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Futur intérieur

Christopher PRIEST

Titre original : A Dream of Wessex / The Perfect Lover, 1977

Traduction de Bernard EISENSCHITZ

CALMANN-LÉVY, coll. Dimensions SF n° (25)
1er trimestre 1977
272 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-7021-0180-1
Format : 14 x 21 cm  
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Ils étaient trente-neuf, hommes et femmes, couchés dans les tiroirs de ce qu'ils nommaient la « morgue  », dans des sous-sols de Maiden Castle. Plongés dans un sommeil hypnotique, ils rêvaient ensemble l'avenir. Leurs visions réunies constituaient la projection d'une Angleterre future où le Wessex était devenu une île, où le pays était divisé en soviets.
     Dans l'univers projeté, chacun réalisait ses désirs secrets  ; certains personnages n'avaient d'existence que dans cet univers second. Pour les participants du projet Wessex, le futur intérieur devenait peu à peu l'unique réalité.
     Puis un intrus vint bouleverser le jeu en créant un rêve dans le rêve. Passé, présent, avenir s'emboîtaient comme les pièces d'une poupée russe. Et le monde éclata.
     Révélé par Le Monde inverti, Christopher Priest confirme avec ce nouveau roman toute l'originalité de son talent et nous offre, une fois de plus, un fascinant voyage parmi les incertitudes du réel.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    

     Révélé par le Monde inverti (paru dans la même collection en 1975 et tout récemment réédité chez J'ai Lu), quelque peu décevant dans ses deux romans suivants (le Rat blanc, Futurama, et surtout la Machine à explorer l'espace. J'ai Lu), ce jeune auteur anglais confirme cette fois qu'il a sa place à côté de l'Américain Philip K. Dick et du Français Michel Jeury parmi les grands explorateurs des confins de l'imaginaire et du réel. L'habile titre français le montre bien : c'est un avenir qui, au lieu d'être conçu par le seul auteur, est rêvé par ses personnages collectivement ; le titre original, Future Perfect (jeu de mot grammatical très semblable), insiste davantage sur l'aspect utopique, idyllique, de cette création ; il y a enfin un « titre pour l'Angleterre », A Dream of Wessex, qui rattache cette Angleterre future à la tradition : le Wessex, c'est l'ancien royaume saxon du bon roi Alfred, qui, contrairement à l'Essex et au Sussex, n'est pas devenu un comté, sinon dans les romans bucoliques et anti-modernistes de Thomas Hardy. Ici, le Wessex est devenu une île, et il y fait bon vivre, en marge de l'Angleterre soviétisée : mais un salaud trouble la fête. Des personnages très vivants (même lorsqu'ils ne sont que des projections), un cadre très bien vu (même lorsqu'il est subjectif), une intrigue qui captive d'un bout à l'autre : mêmes qualités que dans The Inverted World. Même défaut aussi (cf Fiction 258) : quelques failles logiques (discernables seulement si l'on s'arrête pour réfléchir) dans le développement de l'audacieux postulat.

George W. BARLOW
Première parution : 1/7/1977 dans Fiction 282
Mise en ligne le : 1/4/2012

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2006)


     Il y a forcément un risque à relire longtemps après un auteur, une œuvre, que l'on a beaucoup aimé. Confronter l'œuvre au souvenir qu'on en garde n'est pas un pari gagné d'avance, mais c'est bel et bien cette épreuve qui détermine ce qui en vaut la peine ou non. Dans bien des cas, le charme n'agit plus. Avec les années, un lecteur, fut-il critique, évolue, mûrit, et nombre d'œuvres souffrent de ce regard par-delà le temps. On peut voir apparaître là une ligne de démarcation séparant le bon grain de l'ivraie.

     Il y a une vingtaine d'années, au milieu du corpus d'auteurs comprenant Keith Roberts, J. G. Ballard, Frank Herbert, John Brunner, Thomas M. Disch, Norman Spinrad, Ian Watson ou Barry N. Malzberg, je découvrais Christopher Priest avec ce Futur intérieur, l'un des fleurons de l'éblouissante collection « Dimensions SF » que dirigea Robert Louit chez Calmann-Lévy. Ce livre devait intégrer le « top 12 » de mon panthéon personnel. Cette relecture ne l'a bien entendu pas évincé, tout au contraire.

     Dès les premières lignes, où « the Tartan Army » devient « Armée Républicaine Ecossaise », sur le modèle de l'IRA, au lieu d' « Armée Ecossaise », on voit que la traduction de Bernard Eisenschitz de 1977 a été revue à l'occasion de cette quatrième édition chez Folio « SF ». Une chose est sûre : cette révision améliore et fluidifie le texte français d'agréable façon.

