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La Guerre éternelle

Joe HALDEMAN

Titre original : The Forever War, 1975

Cycle : La Guerre éternelle vol.

Traduction de Gérard LEBEC
Illustration de Jacques BELLENGER

OPTA , coll. Anti-mondes n° 28
Dépôt légal : 4ème trimestre 1976
256 pages
ISBN : 2-7201-0078-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Au début des années 90, dans la constellation du Taureau, un astronef de colons terriens a été détruit par un ennemi inconnu.
     La Société de Colonisation est alors devenue l'Armée d'Exploration des Nations Unies.
     La guerre a commencé ainsi.
     En 1996, l'Acte de Conscription des Elites est voté, provoquant la levée du contingent le plus « choisi » de l'histoire de la guerre.
     Deux ans plus tard, le soldat William Mandella, frais émoulu de l'Université, se retrouve pataugeant dans la gadoue avec cinquante hommes et cinquante femmes sélectionnés parmi les génies de la planète.
     Ainsi commence son histoire.
     Celle d'une campagne dans l'espace et le temps, celle du plus absurde des conflits entre deux races qui n'ont d'autre point commun que leur agressivité, leur méchanceté, leur fondamentale bêtise.
     Joe Haldeman, pour ce roman désenchanté, cette odyssée antimilitariste déployée sur des millénaires, a reçu le PRIX NEBULA 1976 décerné par les écrivains et les critiques de science-fiction au meilleur roman de l'année.

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1976
Locus, roman, 1976
Nebula, roman, 1975

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
 
    Critiques    

     Qui aurait prévu que ce jeune Américain réussirait le prestigieux doublé (prix Nebula et Hugo) lorsqu'il rendit visite à la Dauphinition (ça sonne mieux que Grencon, non ?) en juillet 1974 avec sa charmante épouse ? Son nom évoquait plus le Watergate que la SF, et bien peu avaient remarqué ses quelques nouvelles parues dans GALAXIE : le Temps démantelé (n° 104), 26 jours sur la Terre (n° 114), la Leçon du pouvoir (n° 118)... Depuis, marqué apparemment par le Viet-Nam, il a plus ou moins fait sa spécialité de la guerre : Notre unique guerre (n° 134), la Guerre personnelle du soldat Jacob (n° 140). The Forever War, c'est l'anti-Star Troopers (Etoiles, garde à vous ! J'AI LU n° 562), parce que le héros est antimilitariste et que la guerre de mille ans contre des Taurans est absurde ; et aussi parce que les préjugés militaires actuels ne sont pas transposés tels quels, mais s'adaptent : par exemple, les brigades sont mixtes puis homosexuelles. Mais Haldeman ne prend pas le contrepied de Heinlein systématiquement, avec hargne et simplisme, comme l'auraient fait certains jeunes loups bien de chez nous : bon gré mal gré, ses personnages « rempilent », et défendent leur peau ; la plus grande attention est portée au réalisme des réactions humaines comme des détails techniques (même la fantastique hypothèse de l'utilisation des « trous noirs » pour se déplacer en un temps record d'un bout à l'autre de l'univers n'est pas sans garants scientifiques). Et puis, il y a des aperçus sur l'avenir de l'humanité, philosophiques autant qu'historiques, qui donnent au mot « forever » autant d'importance qu'au mot « war » : le temps, qui amène des transformations dignes de Stapledon (l'Homme unique en des milliards de corps), ramène aussi de vieilles lunes (le combat à l'arme blanche, le « tu enfanteras dans la douleur ») ; ce n'est pas en vain que le nom du héros évoque la roue de la destinée.

