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En remorquant Jéhovah

James MORROW

Titre original : Towing Jehovah, 1994
Science Fiction  - Cycle : Jéhovah (La Trilogie de)  vol.

Traduction de Philippe ROUARD
Illustration de Matthieu BLANCHIN
J'AI LU, coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 3910, dépôt légal : novembre 1995
448 pages, catégorie / prix : 6, ISBN : 2-277-23910-0

Couverture

    Quatrième de couverture    
     James Morrow
     Né à Philadelphie en 1947. Critique littéraire, scénariste, il publie son premier roman en 1981 (Le vin de la violence, « le meilleur roman de S-F publié en anglais au cours des dix dernières années », selon l'American Book Review). Notre mère qui êtes aux cieux (J'ai lu, n° 3131) a obtenu le World Fantasy Award.

     L'annonce en fut faite au capitaine Anthony Van Horne le jour de son cinquantième anniversaire. L'archange Gabriel se tenait devant lui, ailes lumineuses, auréole clignotante : « Dieu est mort. Il est mort et Il est tombé dans la mer ».
     Mission du capitaine : aux commandes du supertanker Valparaiso, remorquer le divin Corps (trois kilomètres de long) des eaux équatoriales jusqu'aux glaces de l'Arctique, pour Le préserver des requins et de la décomposition. Là-bas, sur la banquise, les anges Lui ont construit un tombeau...
     Oui, mais ça n'arrange personne, cette histoire. Ecologistes et féministes s'en mêlent. Le Vatican aimerait éviter toute publicité — on le comprend ! Bref, ils sont plus d'un à vouloir enterrer l'affaire, c'est-à-dire couler le Valparaiso... et sa précieuse cargaison !


    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 1996
World Fantasy, roman, 1995
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition AU DIABLE VAUVERT, (2000)


     Pour sa première publication, Au diable Vauvert a fait le choix d'une maquette particulièrement déroutante : des couleurs vives et agressives, un cadrage bancal, un diablotin malicieux qui semble ne pas vouloir tenir en place... Au premier abord, l'objet surprend. Mais passé le premier choc, lorsqu'on tient l'ouvrage en main, que l'œil s'habitue et qu'on laisse de côté ses préjugés, force est de constater que ce choix est payant. Car l'objet s'impose au point qu'il ne paraît plus guère possible d'imaginer le roman de Morrow sous un autre emballage. L'éditeur a parié pour l'audace, et on ne peut que l'encourager à poursuivre dans cette voie, qui sort des sentiers battus et rafraîchit notre regard.

     D'autant que ce roman méritait un traitement spécial  ! En remorquant Jéhovah est en effet un texte iconoclaste, qui marque définitivement le lecteur et qui s'impose d'emblée comme une œuvre littéraire majeure du vingtième siècle. Pas moins  !

     Son argument est d'une redoutable simplicité : les archanges annoncent à quelques individus choisis que Dieu est mort et que son corps – à l'image de l'homme, mais long de trois kilomètres pour un poids de sept millions de tonnes – dérive en pleine mer. Le Vatican, souhaitant taire cette information encombrante, organise une expédition pour convoyer le Corpus Dei jusque dans l'Arctique, où un iceberg lui servira de tombeau...
     Dans la forme, En remorquant Jéhovah est donc avant tout un roman d'aventures maritimes dans la lignée d'un Melville ou d'un Conrad. Les hommes y sont confrontés aux éléments pour mieux affronter leur propre nature. Tempête, mutinerie, naufrage, toutes les péripéties classiques de ce genre littéraire seront revisitées, avec cependant une différence de taille  : l'incroyable enjeu de ce voyage...

     Car nous sommes entrés dans l'an 1 de l'après-Dieu  ! Pour l'équipage du Valparaiso, qui comprend des hommes d'église comme des athées, l'existence de Dieu ne fait plus de doute, mais sa mort non plus. Comment supporter cette double révélation  ? Le sens moral a-t-il disparu avec Dieu  ? Avons-nous gagné une liberté totale  ? Et comment expliquer que Dieu soit mort  ?
     Pour Carrie Fowler, la rationaliste, cette révélation comporte un élément encore plus inacceptable  : Dieu est indubitablement du sexe mâle  ! A l'heure où les femmes parviennent à peine à se dégager de siècles de domination patriarcale, elle doit donc détruire cette preuve tangible d'une possible suprématie masculine.

     Commence alors le calvaire du corps divin, qui aura bien du mal à trouver le repos. Avec une réjouissante férocité, Morrow fait subir les pires tourments au cadavre  : les requins le grignotent, on danse nu sur son nombril – mais Dieu peut-il avoir un nombril  ? – , on le bombarde, ou encore on découpe dans sa chair les hamburgers d'une étrange eucharistie...
     Et ceci ne donne qu'un petit aperçu de l'irrévérencieuse malice de l'auteur. Aux aventures maritimes et à la réflexion philosophique s'ajoute en effet une dimension satirique qui demeure au premier plan tout au long du roman. L'ironie mordante cède même parfois le terrain à la farce débridée et truculente, notamment avec les personnages de Flume et Pembroke, deux allumés totalement obsédés par les reconstitutions grandeur nature des batailles du passé, qui se lancent à l'assaut de ce qu'ils croient être un golem nippon...

     L'habileté de Morrow consiste à parfaitement articuler ces éléments. L'humour n'empêche pas les personnages d'être humains et consistants, la satire n'empêche pas la profondeur du questionnement métaphysique et la philosophie ne casse pas le rythme des aventures.
     Par ailleurs, si ce roman peut superficiellement paraître blasphématoire, il ne contient pas de véritable critique de la foi. Le dénouement, qui dévoile enfin pourquoi Dieu est mort, devrait même au contraire pouvoir être accepté par tout croyant.

     En remorquant Jéhovah est donc une œuvre majeure et inoubliable, pétillante d'intelligence et d'humour, qui donne l'irrésistible envie de se précipiter sur le second tome de la trilogie de Jéhovah – Le jugement de Jéhovah – où Dieu sera cette fois convoqué devant une cour internationale de justice pour répondre de l'accusation de crimes contre l'humanité  !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/11/2000
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Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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