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A chacun ses dieux

Clifford Donald SIMAK

Titre original : A Choice of Gods, 1972
Science Fiction  - Traduction de Jacques-Daniel VERNON
DENOËL, coll. Présence du futur n° 169, 2ème trimestre 1973
224 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : néant

Couverture

    Quatrième de couverture    
     · En l'an 2185 quelque chose de bien étrange arriva : la population du globe disparut
     · Un Principe, Dieu ou une froide Intelligence la dissipa sur une planète lointaine pour que la terre... retrouve son visage ancien.
     · Mais quelques hommes y demeurent encore et l'histoire de l'humanité recommencera
     · Pour le meilleur ou pour le pire ?

 
    Critiques    
     L'empire des esprits (Marabout 430) et A chacun ses dieux (Denoël, « Présence du Futur » 169). — La bibliographie française de Simak s'allonge. Parus coup sur coup, ces deux romans portent à quinze — si j'ai bien compté — le nombre de ses livres traduits. L'un et l'autre sont des titres récents, le premier datant de 1970, le second de 1972. Mais ils ne sont pas de la même qualité, L'empire des esprits étant le plus faible des deux, avec sa trame fort mince, au schématisme bien mineur, et son thème un peu « littéraire » (la réalité des mythes). Par contre A chacun ses dieux, le dernier des ouvrages de Simak chronologiquement, est une heureuse surprise car il y renoue enfin avec lui-même, avec ce qu'il a été, après une longue série de romans plus ou moins décevants. C'est un peu l'écho du Simak de Demain les chiens qu'on retrouve dans ce roman a la fois lyrique et philosophique, dont l'action s'étend sur des milliers d'années, après un point de départ surprenant : en l'an 2185, la quasi totalité de la population de la Terre disparaît, et seuls quelques survivants disséminés restent en place, en compagnie de robots, pour reconstruire une civilisation sur la base de nouveaux pouvoirs (longévité millénaire, téléportation dans l'espace). Il est visible que Simak a été inspiré par son sujet, et qu'il y a retrouvé l'occasion de traiter des idées qui lui sont chères. Avec ce beau livre, il nous prouve enfin qu'il a encore, à 69 ans, quelque chose à dire et qu'il n'est pas « fini ».


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973
dans Fiction 236
Mise en ligne le : 28/10/2002