George W. BARLOW
Première parution : 1/3/1977 dans Fiction 278
Mise en ligne le : 1/7/2012

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2001)


     Nous sommes en 1997. William Mandella, membre d'un contingent d'élite de l'armée des Nations Unies, nous relate son expérience de soldat dans la guerre totale qui oppose la Terre à la première civilisation extraterrestre qu'elle rencontre  : les Taurans. Ecartelé entre son incompréhension du conflit et son instinct belliqueux formaté par les autorités militaires, Mandella évolue de bataille en bataille, dans une guerre dont on n'entrevoit pas la fin, et dont on a presque oublié le commencement.
     La Guerre éternelle passe pour un plaidoyer pacifiste, et à dire vrai, il en possède tous les ingrédients. Ecrit par un vétéran du Vietnam au moment où le conflit peinait à trouver une conclusion, ce roman, dont on imagine volontiers l'auteur abondamment barbu et chevelu, pourrait aisément être une dénonciation de l'absurdité de toutes les guerres à rallonge sans cause bien définie.
     Le problème, c'est qu'à y bien regarder, il existe finalement assez peu de différences formelles entre La Guerre éternelle et un roman comme Etoiles, garde à vous  ! , qui contribua (à tort  ?) à forger l'image d'un Robert Heinlein va-t-en-guerre et tant soit peu fascisant. Attention, il n'est pas ici question de faire un procès d'intention à Joe Haldeman, mais de relativiser le message véhiculé par ce roman qui s'est tout de même vu attribuer le prestigieux doublé Hugo-Nebula.
     Que nous raconte l'auteur, en fin de compte  ? Une guerre entre la Terre et une race extraterrestre. Rien de bien nouveau  : depuis des décennies, il s'extermine sur pellicule et sur papier des cohortes d'aliens tous plus laids et effrayants les uns que les autres. On s'apercevra vite que le récit d'Haldeman ne renouvelle pas spécialement le traitement de ce cliché de la science-fiction. Et ce ne sont pas les deux dernières pages du livre, où l'auteur assène l'évidence première que ce conflit vieux de plusieurs siècles (mais de quelques années seulement pour le narrateur, par l'effet de la relativité) était finalement absurde, qui nous convaincront de la portée contestataire de son message.
     En extrapolant un tantinet, on pourrait à la rigueur distinguer quelques esquisses de critiques, dirigées non pas contre la guerre en tant que tragédie, mais contre l'armée en tant qu'entité. Malgré tout, là encore, la caricature n'est pas très novatrice  ; elle est même un peu grossière  : les officiers sont obtus, les massacres des combats répugnants, le conditionnement des soldats monstrueux, et suffocante la discipline à laquelle ils sont astreints... D'accord, mais malheureusement, l'écrivain ne réussit pas avec des mots ce que Kubrick accomplit à l'écran (dans des films célébrissimes comme Les Sentiers de la gloire, Dr Folamour, Orange mécanique, tous antérieurs à La Guerre éternelle, ou encore Full metal jacket). Haldeman aurait pu se servir de l'évocation de la guerre pour ériger un monument à la paix et à la non-violence. Au lieu de ça, il nous livre un énième récit de boucherie interstellaire ponctué par un dénouement simplet qu'on croirait destiné à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
     Cependant, la lecture de ce livre peut se révéler très agréable au premier degré  : l'argument scientifique est intéressant (avant d'avoir été militaire, l'auteur est tout de même physicien)  ; un réel travail a été entrepris pour donner un peu d'épaisseur aux personnages et à l'arrière-plan social, et les parties d'action sont plutôt réussies. Mais ne faites surtout pas la même erreur que le chroniqueur en entamant La Guerre éternelle : n'espérez pas y trouver un message pacifiste subtil, et encore moins une dénonciation subversive. La déception me rend peut-être injuste, mais je ne peux m'empêcher de penser que si Haldeman avait été voyageur de commerce plutôt que vétéran des rizières, on lui aurait sans doute prêté beaucoup moins d'intentions et on aurait moins exigé de son roman.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/12/2001
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)


