Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
La Captive du temps perdu

Vernor VINGE

Titre original : Marooned in realtime, 1986

Traduction de Stéphane MANFREDO
Illustration de Alain ROBERT

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. Bibliothèque de l'évasion n° (72)
Dépôt légal : octobre 1996
352 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-84172-038-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La Terre, cinquante millions d'années dans le futur  : trois cents habitants. Tous des exilés, volontaires ou non, qui ont traversé les âges dans des bulles de stase temporelle, au-delà du XXIIIe siècle au cours duquel l'humanité à mystérieusement disparu de la planète.
     Trois cents. C'est peu pour perpétuer une espèce et reconstruire une civilisation, malgré la présence de quelques « néo-techs  » de la fin du XXIIe siècle et de leur équipement de pointe. Surtout si l'une d'entre eux, Marta Korolev, l'instigatrice du programme de renaissance, s'est fait assassiner d'une manière perverse  : naufragé dans la temporalité, elle a vécu quarante ans de solitude sur une Terre sauvage avant de mourir.
     L'enquête échoit à Wil Brierson, seul policier de la communauté. Enquête sur un meurtre  ; mais aussi peut-être sur un projet visant à exterminer ce qu'il reste de l'espèce humaine une fois pour toutes.
     Vernor Vinge enseigne à l'université de San Diego. Il est lauréat du prix Hugo pour son roman Un feu sur l'abîme (Laffont).

 
    Critiques    
     À part Pierre Stolze 1, tout le monde en convient  : la science-fiction est avant tout une littérature d'idées. L'inconvénient, c'est que pour certains auteurs, elle n'est quasiment que cela... Ainsi, le récent La Cité des permutants de Greg Egan (Robert Laffont, « Ailleurs et Demain »)  : la science-fiction y est réduite à une sorte d'« expérience par la pensée », vertigineuse certes 2, mais ratée au plan romanesque.
     Vernor Vinge est de la même famille que Greg Egan. La Captive du temps perdu se passe cinquante millions d'années dans le futur, après l'extinction mystérieuse de l'humanité (que l'auteur baptise Singularité). Trois cents exilés temporels — venant d'époques différentes — tentent de rebâtir une nouvelle civilisation. Mais dans l'ombre, quelqu'un essaie de saborder le projet. Jeu avec la temporalité, thématique grandiose (rien moins que la survie de l'humanité), enquête policière, lutte pour le pouvoir entre les groupuscules politiques, brassage des cultures (paléo-techs, néo-techs, etc.), décor d'un lointain futur, tout était réuni pour faire de La Captive du temps perdu un très grand roman.
     Hélas, l'auteur se révèle littérairement incapable de maîtriser tous ces éléments  : l'intrigue policière est on ne peut plus banale, l'environnement est particulièrement flou, la lutte entre les factions se déroule sans aucun suspense et les personnages n'ont pas d'épaisseur psychologique. Difficile de se passionner dans de telles conditions  ; d'autant plus que, fasciné par le concept qu'il a mis en place, Vernor Vinge ne cherche même pas à clarifier son propos (le fait que La Captive du temps perdu est le deuxième volet du cycle de Realtime est sans doute aussi pour quelque chose dans cette irritante impression d'opacité). Sous des dehors de modernité, cette SF à la Doc Smith avance à rebours.

Notes :

1. Pour qui la science-fiction est essentiellement une littérature d'images (Rhétorique de la science-fiction, thèse de doctorat soutenue à Nancy le 12 mars 1994).
2. À condition d'y comprendre quelque chose, car la pédagogie n'étant pas le fort de l'auteur, l'œuvre — j'hésite à parler de roman — est à la limite de la lisibilité. On comparera — même si les deux œuvres n'ont aucun rapport entre elles — avec le souci de clarté, le désir d'être compris dont fait preuve un Serge Lehman dans la série F.A.U.S.T. Cela s'appelle le respect du lecteur.

