Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Livre d'Or de la science-fiction : Frank Herbert

Frank HERBERT

Textes réunis par Gérard KLEIN



Illustration de Christian BROUTIN

POCKET (Paris, France), coll. Le Livre d'or de la science-fiction n° 5018
Dépôt légal : 1er trimestre 1978
416 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-266-00454-9   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
Sous le titre Le Prophète des sables   POCKET, 1978, 1989, 1995, 1998

    Quatrième de couverture    
     Frank HERBERT est né en 1920, aux Etats-Unis, à Tacoma, dans l'Etat de Washington. Il commence à publier de la science-fiction en 1952 dans Starling Stories. Le succès lui vient en 1955 avec la publication dans Astounding de son premier roman Under Pressure. La diversité de ses travaux de recherches — géologie sous-marine, botanique, psychologie, ethnologie — , la variété de ses expériences professionnelles (il fut successivement photographe, plongeur sous-marin, journaliste, psychanaliste) ne sont pas sans lien avec le relativisme généralisé qui s'exprime dans ses oeuvres majeures. Le roman à ce jour le plus célèbre de Frank Herbert, Dune, a obtenu en 1986 le prix Hugo. Il lui a donné deux suites : le Messie de Dune et les Enfants de Dune. Depuis la célèbre série Fondation d'Isaac Asimov (1942-1949), la science-fiction n'avait pas vu paraître de textes de cette importance.

    Sommaire    
1 - Gérard KLEIN, Une définition de l'univers, pages 7 à 34, Préface (lire ce texte en ligne)
2 - Opération Musikron (Nightmare Blues (Operation Syndrome)), pages 35 à 109, Roman, trad. Dominique ABONYI
3 - Le Syndrome de la Marie-Céleste (Mary Celeste move), pages 111 à 124, trad. Dominique ABONYI
4 - L'Effet M.G. (The GM effect), pages 125 à 145, trad. Dominique ABONYI
5 - Forces d'occupation (Occupation force), pages 147 à 154, trad. Dominique ABONYI
6 - Les Primitifs (The Primitives), pages 155 à 202, trad. Christian MEISTERMANN
7 - Vous cherchez quelque chose ? (Looking for Something ?), pages 203 à 221, trad. Dominique ABONYI
8 - Passage pour piano (Passage for Piano), pages 223 à 259, trad. Dominique ABONYI
9 - Semence (Seed Stock), pages 261 à 283, trad. Dominique ABONYI
10 - L'Œuf et les cendres (Egg and Ashes), pages 285 à 297, trad. Dominique ABONYI
11 - Chant nuptial (Mating call), pages 299 à 324, trad. Dominique ABONYI
12 - Étranger au paradis (Escape Felicity), pages 325 à 358, trad. Dominique ABONYI
13 - La Bombe mentale (The Mind Bomb), pages 359 à 392, trad. Pierre BILLON
14 - (non mentionné), Bibliographie de Frank Herbert, pages 393 à 397, Bibliographie

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Jacques Goimard & Claude Aziza : Encyclopédie de poche de la SF (liste parue en 1986)

