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La Mémoire des étoiles

Jack VANCE

Titre original : Night Lamp
Traduction de Arlette ROSENBLUM
Illustration de Giambattista TIEPOLO
RIVAGES, coll. Fantasy n° (19)
Dépôt légal : septembre 1997
444 pages, catégorie / prix : 139 FF
ISBN : 2-7436-0262-7   
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Au cours d'une exploration ethnologique, le philosophe Hilyer Fath et sa femme Althéa sauvent de la mort un garçon de six ans, Jaro. Jaro est traumatisé par un passé dont il ne parvient pas à se souvenir. Le couple adopte l'orphelin et le ramène sur le monde de Gallingale. Troublé par des réminiscences fragmentaires et par de curieux messages télépathiques, Jaro décide de parcourir l'espace pour découvrir le secret de ses origines.

     Ce n'est que le début d'une grande course à travers les étoiles où Jaro et Skirlet, sa charmante camarade qui rêve de devenir détective interstellaire, affronteront des périls variés et déjoueront complots et manigances pour enfin trouver les réponses à l'énigme qui obscurcit leur existence.

     Voici le retour très attendu d'un des plus grands maîtres vivants de la Science-Fantasy. Jack Vance est un visionnaire inimitable, un conteur de génie que son talent place au-delà des simples frontières du genre. Cet ancien marin a toujours vu les expéditions dans l'univers de la SF comme autant de traversées picaresques, à la découverte de cultures sophistiquées et de coutumes surprenantes. Situé dans l'univers vancien de l'Aire Gaïane, La Mémoire des Étoiles nous montre un auteur extraordinaire au mieux de sa forme, sans doute l'un des géants littéraires du XXe siècle.


    Sommaire    
1 - Notes, pages 442 à 443, Notes, trad. Arlette ROSENBLUM
 
    Critiques    
     Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son titre, et bien qu'il se déroule à l'intérieur de l'Aire Gaïane, cadre interstellaire d'une bonne partie des romans de Vance, La mémoire des étoiles n'est pas un space opera. De même, en dépit de l'intitulé de la collection 1, qui pourrait inciter les esprits naïfs ou simplement distraits à se tromper quant à la nature de certains passages relevant de l'ethnologie-fiction chère à cet auteur — comme par exemple le séjour de Maihac chez les Loklors — , il s'agit encore moins d'un roman de Fantasy. J'insiste sur ce point, car il n'est pas question ici de pinailler sur l'appartenance du livre à tel ou tel genre ou sous-genre, mais bel et bien de souligner une différence de démarche. Enfin, puisque j'en suis à faire un sort aux étiquettes, cet ouvrage ne peut pas non plus être qualifié de « néo-classique » ; l'ajout du préfixe « néo » me paraît en effet impliquer une notion de rupture suivie d'un retour aux sources. Or, La mémoire des étoiles s'inscrit dans la parfaite continuité de l'œuvre de son auteur — et, donc, d'une certaine tradition de la S-F américaine, héritière de l'esprit qui régnait dans le Galaxy des années 50 sous l'égide de H. L. Gold.

     Au cas où vous n'auriez pas compris, je veux dire par là que Jack Vance n'a , jamais oublié ce qu'était le sense of wonder, et que, s'il paraissait avoir un tantinet perdu la main avec le laborieux Throy 2, il semble avoir surmonté son handicap 3 et nous revient plus en forme que jamais. À quatre-vingts ans. Parfaitement.

     Au premier degré, La mémoire des étoiles suit à la lettre le schéma d'intrigue intitulé par Norman Spinrad The Emperor of Everything 4 : un adolescent vivant au bord de la civilisation découvre qu'il a un rôle crucial à jouer dans la bataille qui se prépare entre le Bien et le Mal, en général grâce à sa naissance ou ses super-pouvoirs — voire les deux. Naturellement, une fois qu'il est sorti vainqueur du combat, la princesse lui tombe dans les bras. Quel(s) que soi(en)t le(s) ouvrage(s) que vous pensez avoir reconnu(s), vous avez gagné. « Il est donc clair que nous nous penchons sur quelque chose de bien plus profond qu'une simple formule de fiction commerciale, un récit archétypal transculturel qui semble jaillir de l'inconscient collectif de l'espèce, de la source de toutes les histoires — et qui, en effet, comme l'ont affirmé certains, est même l'histoire archétypale, point 5. » Spinrad nuance un peu plus loin ce dernier point : non seulement le schéma de l'Héritier de l'Univers n'est que l'une des structures de base envisageables, mais il s'agit en outre d'une version « dégénérée » de la quête mystique du Héros aux Mille Visages. Je renvoie à son article ceux qui désirent en savoir plus à ce sujet.

