Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Créateur chimérique

Joëlle WINTREBERT



Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) n° 2420
Dépôt légal : juillet 1988
320 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-277-22420-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Joëlle Wintrebert
     Née à Toulon, Joëlle Wintrebert a dirigé Horizon du fantastique puis Univers. Critique littéraire et cinématographique, elle mène aussi une carrière de romancière : Les maîtres-feu et Chromoville ont paru aux éditions J'ai lu.

     Dans le monde aquatique des Farkis, les noirs Ouqdars attendent le moment de donner naissance par scissiparité au double parfait qui sera leur unique descendance. Mais voilà que se produit un événement sans précédent : sous la férule de son maître Ranys, qui l'aime passionnément, Damballah met au monde un clone blanc !
     Fuyant devant l'oracle de la déesse Khimer, les exclus seront amenés à voyager et à se poser des questions. Damballah découvrira peu à peu l'étrange vérité sur les origines des Ouqdars ; ils auraient été dans un lointain passé, avant la victoire de Khimer sur le Chaos, des êtres sexués à la peau blanche dépourvue d'écailles... Mais qui est véritablement Khimer et comment rend-elle ses oracles ? Et pourquoi est-il impossible de quitter Farkis ?

    Prix obtenus    

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
     « ... Il disait aussi : N'oublie jamais que nul n'a le droit d'imposer sa propre vision du monde. Tu ne dois pas plus exercer une tyrannie que supporter d'en subir une... ».
     Tel est le message imprégnant Le Créateur Chimérique, le quatrième roman pour adultes de Joëlle Wintrebert, après Les Olympiades Truquées (récemment réédité au Fleuve Noir en deux volumes), Les Maîtres-Feu et Chromoville. Un message de tolérance et de liberté bien agréable à entendre à une époque de retour en force de l'épopée guerrière et galactique où il est plutôt d'usage de parler en termes de forces, de supériorité et de combats.
     Sur Farkis, la race dominante des Ouqdars se reproduit par scissiparité, chacun accouchant, l'heure venue, d'un clone aussi noir que lui. Il n'y est évidemment plus question de sexes, de masculin, de féminin, de rapports amoureux entre les individus ; tout au plus d'êtres androgynes devant assurer la survie de l'espèce, mais ne voilà-t-il pas que pour la première fois de l'histoire de son peuple Damballah donne naissance à un clone blanc, du nom d'Ayuda ! Ce qui, vous vous en doutez, n'est pas du tout du goût du pouvoir en place, la déesse Khimer et ses représentants, si bien qu'il ne reste plus pour les proscrits que la solution de la fuite et de l'exil. Cela leur permettra de garder la vie sauve et de pouvoir s'interroger sur leurs origines...
     Roman baroque et esthétique à la langue enluminée et flamboyante, traité socio-ethnologique sur un monde figé refusant le langage de la vérité, Le Créateur Chimérique, que Joëlle Wintrebert portait en elle depuis environ dix ans (souvenez-vous de « La Créode », première partie de l'œuvre, publiée en 1979 sous forme de nouvelle dans Univers 17) reste avant-toute chose un message d'amour empruntant les thèmes du racisme et de la différence.
     Bravo, Joëlle !
     « ... Il disait : sois libre et vis dans l'instant tout ce qui se présente, les plus petites choses se transformeront en merveilles... »

Richard COMBALLOT
Première parution : 1/2/1989 dans Fiction 405
Mise en ligne le : 7/11/2002


     1988, année Wintrebert ? Cette année a en effet vue la parution coup sur coup de Bébé miroir en Fleuve Noir Anticipation, de la réédition de Kidnapping en télétrans en Livre de Poche Jeunesse et de cette prolongation romanesque longtemps attendue de la nouvelle la plus célèbre de l'auteur, “La créode”, sans parler de l'obtention par Les olympiades truquées du Prix Rosny aîné catégorie roman.
     Joëlle Wintrebert n'est pas auteur à aimer la facilité, et chacune de ses œuvres pose un nouveau défi, explore une nouvelle dimension : roman de spéculative-fiction aux fortes colorations tant socio-politiques que réalistes avec le diptyque Les olympiades truquées/Bébé miroir, vaste fresque exotique tournant autour de la notion de liberté avec Chromoville, fraîches distractions non dénuées de piquant et de subtilité avec La fille de Terre deux et Kidnapping en télétrans... Autant de romans très divers dans leur façon de construire des univers, et cependant remarquablement proches les uns des autres quant à la thématique de l'auteur. L'œuvre de Joëlle Wintrebert se définie d'une part par son écriture parfaitement polie, travaillée au point d'être précieuse par moments, d'autre part par le triple motif de la révolte/l'utopie/la sexualité. Une notion bien précise de la liberté que chaque roman, chaque nouvelle, vient illustrer, bâtissant ainsi une œuvre forte et unique au sein de la SF Française. Joëlle Wintrebert devrait être à mon sens reconnue comme un auteur majeur, au même titre qu'un Dominique Douay, un Jean-Pierre Hubert ou un Daniel Walther, et ce n'est me semble-t-il pas encore vraiment le cas. Il est difficile de comprendre pourquoi.
     Le monde mis en scène dans Le créateur chimérique et ses créatures (les Ouqdars) se rapprochent un peu de ceux des Maîtres-feu. Là encore Joëlle Wintrebert installe ses lecteurs face à des créatures radicalement différentes des humains ; et là où elle va plus loin que dans Les maîtres-feu, c'est que les Ouqdars restent vraiment seuls en scène, et dans un environnement amphibie d'autant plus étranger. Je n'hésiterai pas à comparer cette démarche avec celle d'un Philip José Farmer ! Wintrebert réussit cet exercice de l'approche intérieure d'êtres différents, sans jamais tomber dans le ridicule constitué parfois par des extraterrestres aux motivations et façons d'agir bassement humaines. ..(qu'on se souvienne, par exemple, des amibes extraterrestres de Robert Forward dans L'œuf du dragon, dont le degré d'étrangeté n'était pas plus poussé que pour n'importe quel gros-bras préhistorique de Rosny aîné). Le seul reproche à faire à ce remarquable roman est au niveau de la construction : certains passages semblent littéralement escamotés, des ellipses sont trop brutales, on a un peu l'impression que Wintrebert n'a pas eu toute la place nécessaire. Les mêmes défauts étaient encore plus apparents dans Chromoville (qui semblait constitué de trois parties mal raccordées) et dans Bébé miroir (dont l'intrigue semble tassée sur elle-même pour tenir sur le nombre de signes prescrits pour un Anticipation). Rien de rédibitoirement catastrophique dans ces défauts, mais ils empêchent Le créateur chimérique d'être le chef-d'œuvre qu'il aurait pu être.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/11/1988 dans Fiction 402
Mise en ligne le : 3/4/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2010)