 
    Critiques    
     LES COMPLOTS DE L'UNIVERS

     Coïncidence significative — et qui prouve bien que les Grands Galactiques sont parmi nous — le numéro de mai de Science & Vie semble dédié presque tout entier à Frank Herbert, comme pour saluer ce Livre d'or. Plusieurs nouvelles de cette anthologie sont axées sur la biologie ou la génétique qui jouent un rôle essentiel dans son excellent roman, La ruche d'Hellstrom (Ed. Albin Michel), prix Apollo 1978. Les deux premiers articles de Science & Vie n° 728 sont consacrés à l'ingénierie génétique et aux phénomènes de régression cellulaire dans le cancer.
     La nouvelle, L'effet M.G., traite de la mémoire génétique. Un article de Science & Vie est intitulé « La matière garde le souvenir de son passé ». Beaucoup d'œuvres d'Herbert ont pour cadre des planètes lointaines et parfois la galaxie entière. Dans S. & V., Alexandre Dorozynski fait le point sur « la colonisation de l'espace ».
     Gérard Klein écrit dans sa préface : « Et le seul problème métaphysique qui subsiste alors et qui relève de la cosmogonie, c'est de comprendre pourquoi à l'origine l'univers s'est différencié, pourquoi il a commencé d'exister tant de particules élémentaires préludant à des arrangements plus complexes, » (p. 27). Charles-Noël Martin pose aussi la question et tente d'y apporter un commencement de réponse dans l'article : Le nombre d'or de l'univers 1040.
     On pourrait continuer le parallèle avec l'article sur « l'homme le plus profond du monde » (Frank Herbert a été plongeur sous-marin) et celui sur le musée de la photo (Frank Herbert a été photographe)... Curieux, curieux. Je vois deux explications possibles. Selon Gérard Klein, « ... les héros de Frank Herbert manifestent (...) l'impression d'être pris dans une machination, dans un complot sans fin (...) : chaque moment de l'action, chaque étape de l'analyse de leur situation dévoile une nouvelle strate de rouages, de manipulations et de déterminations, » (p. 24). Il est vrai que l'univers tout entier semble souvent conspirer avec ou contre les personnages de Frank Herbert. Peut-être y a-t-il un complot de l'univers autour de l'auteur lui-même...
     Il existe aussi, sans doute, une explication relevant de la logique la plus banale : Frank Herbert, en tant qu'homme et en tant qu'écrivain, a toujours été profondément engagé dans la vie, les recherches et les rêves de son temps. La technique, la science et la spéculation contemporaines n'ont cessé d'alimenter son œuvre, qui est le reflet lointain de nos interrogations. Dans n'importe quel numéro de n'importe quelle revue de vulgarisation actuelle, on trouvera les sujets qui ont inspiré Herbert ou qui ont occupé sa vie à un moment ou à un autre.
     Les nouvelles rassemblées par Gérard Klein sont presque toutes passionnantes. Mais elles n'ont pas tout à fait, comme le remarque l'anthologiste, la force des grands romans d'Herbert, Dune, L'étoile et le fouet, La ruche d'Hellstrom... Plus que nul autre, cet écrivain a besoin de beaucoup d'espace-temps pour s'épanouir. Sa plus grande œuvre est aussi la plus grosse : Dune. Ici, la meilleure nouvelle est également la plus longue : Opération Musikron. Sur soixante-douze pages, le récit n'atteint son niveau normal d'intensité qu'après trente pages environ.
     Le syndrome de la Marie-Céleste et L'effet M. G. sont des « nouvelles d'idées », assez typiques de Frank Herbert : elles ne sont pas fondées sur l'invention (et surtout l'invention gratuite) mais sur un effet surprenant, quoique logique, de phénomènes connus ou admissibles. Forces d'occupation et Les primitifs font la part belle à l'humour. Ce n'est peut-être pas le point fort de l'auteur : pas de quoi fouetter une étoile. Vous cherchez quelque chose est un texte pré-dickien, de 1942. Une des meilleures réussites de Frank Herbert sur courte distance. Passage pour piano est la plus humaine, la plus émouvante : elle évoque Ursula Le Guin ; elle nous donne à regretter qu'Herbert, qui a certainement été un psychologue chaleureux, se laisse trop souvent emporter par un intellectualisme desséchant. Semence est une belle histoire écologique et humaniste. L'œuf et les cendres est presque le synopsis d'une nouvelle ; la mise en forme accélérée de réflexions sur l'un de ces sujets qui passionnent Herbert, la mémoire génétique. Mais son Siukurnin, juste esquissé, n'est pas tout à fait convaincant. Chant nuptial appartient à la veine de l'ethnologie non-humaine, qui a inspiré à Frank Herbert son admirable roman L'étoile et le fouet (Ed. Robert Laffont). Etranger au paradis et La bombe mentale relèvent de thèmes très classiques, dans lesquels Herbert sait introduire « l'inquiétante étrangeté ». Mais ces deux textes manquent un peu d'émotion.
     L'ensemble des nouvelles réunies dans cette anthologie est fortement colorée par l'expérience personnelle et professionnelle de Frank Herbert, par ses goûts et ses passions, avec trois dominantes : la psychologie, l'ethnologie et la musique... la musique qui n'adoucit pas toujours les mœurs des personnages mais donne souvent un supplément d'âme à un art quasi gnostique.
     Gérard Klein écrit en conclusion de sa préface : « Elle (l'œuvre de Frank Herbert) nous révèle un avenir peu réjouissant mais pour nous dire après tout que nous y vivons déjà, et comme fait l'œuvre d'Ursula Le Guin, qu'en tant qu'espèce nous y survivrons, » (p. 32). La lecture des revues techniques et scientifiques mène à une conclusion analogue.

Michel JEURY
Première parution : 1/6/1978 dans Fiction 291
Mise en ligne le : 9/7/2010


[Critique commune aux trois recueils de nouvelles Champ mental, Les Prêtres du Psi et
Le Livre d'Or de Frank Herbert]

     A l'instar de nombreux auteurs américains, Frank Herbert a débuté en écrivant des nouvelles, une part de son œuvre éclipsée par les grandes sagas pour lesquelles il est plus connu sous nos longitudes : le cycle de « Dune », le « Programme conscience » (en collaboration avec Bill Ransom), le « Bureau des sabotages », autant de romans régulièrement réédités promus au rang de classiques de la science-fiction.

     A la lecture des trois recueils rassemblant les nouvelles d'Herbert dans l'Hexagone, on oscille entre la nostalgie et la jubilation. Un peu d'irritation aussi, car il faut confesser que certaines histoires sont un tantinet ternes, pour ne pas dire ennuyeuses. Sans doute accusent-elles leur âge. De fait, les textes semblent relever de deux catégories distinctes : des nouvelles légères, parfois malignes, teintées d'humour mais percluses de clichés SF old school, et des textes d'une consistance bien plus satisfaisante, portant en germe les thèmes majeurs de l'auteur américain.