     La manière dont Vance va progressivement détourner ce schéma indique à l'évidence qu'il l'utilise en toute connaissance de cause, Jaro n'est pas le fils de l'Empereur de l'Univers, mais celui d'un simple agent secret, et le Grand Méchant de l'histoire — superposable à Darth Vador comme au baron Harkonnen, entre autres — a agi mû par le seul intérêt. L'intrigue archétypale de l'Héritier de l'Univers débouche ici sur la mesquinerie la plus vile. Pour Vance, il y aura toujours des êtres humains qui chercheront à voler, escroquer, spolier ou dépouiller leur prochain. L'ombre de Dickens pointe le bout de son nez, mais le tout se déroule sur un ton de comédie légère, que servent avec bonheur des dialogues percutants et pleins d'humour. Quant à la belle princesse, elle est le produit d'une culture reposant... disons sur une forme bien particulière de snobisme 6 : Marie-Chantal dans le rôle de Leïa.

     L'Héritier de l'Univers fournit à Vance une structure solide — qui lui autorise toutes les digressions — , mais aussi une galerie de situations et de personnages fondamentaux qu'un auteur pour le moins chevronné comme lui n'a aucun mal à transposer ; le sourire qui flotte sur les lèvres du lecteur tout au long du livre est entretenu avec soin par une accumulation de savants décalages. Ainsi, au cadre cosmique s'oppose la petitesse morale de nombre de personnages secondaires.

     L'apparition et la disparition du frère de Jaro dans les dernières pages du livre, loin d'être un ultime rebondissement gratuit, constitue au contraire une concession directe au schéma de base ; il ne peut y avoir qu'un seul « Héritier de l'Univers », peut-être parce qu'il n'y a qu'une seule princesse à épouser. Tous ces détails — et bien d'autres que je n'ai pas la place de développer dans ces deux pages — montrent la lucidité avec laquelle le vieux maître manipule le récit à tous les niveaux, du plus profond au plus superficiel. Nous sommes ici en présence d'un écrivain au sommet de son art.

     Avec La Mémoire des Etoiles, Jack Vance prouve avec maestria que c'est dans les vieilles marmites que l'on fait les meilleures soupes. 7

Notes :

1. Ce qui était également le cas des Pêcheurs du Ciel, objet de cette rubrique dans le numéro précédent.
2. Qui concluait d'assez terne manière les plutôt moyennes Chroniques de Cadwal (Pocket).
3. Frappé de cécité, il est obligé de dicter ses textes.
4. In Science Fiction in the Real World (Southern Illinois University Press). S'il faut un équivalent français, je suggère L'Héritier de l'Univers, par ailleurs traduction du sous-titre allemand de la série Perry Rhodan (Der Erbe des Umversum) qui, est-il nécessaire de le signaler, repose également sur le schéma en question.
5. Clearly then, we are looking at something far deeper here than a commercial fiction formula, a cross-cultural archetypal tale that would seem to arise out of the collective unconscious of the species wherever stories are told, and that indeed, some have argued, is even the archetypal story, period. » Ibid. p, 151.
6. Les Clam Muffins, qui sont situés tout en haut de la pyramide sociale de Gallingale, le doivent à leur comporture — qui prend en compte les bonnes manières, une certaine forme de charisme, mais aussi le désir de s'élever socialement. Ce statut est indépendant de leur aisance financière. Vance décalque ici — en le détournant — le système indien des castes, où l'on peut être brahmane et pauvre.
7. À noter que cette chronique a été réditée quasi à l'identique en septembre 2003 dans le Bifrost HS Jack Vance.


Roland C. WAGNER
Première parution : 1/1/1998 dans Bifrost 7

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1999)


     À quatre-vingts ans passés, Jack Vance est toujours en pleine forme, comme ont pu le constater les participants à UTOPIA 98, au Futuroscope de Poitiers, l'écrivain y étant invité d'honneur. Cette forme se remarque dans ce dernier roman, fort intéressant. L'émerveillement qu'il découvrit à la lecture des sagas d'E.R.Burroughs s'y décèle toujours... Au chapitre 4 de la première partie, Jaro se voit contraint de tuer sa mère, menacée par un mystérieux personnage. Tout le roman découlera de cette scène initiale. Laissé pour mort après s'être enfui, Jaro sera recueilli par deux ethnologues qui l'adopteront et voudront l'amener à vivre une vie structurée et « normale ». Il grandira sur la planète de ses parents adoptifs, louvoyant entre les différentes classes sociales dominant cette planète, et n'ayant en tête que de devenir spationaute aux fins de (re)découvrir ses origines (sa mémoire ayant été « amputée » de ses souvenirs). Au cours d'un long récit palpitant, son père, Tawn Maihac, racontera tous les antécédents de sa terrible destinée, et le lecteur découvrira enfin toute l'histoire de Jaro. Jaro partira alors, emmenant avec lui son père et la jolie Skirl Hutsenreiter (de très haute lignée), pour assouvir sa vengeance dans les étoiles... À son habitude, Vance nous décrira de curieuses planètes, et des mœurs étranges (lire par exemple la magnifique description de la planète Nilo-May, ou l'amusante histoire de la planète Sofronilla). « À chaque port, nous découvrions de nouvelles couleurs bizarres, des odeurs étranges, des combinaisons de sons inattendues, une flore et une faune surprenantes, ainsi que des représentants de l'espèce humaine aux coutumes inhabituelles ». Tout Vance, l'« inlassable bourlingueur des étoiles » (J. Baudou), se retrouve dans cette phrase. Excellente parution donc, n'était la malencontreuse postface de Paul Rhoads, essayant de nous convaincre (pourquoi ?) que Jack Vance n'est pas un écrivain de SF. Longue vie à Jack Vance, cet extraordinaire journaliste raconteur, ce véritable Hérodote des étoiles !

