiction minable qui croit sa vie foutue. Il se trompe, et deviendra l'un des hommes les plus vénérés de toute l'histoire de l'hu­manité. L'autre, Dwayne Hoover, est un vendeur de voitures qui frise la folie et s'attaque à l'intel­ligence des balourds dangereux qui s'occupent de régler nos destinées. De leur rencontre naîtront des situations cocasses débouchant sur l'absurde.

     Dans cette œuvre remarquable, qu'il s'agisse de voitures, d'art, de pollution, de racisme, de flics ou d'anciens combattants, tout est grandiosement massacré.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)
 
    Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...)   
Le Breakfast du Champion , 1999, Alan Rudolph
 
    Critiques    
     Septième ouvrage de Kurt Vonnegut. Le breakfast du champion (1972) est dans la ligne du Berceau du chat (1963) et d'Abattoir 5 (1969) : c'est-à-dire que, sous un mince artifice de loufoquerie fantastique (ici l'introduction de « substances chimiques nocives » dans un cerveau humain, ce qui rend son propriétaire fou furieux), il ne parle de rien d'autre que de notre monde — ce qui n'est pas si mal. Notre monde dingue-dingue-dingue, bien sûr : ce pourquoi le soupçon de folie qui prend Dwayne Hoover au cerveau et l'amène à cogner sur le museau de quelques-uns de ses concitoyens est parfaitement à sa place dans ce roman, dont il peut être considéré comme la synecdoque, ou le point nodal...
     Roman ? Non car Le breakfast du champion n'a ni commencement ni fin, ni queue ni tête, ni tambour ni trompette. Et ainsi de suite. (Comme l'écrit Vonnegut toutes les deux lignes.) Se préoccuper de fin et de commencement, de tête et de queue (encore qu'une certaine insistance à nous faire connaître les mensurations du pénis de tous ses personnages...), c'est bien au-dessus des aspirations de Vonnegut. Le monde étant composé de fous (ou de robots programmés pour une folie générale, incurable, définitive), pourquoi écrire à l'intention de ces fous un livre qui aurait un sens quelconque ? Aussi, de sens, le... roman de M. Vonnegut n'a que celui de l'Histoire en marche (ou de l'air du temps respiré d'une narine perspicace, dédaigneuse, ironique), qu'il reflète fidèlement, comme en un miroir. pour les beaux yeux de ces fous (ou de ces robots programmés) que nous sommes. nous pauvres lecteurs.
     M. Vonnegut (je tiens au « monsieur », qui précise bien que le susnommé est une individualité respectable et doué du libre-arbitre qui nous fait défaut) a déjà consacré deux romans au massacre — notre plus belle conquête : Le berceau du chat c'était Hiroshima, Abattoir 5, Dresde. C'est bien suffisant (a-t-il dû penser). Les massacres continuant gaiement (preuve qu'un livre ne peut rien changer à rien — ce dont on se serait bien douté, tout fous que nous sommes...), M. Vonnegut s'est borné cette fois à inscrire dans son miroir (qu'il appelle un vide, à la mesure de notre pensée quand on se regarde dedans, sans doute) quelques-unes de nos bêtises, de nos tares : la bagnole considérée comme un des beaux-arts. le sexe comme un moyen de se pousser du col, le lynchage des Nègres comme un passe-temps amusant, la pollution comme un spectacle pittoresque, la vénération de la culture comme le fin fond de l'imbécillité...
     En fait. le portrait qu'il trace ici de l' existence de la bête verticale est si schématique qu'il se pourrait très bien qu'il ait été fait. non pour le supposé modèle, mais pour des créatures d'une autre galaxie qui auraient ainsi une idée vague mais juste de la vie sur cette misérable planète appelée Terre. M. Vonnegut serait alors un écrivain de science-fiction natif de la nébuleuse d'Andromède, qui aurait inventé de toute pièce, pour les Andromédiens, un monde absurde, logique, et absolument dégoûtant, M. Vonnegut serait le Sheckley d'Andromède que je n'en serais point étonné. S'expliquerait en tout cas la présence de tous ces dessins (de l'auteur) qui parsèment l'ouvrage (un camion, un mouton, un serpent, un « castor bouche-ouverte » 1, une chaise électrique, etc.), et qui ne seraient alors là que pour préciser dans l'esprit des lecteurs andromédiens certains détails de la vie terrestre, sans pour cela que l'auteur ait à sacrifier à ces oiseuses descriptions qui alourdissent d'ordinaire les romans de science-fiction — même sur Andromède.
     Un des personnages principaux du livre est d'ailleurs lui-même écrivain de SF : c'est Kilgore Trout. bien connu depuis Abattoir 5. C'est une piste qui va en droite ligne vers mon hypothèse. L'auteur en personne intervient en outre dans le déroulement de son ouvrage, pour bien montrer qui est le patron dans ce foutu bordel : lui, et pas nous, pauvres créatures de papier. C'est une autre piste. On n'en manque pas, dans Le Breakfast du champion. On n'en manque même si peu qu'elles ont tendance à s'embrouiller, et que l'hardie hypothèse construite quelques lignes plus haut n'est peut-être que le résultat de la surchauffe des cellules grises d'un critique au dernier degré de l'éthylisme. Allez savoir ! Et puis quelle importance, au fond ; nous sommes tous des robots programmés pour lire le bouquin de M. Vonnegut Kurt Jr., il ne nous a créés que pour ça. On n'y coupera pas, et on a bien de la chance : qu'est-ce qu'il est bon, le bouquin de M. Jr. Vonnegut Kurt ! Et qu'est-ce qu'il est marrant !

     P.S. : Je suis programmé pour écrire ça, alors...

Notes :

1. II est impossible de préciser ce qu'est un castor bouche-ouverte dans une revue qui s'adresse pour une part à des moins de 18 ans.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/4/1975
dans Fiction 256
Mise en ligne le : 17/7/2003


 
Base mise à jour le 16 avril 2017.
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