     A l'ombre d'un panthéon intransigeant, le peuple des Ouqdars végète paisiblement dans ce qui ressemble à un âge d'or. Mettant un terme à une longue période de chaos, de surpopulation, de tensions insupportables et d'injustice flagrante, la Transformation a ainsi donné naissance à une époque apaisée, dépouillée apparemment des germes de la destruction. On dit beaucoup de choses des troubles du passé ; des dires plus proches de mythes que de l'Histoire. Pour autant, les Ouqdars sont-ils tous pleinement épanouis ?

     A Fontaraigne, une des quatre cités ouqdars, le temps est venu pour Damballah de donner naissance à son double. Le futur nouveau-né qu'il porte sur le ventre est bientôt sur le point d'éclore. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la reproduction par scissiparité, si ce bourgeon n'était blanc. Une anomalie dans un milieu où le noir prévaut. Une fois consulté, l'oracle est formel : le double de Damballah sera consacré à la déesse Khimer et il s'appellera Ayuda. Reste à convaincre son géniteur du bien fondé de la décision divine, lui qui se voit ainsi dépossédé de son unique descendance.

     « Désormais, il y aurait LUI, Damballah, et ELLE, Ayuda, sa sœur, sa compagne. Par Khimer ! comme il allait l'aimer. »

     Réédition d'un roman majeur de Joëlle Wintrebert — du moins, est-il considéré comme tel si l'on en juge le prix qui lui a été décerné — , Le Créateur chimérique s'annonce sous les auspices de l'altérité radicale et du combat pour la liberté. A l'instar d'Ursula Le Guin, l'auteur français ne craint pas de projeter son lectorat dans un univers résolument différent pour le soumettre à un questionnement de nature éthique. Le dépaysement passe ici par la biologie puisque Joëlle Wintrebert imagine une espèce neutre s'étant dépouillée du fardeau du sexe. La reproduction suit les règles de la scissiparité, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes identitaires, en particulier au personnage principal. Ne connaissant pas la guerre, la concurrence sexuelle, le jeu et les enjeux de la sexualité, passions comprises, les Ouqdars vivent dans la paix. Leur univers se pare des atours chatoyants de l'utopie, ici abordée dans une perspective ambiguë.

     Si le cadre et le propos ne manquent pas d'ambition, l'angle narratif peine à convaincre. Au mieux se laisse-t-on bercer par l'ambiance du début du roman. Mais très rapidement, on lutte contre l'ennui, un ennui pour tout dire abyssal. La faute à une intrigue décousue, percluse d'ellipses et totalement dénuée de souffle. Le roman pâtit sans doute aussi de sa structure un tantinet bancale. Les deux premières parties puisent leur origine dans deux nouvelles : « La Créode » (au sommaire du recueil récemment publié au Bélial' : La Créode et autres récits futurs) et « Fontaraigne » (au sommaire de l'anthologie Mouvance : pathologie du pouvoir). Cela se sent très nettement : une fois passé le cap des deux premières parties, Le Créateur chimérique s'étire interminablement en suivant un fil directeur d'une minceur étique — en gros, une vengeance poursuivie sur plusieurs générations — sans que rien ne vienne dynamiser le rythme ou relancer l'intérêt. On tourne donc les pages en s'ennuyant poliment tout en soupirant. Puis cent pages avant la fin, l'action redémarre. Joëlle Wintrebert nous assomme de révélations (souvent quelque peu éventées) et d'explications didactiques affirmant le caractère incontestablement science-fictif de son roman. Et on ne peut s'empêcher de penser : tout ça pour ça !

     Parmi les textes de Joëlle Wintrebert, Le Créateur chimérique ne paraît pas un choix judicieux pour découvrir l'auteur français. Œuvre à bien des égards décevante, on lui préférera Les Olympiades truquées ou le recueil La Créode et autre récits futurs.

Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2010
dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 6/7/2011




 

Dans la nooSFere : 62662 livres, 58933 photos de couvertures, 57152 quatrièmes.
7958 critiques, 34386 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.