Denis GUIOT
Première parution : 1/3/1997 dans Galaxies 4
Mise en ligne le : 1/1/2000

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2001)


     Dans The Peace War, Vernor Vinge imaginait des bulles de stase, figeant leur contenu, le rendant invulnérable, mais lui offrant un aller simple pour un futur éventuellement lointain. À la fin du XXe siècle (l'anticipation s'est faite uchronie), utilisées contre les complexes nucléaires, elles assuraient le triomphe de la Peace Authority, ou Tutelle de la Paix, d'où une dictature atroce jusqu'à son élimination. En 1986, avec le présent roman, Vinge réutilisait les bulles, qui ont emporté quelques représentants de la Tutelle et d'un Nouveau-Mexique indépendant, un policier fouineur éliminé ainsi et un illuminé mystique, des amoureux du Grandiose Avenir et des calculateurs voulant bénéficier des intérêts cumulés de leurs placements, etc. Venus de dates différentes, pour des raisons et avec des moyens différents, ils sont regroupés par les derniers partis, « néotechs » dotés de moyens immenses par l'accélération continue du progrès. Il faut bien ça, car les bulles se sont ouvertes sur une Terre déserte — que l'accélération devenue infinie ait propulsé l'humanité sur un autre plan, ou que des extraterrestres l'aient anéantie. Il faut reconstituer une société avant que les machines ne tombent en panne. Pour le reste, tout est possible, parcourir l'univers puisque le temps ne s'écoule pas dans les bulles, filmer en extrême accéléré la naissance de nouvelles montagnes, suivre l'évolution d'animaux pouvant accéder à l'intelligence, ou essayer d'assister au « big crunch » final. Mais des tensions naissent, entre ces choix, les différences de moyens, et les idéologies (la Tutelle fait patte de velours, les « Néo-Mexs » sont démocrates, mais l'auteur, libertarien comme les principaux personnages, parle de tyrannie de la majorité). Une des principales néotechs est assassinée, laissée hors des bulles, sans équipement — marooned in realtime dit le titre américain — et le policier, personnage principal, n'a pour indices que son journal, tenu sur des dizaines d'années.
     Tout cela donne un collage ébouriffant, des idées ou des images à la pelle, souvent grandioses, parfois naïves ou convenues (la réunion pour désigner le coupable, façon colonel Moutarde dans le salon avec le chandelier), souvent juste esquissées quand un autre en aurait tiré au moins une nouvelle et au pire une dodécalogie. Leur juxtaposition même gêne si l'on aime l'homogénéité. On peut aussi ne pas goûter le libertarisme, ni le délire de puissance né des moyens des survivants et de leur petit nombre. On peut détecter après coup quelques incohérences, trouver que le policier, dans les dix semaines de l'action étalées sur des millions d'années, s'est trop bien adapté à un monde sans commune mesure avec son 2100 d'origine, peu différent de notre présent. Mais si on aime dans la SF une littérature du vertige, de l'infini, de l'impossible, et pourtant de l'humain, on sera enthousiasmé.

*


     N.D.L.R. : Dans sa critique (in Galaxies n°4) de la première édition française de cet ouvrage (chez L'Atalante), Denis Guiot avait émis des idées fort différentes, parlant notamment d'incapacité à maîtriser les éléments du récit, d'intrigue policière « on ne peut plus banale », de personnages sans épaisseur psychologique, et au total d'une « SF à la Doc Smith (qui) avance à rebours »... Il est toujours frappant de comparer les points de vue !

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001
dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2003)


     Vernor Vinge est mathématicien. Il est né en 1944 et a été marié à un autre écrivain de SF, d'ailleurs plus connu que lui en France, Joan D. Vinge. Il a commencé à publier des nouvelles de SF dans les années 60 et plusieurs de ses textes sont des classiques comme « True Names » (1981) sur le thème des univers virtuels. Il a vraiment atteint la gloire en 1994 en obtenant le prix Hugo pour son roman « A Fire Upon The Deep » (tr. fr. : « Un feu sur l'abîme » un space opera à la fois classique et totalement novateur), prix qu'il a de nouveau obtenu en 2000 pour « A Deepness In The Sky » (tr. fr. : « Au tréfonds du ciel », 2001).

     Dans les années 80, il a publié une trilogie qui constitue une sorte de mini « Histoire du futur » avec la mise en place d'une société libertarienne, la Singularité et le voyage possible dans le futur lointain.
     Le premier volume s'intitule « The Peace War » (1984) et le second « Marooned In Realtime » (1986). La troisième partie est une nouvelle : « The Ungoverned » (1991).

     Les éditeurs français ne se sont pas précipités pour traduire ces oeuvres et seul le deuxième roman est disponible en français. « La captive du temps perdu » puisque c'est de lui qu'il s'agit, est à la fois un roman de hard science (c'est-à-dire que les idées, les réalisations, les découvertes scientifiques y jouent un grand rôle), un roman policier (il y a un meurtre et il faut découvrir le coupable) et un roman politique (les humains du futur n'ont pas tous les mêmes idées et cela donne matière à affrontements philosophico-politiques). Il faut cependant bien reconnaître que ce dernier aspect tient une place mineure dans le récit, c'est peut-être pour ça que ce texte là a été traduit alors que les autres ne l'ont pas été...