 
     Les deux tentations divergentes de tout écrivain de SF sont d'imaginer le futur très proche et le futur très éloigné. Les difficultés rencontrées ne sont pas les mêmes, mais elles sont grandes dans les deux cas. Il faut, dans le premier, être crédible sociologiquement et technologiquement (ce qui demande beaucoup de rigueur), tandis que dans le second il faut éviter de céder à l'abstraction comme à l'anthropomorphisme culturel (ce qui demande de l'imagination et du sens poétique). Simak a le plus souvent opté pour la seconde direction. Il y est le plus à l'aise, et cela n'a rien d'étonnant puisqu'il ne manque ni d'imagination ni de souffle poétique. Par contre le prosaïque quotidien ne l'a jamais beaucoup inspiré : il n'y a qu'à comparer Eterna et Demain, les chiens. Son plus récent roman, A chacun ses dieux, publié aux Etats — Unis en 1972 sous le titre A choice of gods, semble justement être un écho (à moins qu'il ne s'agisse d'une préface) de City. Dans cet ouvrage célèbre, l'homme ne subsistait plus sur Terre que sous la forme de souvenirs déformés par la légende : en somme, en tant que culture morte (cette précision est importante car pour Simak — comme le montre notamment Le pays de l'esprit — la notion de culture est essentielle et ressentie comme partie intégrante de l'humanité, à la fois patrimoine et prolongement).
     Dans A chacun ses dieux, l'humanité n'a pas encore disparu dans son entier, mais c'est tout comme : en 2135, « quelque chose » a enlevé de la Terre la quasi-totalité des huit milliards d'humains qui la peuplaient, pour les transplanter ailleurs, très exactement sur trois planètes lointaines de la galaxie, ne laissant sur notre globe que quelques centaines d'individus, principalement des Indiens américains. « Qui » a fait cela ! Ce « gentil vieux monsieur » (humain) avec une longue barbe blanche » ? Ou plutôt le « Principe » cette entité mystérieuse occupant le cœur de la galaxie ? Le mystère est aussi profond que celui soulevé (tout au moins en attendant la fin de la série) par l'existence du Monde du Fleuve de Farmer — deux situations qui peuvent être mises en parallèle. Quant au pourquoi de cet enlèvement massif, les hypothèses sont nombreuses :
     « Toute la vie dans la galaxie est-elle surveillée par quelque grande intelligence centrale qui ne tolérerait pas certains crimes ? La disparition de la race humaine a-t-elle été une punition, une extermination, une condamnation à mort en raison de ce que nous avions fait à la Terre et aux autres créatures qui vivaient avec nous ? Ou bien s'agissait-il d'un enlèvement, d'un assainissement, d'une mesure prise pour éviter la ruine complète d'une planète de valeur ? Ou peut-être, en cherchant encore plus loin, s'agissait-il d'une mesure prise pour donner à la planète une possibilité de reconstituer pendant le prochain milliard d'années les ressources naturelles dont elle a été dépouillée ? » (pp. 64 et 65).
     En fait, Simak ne répond pas à ces questions, ou très imparfaitement. Pas plus Jason Whitney, qui est le personnage principal du roman à une époque se situant 5 000 ans après l'enlèvement, que son grand-père, contemporain de l'événement, et dont les carnets relatent le renouveau de la Terre dans les millénaires qui ont suivi (la vie humaine s'étant trouvée prolongée extraordinairement), ne sauront le fin mot de l'histoire. Ce qui intéresse Simak, c'est le développement d'un postulat qui (qu'on le considère comme un acte magique ou comme une résolution mystique) n'a de valeur et d'intérêt que par ce qu'il sous-tend, ce qu'il propulse. Simak n'a pas attendu — comme la majorité de ses confrères en SF — les récents cris d'alarme au sujet de la pollution et de la dégradation de l'environnement pour prôner le retour à la vie simple, pour crier son dégoût de la civilisation technologique, pour clamer son amour pour la nature et tous les êtres vivants. Vaste poème en prose, méditation d'un vieil homme mélancolique sur l'impossible retour à un mode de vie simple et rustique, A choice of gods ordonne, précise les réflexions et les notations éparses dans les autres romans de l'auteur. C'est un hymne à la résurgence de la nature, que les carnets du grand-père Whitney rythment avec bonheur :
     « Maintenant, le monde (...) retourne à l'état de nature. Des arbres poussent dans les terres anciennement cultivées, l'herbe se glisse dans des endroits où elle ne poussait pas auparavant, les fleurs sauvages reviennent et sortent des recoins où elles étaient cachées, la nature reprend le dessus. Les vallées dans lesquelles coulent les fleuves sont maintenant assez fortement boisées et regorgent d'écureuils et de ratons laveurs. (...) Maintenant que la main de l'homme ne pèse plut sur la Terre, les humbles petites créatures retrouvent leur ancien patrimoine. » (p. 63)
     Certes les survivants, en vertu du même « miracle » qui les a fait se retrouver sur une Terre libérée de leurs semblables, sont délivrés de la maladie et voient leur temps d'existence atteindre plusieurs milliers d'années. Mais A chacun ses dieux n'est pas un roman sur l'immortalité. Certes aussi, ils peuvent, par simple instinct psychique, voyager dans les étoiles. Mais A chacun ses dieux n'est pas un roman sur les pouvoirs paranormaux. Des extraterrestres viennent visiter la planète, comme cet être en forme de « tas de vers » qui vient se renseigner sur l'existence de l'âme, mais A chacun ses dieux n'est pas un récit sur la communication. Et si les robots, abandonnés à leur sort et indestructibles, peuvent à leur choix continuer à servir ce qui reste de leurs anciens maîtres, ou prendre la place des moines disparus dans un monastère, ou encore se consacrer à un mystérieux Projet, A chacun ses dieux n'est pas un roman sur les — machines-qui-succéderont-à-l'homme... Ou plutôt il est tout cela à la fois, mais avec si peu d'insistance sur chacun de ces sujets divergents fondus dans le même courant que ce qui pourrait, sous une autre plume, apparaître comme décousu, devient ici d'une harmonie supérieure. En fait, chacun de ces thèmes (et il y en a d'autres) fait fonction d'harmonique dans une majestueuse symphonie qui, au lieu d'être un sacre du printemps, serait un sacre de l'automne. Exploration de ce qui n'est pas encore le crépuscule de l'humanité mais plutôt une longue maturité, son « âge mur », A chacun ses dieux, promenade dans un de ces « pays d'automne » chers à l'auteur, ne comporte à proprement parler ni action ni schéma dramatique. Aussi l'épisode terminal, qui fait intervenir les « Autres » (c'est-à-dire les Terriens exilés par la force mystérieuse et qui, ayant reconstitué leur technologie sur leurs planètes nouvelles, veulent faire un retour en force sur la Terre mais en sont aussitôt expulsés par les robots), paraît être une péripétie inutile dans un exposé dont la force tient précisément dans l'extrême dédramatisation.
     Le but de Simak, c'était de toute évidence de prendre sa revanche sur la société contemporaine en réinventant pour lui-même (à travers les quelques privilégiés que sont les personnages du livre) une Terre livrée aux arbres, au vent, aux oiseaux. Mais c'était aussi de donner une revanche ultime à un peuple exterminé et bafoué, celui des Indiens qui, plus que les quelques Blancs regroupés autour de Jason, sont les vrais « passagers » de la Terre des années 7000 — et je dis bien passagers, pas propriétaires : « Nous avons gagné (...) une compréhension de nous-mêmes en tant que facteur écologique. Nous avons appris à vivre avec les arbres, avec l'eau, avec la terre, le ciel et le vent, avec tous les êtres sauvages, les respectant, vivant avec eux, comme l'un d'entre eux, les utilisant quand nous en avions besoin, sans en abuser et sans outrepasser ces besoins. Nous ne les utilisons pas comme le faisait l'homme blanc, nous ne nous les approprions pas, nous ne les ignorons pas, nous ne les méprisons pas. » (p. 121)
     Oui, Simak s'est fait plaisir — un peu douloureusement peut-être, car cela n'est qu'un rêve idyllique. Et il nous fait plaisir en même temps, tout aussi douloureusement. Car aujourd'hui, comment est-il possible de ressentir autrement un chant à la paix, à la joie, à la fraternité, à la nature retrouvée et resplendissante, à la vie sans entrave ?
 

Denis PHILIPPE
Première parution : 1/12/1973
dans Fiction 240
Mise en ligne le : 17/1/2016


 
Base mise à jour le 19 février 2017.
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