     On le sait, Priest aime jongler avec la perception de la réalité qu'ont ses personnages. « Le Monde du temps réel », eXistenZ — novelisation du film de Cronenberg — , Les Extrêmes et bien sûr Futur intérieur sont autant d'excellentes illustrations de ce qui fait de Priest le meilleur héritier de Philip K. Dick. L'une des plus notables différences entre l'Américain et le Britannique tient à ce que chez ce dernier, les réalités alternatives sont élaborées, construites. Il y a rationalisation de l'altération de la réalité. Tout comme dans Les Extrêmes, eXistenZ renvoie vers l'univers cyberpunk des jeux neuro-vidéos, tandis que « Le Monde du temps réel » et Futur intérieur sont des expériences. Chez Dick, le délitement de la réalité tombe sur l'anti-héros comme une fatalité dont les tourbillons l'emportent, mettant son intégrité psychique en porte-à-faux. Le personnage priestien, lui, s'aventure dans l'altérité poussé par des motivations très humaines. Ainsi Julia Stretton se réfugie-t-elle en Wessex dans une stratégie de fuite ; dans Les Extrêmes, il s'agit de faire un deuil difficile. Dans une interview récente, Christopher Priest dit qu'il écrit des histoires où « il y a des gens à qui il arrive des choses » (Bifrost n°39). Ces choses ne sont pas tant de nature science-fictives que les révélateurs d'une crise de la vie. En cela, Priest est très proche de la littérature générale et se donne les mêmes situations à traiter. L'élément science-fictif devient alors un mode de traitement qui accentue la mise en relief de la situation. L'histoire d'une femme qui cherche à faire le deuil de son mari, ce n'est pas de la S-F ; une autre qui cherche à se reconstruire à l'abri d'un ex à la personnalité dévastatrice non plus. Lire ce Rêve de Wessex (A Dream of Wessex étant le titre original anglais de Futur intérieur) selon une approche exclusivement spéculative, comme s'il devait offrir une vision du monde originale, quoique avec un angle inédit, ce n'en serait pas moins manquer l'essentiel. La projection — 39 participants projettent un rêve collectif orienté où le Wessex (Devon, Dorset, Wiltshire, Cornouailles), qui n'a d'existence que mythique par opposition aux autres royaumes de l'Est (Essex) et du Sud (East Sussex et West Sussex), est une île — est une spéculation où l'Angleterre est soviétique et le monde plongé dans une stase technologique. L'accroissement entropique semble y avoir cessé. Force est d'admettre que cette Angleterre soviétique douce et agréable, océanique, n'est ni très pertinente, ni très intéressante, comme si Priest avait tenu à souligner que l'essentiel n'est pas là. L'intérêt du Wessex, celui que Julia lui trouve, est de lui permettre de se ressourcer ; mais n'est-ce pas elle, entre autres, qui le projette ? « Le Wessex était réel... C'était la réalisation d'un désir inconscient, une extension de sa propre identité qui l'embrassait totalement ; le parfait amant », qui donne son titre à l'édition américaine du roman : The Perfect Lover (fin du chapitre 17). Ce « futur intérieur », rêvé par 39 participants, est une métaphore du monde tel qu'il est rêvé par six milliards de participants, dont un bon nombre de Paul Mason, tous n'ayant pas la même influence, certaines pouvant se révéler délétères ; les motivations personnelles rejaillissant sur le collectif.

     Le titre français, davantage conceptuel, ne rend peut-être pas aussi bien compte de l'importance de l'humain dans le roman que le titre américain. Et c'est cette importance accordée à l'humain qui fait la qualité des romans de Christopher Priest, leur pertinence, car ils parlent à chacun d'entre nous. Ils ne parlent pas tant d'un aspect que d'invariants humains. C'est là où l'on retrouve cette dimension autobiographique diffuse qui naît de son interrogation d'auteur sur ce qui arrive à ses personnages dans la situation où ils les a placés.

     Futur intérieur est de ces romans remarquables qu'il faut découvrir ou relire et ne manquer sous aucun prétexte, car c'est ce genre de livre rare qui, entre autres, vous permet d'ouvrir les yeux sur vous même et vous invite à vous demander quel Wessex vous voulez rêver.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2006
dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 9/4/2007


Edition GALLIMARD, Folio SF (2006)


     En 1985, trente-neuf individus enfermés dans une machine rêvent d'un futur idéal où les famines, les guerres, la pollution et tous nos problèmes contemporains sont résolus depuis longtemps. Cette expérience devrait permettre l'étude des solutions qui ont conduit à un tel équilibre...