     En 1968. quelque part au Vietnam, Joe Haldeman sautait sur une mine. Sa pension d'invalide l'aidera à se lancer dans l'écriture, et voilà comment la sale guerre nous aura valu un remarquable écrivain. Cela signifie également que lorsque Joe Haldeman parle d'armée et de guerre, il sait plus ou moins de quoi il parle — à l'inverse sans doute d'un Robert Heinlein auquel on l'a inévitablement comparé lors de la publication de La guerre étemelle, pour le contre-pied évident de Starship Troopers. Avec Haldeman, la guerre est sale, elle tue, elle étripe, elle mutile, et elle laisse des hommes solitaires, orphelins de toute une vie. Roman réaliste que celui-ci, que J'ai Lu réédite excellemment quelque neuf ans après sa traduction française chez Opta.
     Les « horreurs de la guerre », comme on dit, ne sont pas rhétoriques : la brutalité du livre est patente, et comme on le fit de Spinrad et d'Hitler, on peut parfois se demander quelle est la part de la fascination et de la dénonciation, Mais le lecteur, estomaqué, fera vite la différence : Haldeman hait la guerre, s'il ne hait pas vraiment l'armée. Ou plutôt : ceux qui constituent une armée et qui font la guerre, les hommes de tous les jours. Quelqu'un qui est passé par là ne peut plus être fasciné. A l'heure où l'on jongle avec les « méga-morts » et les missiles de croisières, relire ce livre, après, par exemple, avoir vu Threads, ce film de la télé britannique qui raconte l'avant, pendant, et surtout après une attaque nucléaire sur la ville de Sheffield (beaucoup plus poignant et horrible que The day after), est plus que jamais indiqué.
     La guerre laisse des hommes orphelins, ai-je dit. L'aspect « SF » de La guerre éternelle accentue encore cette évidence : lorsqu'on combat aux confins du cosmos en passant de collapsar en collapsar, on finit par se perdre dans la relativité et les méandres temporels. William Mandella, dont le patronyme évoque le mandala de la destinée orientale, conscrit en 1997, se retrouvera civil en 3143, vétéran d'une vieille, trop vieille guerre... La structure purement scientifique du récit est évidemment menée de main de maître, ainsi qu'un écrivain U.S. nous en donne l'habitude. Que ce récit au thème fondamental et à la cohérence scientifique sans défaut soit aussi un excellent roman d'aventures montre le degré de sa réussite. Enfin, un prix Hugo (en 1976) qui ne fut pas volé !
     L'horreur est absurde par essence, dit Haldeman, et cette métaphore vietnamienne dépasse de loin l'anecdote terrienne qui en fut sans doute le détonateur. Et autant que la guerre, le Temps, ici, est maître du jeu.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/5/1985
dans Fiction 362
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)


     La collection J'ai Lu fait peau neuve et pour la seconde fois mentionne le prix Hugo sur la couverture, mais sans en préciser la date. Marqué par la guerre du Vietnam, Joe Haldeman développe le thème de la guerre dans presque tous ses écrits, et a même concocté une anthologie réunissant les meilleurs auteurs anglo-saxons. La Guerre éternelle l'a révélé au grand public. Il faut dire que le récit de ce combat cosmique, raconté par Mandella, un soldat perdu dans un conflit qu'il ne comprend pas, a de quoi épouvanter.
     Le retour du guerrier pose toujours le problème de la réadaptation à la vie civile, des années après l'avoir quittée. Mais maintenant que les couloirs de l'espace-temps sont aussi fréquentés que les grands axes autoroutiers, la réinsertion est pratiquement impossible : l'humanité a trop changé. Il ne reste à Mandella, ballotté par les événements, qu'à retourner se battre encore et toujours, à l'arme blanche s'il le faut, comme l'avait prédit Einstein.
     Edifiant par l'invention criminelle dont l'homme sait faire preuve — et son adaptabilité aux pires conditions — , ce roman est le plus efficace manifeste contre la stupidité de la guerre et des militaires.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/5/1985
L'Ecran fantastique 55
Mise en ligne le : 17/7/2003




 

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