     L'histoire se passe environ 50 millions d'années dans le futur. L'Humanité a à peu près complètement disparu au XXIIIè siècle, c'est ce que les survivants appellent la « Singularité » ou « l'Extinction » selon leur choix philosophique. Où sont passé les Humains ? On ne le sait pas. Peut-être l'Humanité s'est-elle détruite elle-même, peut-être des Extraterrestres ont-ils exterminé la race humaine. Ce qui est sûr, c'est que le progrès scientifique et technologique n'a cessé de s'accélérer et que la civilisation du XXIIIè siècle était incroyablement puissante.

     Les quelques 300 survivants, héros du livre, sont des voyageurs temporels en « stase » au moment de la Singularité. Pour différentes raisons, ce sont des personnes qui se trouvaient dans une « bulle temporelle » à ce moment là. Les bulles sont des machines programmables à l'intérieur desquelles le temps cesse de s'écouler. Elles sont inaccessibles de l'extérieur et ne peuvent emmener leurs passagers que dans le futur.
     Ces voyageurs se divisent en deux groupes : les paléo-techs et les néo-techs. Les premiers sont les plus anciens voyageurs du temps. Leur technologie est relativement primitive et certains d'entre eux viennent d'une société libertarienne. Les seconds sont incommensurablement mieux équipés mais sont peu nombreux. Si tous unissent leurs forces, la civilisation pourra renaître mais ce n'est pas gagné d'avance...

     Le roman démarre réellement quand l'une des néo-techs les plus puissantes, Marta Korolev, est victime d'un meurtre. Elle est laissée hors de sa bulle lors de la stase finale et abandonnée sans équipement dans un environnement hostile. Elle survivra sur une Terre quasiment vierge pendant environ quarante ans.
     L'un des paléo-techs, Will Brierson, qui a été policier avant d'être victime d'un grand saut dans le futur, va mener l'enquête car ce sont probablement tous les survivants qui sont menacés. Le journal tenu par Marta, dont de longs extraits sont cités dans le roman, va lui servir de guide. J'ai lu pas mal de romans policiers mais j'avoue que ce meurtre là est absolument terrifiant...

     Revenons un instant à la problématique politique du récit. Parmi les paléo-techs, il y a une majorité de libertariens car pour Vernor Vinge, le futur sera libertarien, pas de doute là-dessus. Mais il y a aussi des personnes rescapées de sociétés plus proches de la notre : les Néo-Mexicains et les Pacifieurs qui, à une certaine époque, ont instauré une dictature pacifiste sur Terre. Il est assez amusant de voir les Néo-Mexicains et les Pacifieurs tenter de convaincre les Libertariens de la nécessité, vu les circonstances, de rétablir la démocratie et de donner le pouvoir à la majorité...

     D'un point de vue presque philosophique, le concept de « Singularité » est fascinant. Le progrès technique s'accélérant sans cesse, Vernor Vinge explique dans sa postface que, d'après lui, la Singularité se rapproche à grande vitesse et que « c'est nous... qui comprendrons la nature de la Singularité de la seule manière possible : en la vivant. »

     On obtient donc au final un récit passionnant pour peu qu'on se donne la peine d'insister un peu car le récit est assez complexe et les idées et réflexions de l'auteur très riches. Mais ça en vaut la peine. Quel dommage que les autres titres de la série ne soient pas traduits en français ! 1

Notes :

1. dans la réédition au Livre de Poche, on pourra très bien se dispenser de lire la préface de Gérard Klein que j'ai connu mieux inspiré. En effet, après quelques réflexions intéressantes sur le voyage dans le temps dans la littérature de Science Fiction et vu d'un point de vue scientifique, il se perd dans un discours concernant le nombre peu élevé des lectrices de SF et tente de nous expliquer par la psychanalyse le pourquoi de cet étrange phénomène. Quel rapport avec « La captive du temps perdu » ? Mystère.

Sylvain GAY
Première parution : 8/9/2003
nooSFere




 

Dans la nooSFere : 62392 livres, 58341 photos de couvertures, 56870 quatrièmes.
7958 critiques, 34215 intervenant·e·s, 1309 photographies, 3653 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.