     Mais cet avenir alternatif situé en 2135 se révèle une retraite idéale, un lieu paisible et sûr où les participants aiment à s'évader, comme Julia qui y trouve un refuge rassurant après une relation sentimentale traumatisante ou comme David qui s'y est perdu depuis deux ans. L'hypnotique « langueur ordonnée » de cette simulation plus vraie que nature les détourne de leur objectif initial, au point qu'ils se contentent de profiter sereinement de cette nouvelle vie correspondant mieux à leurs aspirations profondes. Car si l'extrapolation consciente de la projection est prédéterminée, la nature inconsciente du paysage échappe à tout contrôle, de même que les rôles attribués aux personnages dans cet avenir souriant reflètent plus leurs désirs enfouis que leurs réelles qualifications. Mais quand l'un deux meurt dans la projection, l'ex-compagnon de Julia ressurgit. Sa personnalité dévastatrice ne risque-t-elle pas de déstabiliser leur paradis virtuel ?

     Même avec le recul, on peut s'étonner du futur idéal imaginé par Priest en 1977, sans doute fort différent de celui dont rêvent les britanniques depuis cette date. Une Europe sous domination soviétique et des États-Unis musulmans : voilà le surprenant nouvel ordre mondial qui a généré cet âge d'or paisible et prospère... Le paradis se situe plus précisément dans le Wessex, devenu une île isolée de l'Angleterre. Les rêveurs, qui ne conservent aucun souvenir de leurs vies antérieures, s'y regroupent en une communauté où la nudité est de règle et où l'on vit d'artisanat, en fabriquant, par exemple, des surfs motorisés dont raffolent les touristes venus affronter la fameuse vague qui constitue la principale attraction du coin. Une vie de rêve...

     Réalités alternatives et interchangeables, paysages mentaux, questionnement sur la mémoire et son influence ambiguë sur les événements, exploration des besoins insatisfaits de l'inconscient, réflexion sur les enjeux et les mécanismes de l'Histoire... Priest défriche inlassablement les mêmes territoires depuis ses premiers récits. Futur intérieur possède toutes les qualités des meilleurs romans de l'auteur, à commencer par une écriture d'une précision implacable. Un chef-d'œuvre au même titre que le cycle de L'Archipel du rêve, que Le Prestige ou encore que La Séparation, roman tout récemment couronné par le Grand Prix de l'Imaginaire 2006.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 9/2/2009


Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (1980)


 
     DANS QUELLE REALITE ?

     Avec Priest, le terme de critique ne peut avoir que des nuances péjoratives. Car je ne peux en parler que pour le couvrir de louanges... Je n'ai lu pourtant que deux romans de lui : Le monde inverti (J'ai Lu 725 — indispensable !) et Futur intérieur. Mais comment ne pas admirer la maîtrise du style, la profondeur des personnages, le naturel des dialogues et des situations... C'est cela qui est le plus frappant : à aucun moment on n'est tenté de se dire : « là, c'est un artifice de roman ». Tout a l'air vrai, du moindre brin d'herbe au plus discret regard.
     Pourtant, le thème de Futur intérieur est des plus éculés — et des plus dangereux à traiter : la réalité et l'illusion, la « projection » d'un univers mental. Thème courant s'il en est. Et dangereux, vu les chefs-d'œuvre du genre : Simulacron 3, Le dieu venu du Centaure, Les singes du Temps... et Futur intérieur. Qui les rejoint et les transcende.
     L'histoire est très simple (et n'a, soit dit en passant, qu'un lointain rapport avec la 4e de couverture) : en 1985, une équipe scientifique vivant en communauté dans un vieux château du Dorset entame une expérience de projection mentale, dans le but de « créer » un avenir possible, de le vivre et d'en tirer quelques réponses aux questions que pose le présent. Tous vivent tranquillement dans ce Wessex idyllique et imaginaire, touristique, insulaire depuis 2100 et contrôlé par l'URSS... jusqu'à la découverte insupportable de David Harkman en projection, jusqu'à l'arrivée de Paul Mason, qui fut jadis l'« ami » de Julia Stretton et qui a brisé sa vie... Il continuera de la réduire en miettes, jusque dans la projection et malgré David Harkman — brisant ce fragile équilibre de 38 consciences/inconsciences soudées dans/pour cet univers onirique et quiet. Les émotions, les sentiments interfèrent de plus en plus sur l'objectivité scientifique — sur la réalité de l'expérience — sur la réalité tout court...
     Mais raconter une histoire est une chose, et la vivre en est une autre. Priest a vécu son histoire comme il nous l'a fait vivre — il fut réellement, dans ce Wessex imaginaire, dans la peau de Julia Stretton... dans quelle réalité ?
 

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/2/1980
dans Fiction 306
Mise en ligne le : 19/7/2009


 

 
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