Bruno PEETERS
Première parution : 1/3/1999
dans Phenix 50
Mise en ligne le : 3/11/2003


Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1999)


     Il y a déjà longtemps que l'appellation « Vance » est quasiment devenu un label de qualité garantissant des aventures interplanétaires, des personnages pittoresques, des cultures exotiques, des curiosités bio-ethnologiques, des considérations sociologiques ou culturelles, et toutes autres bonnes surprises...
     Il y a donc tout cela dans ce roman d'assez bon niveau, même s'il ne s'agit pas du meilleur ouvrage de l'auteur... Il faudra en effet avoir lu la moitié du volume pour que l'histoire trouve réellement son rythme. En dehors de quelques intéressantes digressions, la première partie ne fait que nous présenter mollement le personnage principal, qui grandit dans une société où l'arrivisme est la seule motivation, décrite de façon trop superficielle pour être vraiment passionnante.
     Il faudra donc attendre le récit de Tawn Maihac pour retrouver le ton alerte du Vance des bons jours. Cette seconde partie introduira en particulier le personnage le plus intéressant du livre, un homme dont la logique a été faussée par de nombreuses années de captivité. Ce personnage n'apparait malheureusement que vers la fin du roman, alors qu'on aurait pu souhaiter que le récit soit davantage centré sur lui.
     L'intrigue, assez simple, laisse un peu le lecteur sur sa faim, mais il s'agit néanmoins d'un space opera de bonne facture, que le style de l'auteur suffit à rendre agréable.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/1/1999
nooSFere
Mise en ligne le : 3/11/2003


Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1998)


     Enfant recueilli par un couple d'ethnologues alors qu'on le battait à mort, Jaro ne parvient à échapper , à ses cauchemars qu'au prix d'une abla tion partielle de la mémoire. Ses parents adoptifs se sont toujours refusés à lui révéler le nom de la planète où ils l'ont trouvé. Mais, hanté par des images et des voix qui le poussent à chercher ses origines, il embarque à bord d'un vaisseau spatial en compagnie de Skirlet et de son père biologique qu'il a retrouvé entre-temps. Ses pérégrinations le mènent jusqu'à sa lointaine planète natale où sa famille fut victime d'un complot ourdi par un personnage influent ayant détourné à son profit les recettes du commerce interplanétaire. Les rebondissements et coups de théâtre se succèdent comme au bon vieux temps des feuilletons du siècle dernier : Hector Malot n'est pas loin. Entre quête des origines et intrigue policière, cette trame usée n'est reprise par le prolifique faiseur de sociétés (plus que de mondes) que pour être enrichie de détails exotiques sur les modes de vie de groupes humains fort dissemblables. Le sujet importe moins que les occasions de philosopher en confrontant des cultures différentes, comme ici celle, impitoyable, basée sur la réussite, où il faut faire preuve de comporture (élan dynamique) et d'estrivage (mobilisation agressive de ses forces) pour gravir les marches de la pyramide sociale. La diversité et la fécondité dans la description psychologique et sociale ne servent pas qu'à faire rêver mais aussi à dispenser un message humaniste.

     C'est ce que tente de démontrer en postface Paul Rhoads dans un article dont l'intérêt est affaibli par trop de subjectivité et d'envolées dithyrambiques. Vance prend effectivement l'homme pour sujet et ses réflexions ne sont pas sans portée. Mais à trop vouloir rendre compte de la diversité il s'éparpille sans approfondir aucun thème en particulier. En cela, il est plus proche d'un La Bruyère ou d'un La Rochefoucauld que d'un Voltaire ou un Diderot : au lecteur de glaner les pépites qui parsèment ce foisonnant roman.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/12/1998
dans Galaxies 11
Mise en ligne le : 20/11/2008


 

 
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