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Colossus

D. F. JONES

Titre original : Colossus, 1966
Première parution : Hart-Davis, 1966
Traduction de François André LOURBET
Illustration de DEPOUILLY

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. SF (1ère série) n° (1)
Dépôt légal : 2ème trimestre 1968
Première édition
Roman, 250 pages, catégorie / prix : 4,60 F
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     De plus en plus, les chercheurs, les économistes, les ingénieurs s'en remettent aux cerveaux artificiels pour aboutir à la solution de problèmes qui auraient nécéssité des vies entières de calculs par les procédés traditionnels. Mais ces machines ne sont-elles pas souvent employées de façon abusive ? L'homme restera-t-il toujours l'homme, et la machine, la machine ? Voici un thème de Science-Fiction déjà traité, sans doute, mais D.F. Jones l'éclaire d'un jour nouveau et nous précipité dans une aventure surprenante dans Colossus, le cerveau électronique géant.
Critiques

     Enfin des textes de présentation qui donnent des faits ! Leur lecture nous apprend entre autre que D.F. Jones aime les femmes et les sonnets de Shakespeare, mais aussi qu’il déteste la Rome antique et les fanfares. Et ce n’est pas tout ; nous sommes informés que Colossus a reçu cette récompense suprême Le prix du club américain de science-fiction. Alors viennent les lignes révélatrices où nous est dévoilée la morale du livre : Les machines ne sont-elles pas souvent employées de façon abusive ? L’homme restera-t-il toujours l’homme, et la machine, la machine ? Après une telle mise en condition on pouvait tout craindre de ce premier roman de S.F. publié chez Albin Michel… Et malheureusement ces craintes sont plus ou moins fondées.

     En quelques mots, voici la dynamique du roman : une fois de plus les États-Unis ont décidé de « protéger le monde libre » ; pour cela ils construisent Colossus, un gigantesque cerveau électronique, qu’ils enfouissent sous les Montagnes Rocheuses. Le travail de Colossus consiste à préserver l’équilibre des forces entre l’Est et l’Ouest, au besoin en déclenchant une guerre atomique, infaillible et indestructible, il dirige en solitaire le réseau de défense des U.S.A. Aucun homme n’a la possibilité légale ou matérielle de l’empêcher d’agir. Tel un dieu, Colossus veille sur ses constructeurs ; mais les dieux ne sont pas faits pour servir, la sécurité des hommes les indiffère et quand ceux-ci, pris de panique, cherchent à briser leurs idoles, ce n’est pas une divinité aussi réelle que Colossus qui se laissera faire.

     Comme vous le voyez, les grands poncifs se portent bien : la « machine malfaisante » s’installe confortablement aux côtés de Après une guerre atomique parmi les thèmes les plus rebattus de la S.F., mais tout pourrait être sauvé si Colossus était particulièrement bien agencé ; sur une trame parallèle Henry Kuttner a tout de même construit cette petite splendeur, Sans espoir de retour. Est-ce le cas ? Bien des critiques ont vu en ce livre une œuvre majeure et en effet, au fur et à mesure des pages, en même temps que le personnage de Colossus prend de l’ampleur, l’intérêt du lecteur augmente : les sursauts désespérés des humains pour se délivrer prennent une sorte de réalité cauchemardesque ; on les observe se débattre, on s’intéresse à leur sort, ils font même un peu pitié. Dans un même temps la personnalité de Colossus domine les pages : les meilleurs moments du livre se trouvent dans les messages impersonnels du computeur ; on arrive alors à ce paradoxe, D.F. Jones, tout comme Arthur Clarke dans son roman 2001, l’odyssée de l’espace, a donné plus de vie, plus de réalité à son cerveau électronique qu’aux personnages humains. En ce sens la fin, remarquable, est profondément logique, d’après tout ce qui avait précédé il fallait, sous peine d’incohérence, que Colossus se termine par la tranquille victoire du dieu.

     Mais toutes ces qualités ne font pas de Colossus un bon livre, car D.F. Jones a littéralement souillé son œuvre en écrivant dans un style digne des pires romans « noirs » américains. Dans cette optique la première partie est un chef-d’œuvre du genre, en particulier les invraisemblables « conversations » entre Forbin, le savant, et le président des États-Unis où ce dernier se laisse insulter sans réagir. À cela vient s’ajouter une idylle ridicule entre Forbin et une cybernéticienne, plaquée là pour donner de la « chaleur humaine » sans doute, Jones tente bien de la justifier mais, tel un van Vogt des mauvais jours, ses explications sont contredites un peu plus loin. Enfin l’opposition manichéiste entre les savants « purs » et les politiciens « sournois » provoque des situations tellement stéréotypées que le lecteur a bien souvent envie de déchirer son exemplaire, car, si le président est une chiffe et si son assistant est un désaxé, Forbin n’est pas beaucoup plus sympathique. D.F. Jones est donc trop bien arrivé à son but : montrer les hommes comme des êtres irresponsables.

     En résumé un livre qui, malgré des qualités certaines, ne dépasse pas une honnête médiocrité. Achetez-le tout de même, si ce n’est que pour aider une collection de S.F. qui se lance, ce qui n’arrive pas tous les deux jours. Le prix est modique, surtout par ces temps de « Présence du Futur » à 8,50 F, la présentation est agréable et il ne reste plus à Albin Michel qu’à employer un sélectionneur de titres qui s’y connaisse un peu en S.F., ce qui n’a pas l’air d’être le cas pour l’instant, puisque le second tome de la série est Au carrefour des étoiles de Clifford Simak, un chef-d’œuvre sans doute, mais que tous les amateurs auront déjà lu. La vie est triste, les éditeurs rééditent alors qu’une dizaine de romans d’Eric Frank Russel attendent leur traduction.

Marcel THAON
Première parution : 1/4/1969 dans Fiction 184
Mise en ligne le : 27/10/2022

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Le Cerveau d'acier , 1969, Joseph Sargent

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