     Parmi les nouvelles du premier type, retenons-en neuf. Dans le recueil Champ mental, « Martingale » attire l'attention par son atmosphère rappelant The Twilight Zone. Un couple de jeunes mariés égarés dans le désert y fait l'inquiétante expérience d'un hôtel destiné à guérir définitivement les parieurs invétérés. Amusant et sans prétention. Texte plus ancien, « Chiens perdus » suscite des réminiscences simakiennes. Ici, l'Humanité doit faire face à une épidémie mortelle pour la race canine. Une maladie se transmettant par les caresses... Pour sauver le meilleur ami de l'homme, devra-t-on transformer son génome ?

     Dans le recueil Les Prêtres du Psi, on ne peut faire l'impasse sur l'hilarante nouvelle « Les Marrons du feu », texte que l'on pourrait sous-titrer « Rencontre du troisième type chez les ploucs », et sur « Le Rien-du-tout », histoire de mutants dont le dénouement n'est pas sans évoquer les méthodes de sélection génétique du Bene Gesserit.

     Reste Le Livre d'or. L'ouvrage étant censé rassembler une sélection des meilleures nouvelles de Frank Herbert, on peine à opérer un second tri. Bien sûr, on ne peut pas passer outre « Vous cherchez quelque chose ? », premier texte de science-fiction de l'auteur. A découvrir au moins pour sa dimension patrimoniale. « Opération Musikron » et « Etranger au paradis » se laissent lire sans déplaisir. La première nouvelle décrit une épidémie de folie, mal auquel le personnage principal doit apporter un remède dans les plus brefs délais. La seconde imagine une explication au paradoxe de Fermi pour le moins pessimiste. Toutefois le meilleur de l'auteur se révèle à la lecture de « Semence » (au sommaire du présent Bifrost) et de « Passage pour piano ». Ces deux récits conjuguent l'exigence et la réflexion. Ils font le lien avec ses thématiques plus personnelles, comme l'écologie et la rareté.

     Avec « Champ mental », « Les Prêtres du Psi » (dernière partie du roman Et l'homme créa un dieu), « L'Œuf et les cendres », « Délicatesses de terroristes » et « La Bombe mentale », on attaque le noyau dur de l'œuvre de Frank Herbert. La plupart de ces nouvelles constituent en quelque sorte la matrice des romans et fresques romanesques à venir. Difficile de ne pas comparer la société religieuse de « Champ mental » au Bene Gesserit, du moins pour certaines de ses pratiques de contrôle. Le rejet de toutes les passions grâce à un conditionnement draconien et la condamnation du changement nourrissent ce parallèle. Ce texte montre que pour Herbert, les gouvernants cherchent toujours à écraser les gouvernés, souvent pour les meilleures raisons du monde. Un objectif partagé par les pouvoirs politique et religieux, deux faces du même totalitarisme, l'un agissant par l'entremise de la bureaucratie et l'autre sous couvert de mysticisme. Dans ce cadre, l'individu ou le groupe social, par sa soumission, son adaptation ou sa rébellion, interagit avec le tyran ou ses sbires. Et chacun essaie de s'aménager sa propre niche, qu'elle soit écologique ou sociétale, guidé par son inconscient, le désir de connaissance ou plus simplement ses pulsions vitales. Un chaos potentiel dont semblent être conscients les prêtres de la planète Amel, lieu saturé par les émanations psi des fidèles de tous les cultes de l'univers connu. En secret, ils échafaudent un projet d'une ampleur cosmique : « Nous voulons semer les graines de l'autodiscipline partout où elles pourront germer. Mais pour cela, il nous faut préparer certains terrains fertiles. » Un plan partageant une certaine parenté avec celui suivi par les Révérendes Mères.

     « Délicatesses de terroristes » apparaît comme le galop d'essai de Jorj McKie, personnage que l'on retrouvera ensuite dans les romans L'Etoile et le fouet et Dosadi. L'agent du Bureau des sabotages doit ici protéger contre lui-même l'organisme qui l'emploie. Juste retour des choses pour une organisation ayant la charge de réguler la bureaucratie et le pouvoir politique par le sabotage délibéré, ceci afin d'éviter la tyrannie.

     De despotisme doux, il est question dans « La Bombe mentale ». Dans cette nouvelle, une sorte d'ordinateur géant, la « Machine Suprême », préside au destin des habitants de Palos. La Machine élimine tous les conflits, bridant en même temps la liberté d'agir, d'inventer et d'évoluer des hommes. Une parfaite contre-utopie pour Frank Herbert, et sa plus grande crainte pour le futur.

     Au final, les nouvelles de Frank Herbert offrent comme un complément à ses romans et sagas. Une lecture utile à la condition d'opérer un tri entre le franchement dispensable, l'amusant et ce qui apparaît comme le cœur de son œuvre.

Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2011 dans Bifrost 63
Mise en ligne le : 19/2/2013


 

Dans la nooSFere : 62672 livres, 58995 photos de couvertures, 57163 quatrièmes.
7958 critiques, 34395 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.