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Futurs au présent

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Philippe CURVAL



Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 256
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978
320 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
En dix-sept étapes,
Futurs au présent vous propose une image
de la nouvelle science-fiction française en 1978
et témoigne de son extraordinaire vivacité.
Mais attention,
ceci n'est pas une anthologie ordinaire :
elle peut mordre.
Alors, tenez-la fermement, elle devient caressante.
Car la S.-F. d'aujourd'hui, en France,
ne se contente plus d'imiter ou de contester,
elle invente,
elle a de quoi séduire l'imagination,
elle prend la forme d'énigmes
qui vous feront voyager des ruines de Monaco
à après-demain les chiens
sur une bicyclette à scaphandre.
Si vous aimez la science-fiction,
si vous avez l'esprit aventureux,
alors découvrez dix-sept auteurs tout neufs.
Ils vout le rendront au centuple.

L'anthologiste :
Philippe Curval est né en 1929, à Paris.
Il écrit de la science-fiction
depuis qu'il a gagné sa première machine à écrire, à quinze ans.
Aujourd'hui, 12 romans et une cinquantaine de nouvelles.
Son dernier ouvrage Cette chère humanité
a obtenu le prix Apollo en 1977.
Journaliste, il est aussi critique au Monde
et au Magazine littéraire.
Il a bien voulu accepter,
à la dernière convention de Limoges,
de diriger cette anthologie,
banc d'essai offert à de jeunes auteurs inconnus.

    Sommaire    
1 - Philippe CURVAL, Danger, travaux !, pages 13 à 19, Introduction
2 - Jean-Pierre VERNAY, Histoire de Dan Olphin, pages 23 à 42
3 - Antoine AUBIN, Horizons perdus, pages 45 à 64
4 - Daniel MARTINANGE, La Nuit des chiens, pages 67 à 84
5 - Jean-Marc LIGNY, Artésis comment ?, pages 87 à 103
6 - Pierre ZIEGELMEYER, Tendu à mort, l'arc immobile du désir, pages 107 à 122
7 - Catherine GOLDMAN, Pochcryptum, pages 125 à 131
8 - Johanne MARSAIS, Face à face, pages 135 à 141
9 - Dominique WARFA, Rituel pour un homme claustré, pages 145 à 163
10 - Danielle FERNANDEZ, Le Grand voyant, pages 167 à 183
11 - Raoul GAMOND, Programmation, pages 187 à 197
12 - Julie MONTANIÉ, Tremblement de terre, pages 201 à 210
13 - Francis JACOMIN, One man show, pages 213 à 233
14 - Alexis HAMON, La Nuit tous les chats sont gris, pages 237 à 249
15 - Jean-Benoît THIRION, Tchaomort, les hebdodos !, pages 253 à 266
16 - Gérard COISNE, Raid sur Monaco, pages 269 à 282
17 - Bruno LECIGNE, Comme un pilote en son navire, pages 285 à 298
18 - Serge BRUSSOLO, Funnyway, pages 301 à 311

    Prix obtenus    
Funnyway : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 1979

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
De bien étranges affaires ( épisode : Un homme ordinaire ) , 1982, Juan Luis Buñuel (d'après le texte : Programmation), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
 
     L'AVENIR EST A EUX

     Mission accomplie pour Philippe Curval. « C'est bien, c'est formidable de révéler un débutant, » écrivait Jean-Pierre Fontana dans Fiction n° 287 (p. 163). Sur dix-sept jeunes auteurs sélectionnés par Philippe Curval pour ce recueil, la moitié peut-être sont de véritables révélations. Et pour les autres, il s'agit de brillantes confirmations de débutants doués. C'est bien, c'est formidable. C'est même assez exaltant. Je ne connais pas d'opération comparable dans toute l'histoire de la science-fiction française. Jean-Pierre Fontana posa la question : « Et APRES ? »
     Après, on verra. Quelques impressions d'ensemble, d'abord. C'est l'an dernier, à la convention de Limoges, qu'Elisabeth Gille et Philippe Curval avaient proposé de créer une anthologie réservée aux débutants et aux jeunes auteurs, dans le cadre de la collection Présence du Futur. Quelques-uns ont dit : « C'est impossible : ça ne marchera pas, la crise, les auteurs français, les jeunes, etc. » J'ai tout de suite cru au succès de l'entreprise, mais je pensais que le résultat serait différent. Je pensais que les jeunes écrivains de littérature générale, infiniment plus nombreux que les écrivains de science-fiction, allaient se jeter sur l'occasion de prouver qu'ils étaient les meilleurs et d'investir, et d'envahir la SF. Cela n'est pas arrivé. Je me faisais encore des illusions. Je suis toujours surpris de voir combien la barrière est étanche entre ces deux territoires littéraires. Le mépris, voire la haine de la science-fiction existent encore chez beaucoup d'auteurs de littérature générale (jeunes ou non). Et les auteurs de science-fiction pensent qu'ils n'ont aucune chance dans la littérature générale. « On ne mise pas sur les inconnus en littérature générale, » m'écrit Jean-Benoît Thiron, un des auteurs de Futurs au Présent Est-ce exact ? Il se publie quand même chaque année entre cinquante et cent romans de débutants. Mais, bien sûr, on en refuse peut-être mille ou deux mille, ou plus. La compétition est aussi très dure...
     Enfin, presque tous les auteurs rassemblés ici viennent culturellement ou sociologiquement du monde de la science-fiction, soit qu'ils aient été formés par des lectures de science-fiction, soient qu'ils aient des liens assez étroits avec le fandom SF, bien qu'assez détachés eux-mêmes de la science-fiction. Tous sont intéressants, sympathiques ; tous, ou presque, seront probablement des écrivains. Mais je suis déçu : il n'y a pas d'étrangers au paradis.
     Dix-sept textes, dix-sept nouvelles courtes ou moyennes. L'écriture est de qualité ; le niveau est assez élevé ; la variété est grande. J'avais commencé à lire ce livre en même temps qu'un autre recueil de Présence du Futur, Le village, de Kate Wilhelm. C'est ce dernier que j'ai vite lâché pour dévorer l'anthologie française I
     Commençons par la couverture. Elle est hideuse. Y a-t-il chez Denoël un lobby anglo-saxon qui chercherait à handicaper les Français par tous les moyens ? Dommage, dommage... La préface de Philippe Curval est pleine de mots rares et jolis, comme chrestomathie, analectes ou spicilège. Mais c'est juste pour dire que Futurs au Présent n'est rien de tout ça : tant mieux. Il y a aussi quelques remarques passionnantes, comme celle-ci : « Futurs au Présent est un chantier en pleine effervescence : DANGER TRAVAUX, » (p. 15). Et Philippe Curval note que ces nouvelles lui paraissent spécifiques d'une littérature de crise. Puis : « L'important c'est que dix-sept jeunes écrivains aient puse confronter avec la public et avec eux-mêmes, an toute liberté, » (p. 19).
     Jean-Pierre Vernay est un Grenoblois de vingt ans, disciple de Jean-Pierre Andrevon et admirateur de Pierre Pelot. Il signe, en tête de recueil, Histoire de Dan Olphin, nouvelle au titre transparent, qui s'apparente à la politique-fiction par son déroulement, mais plutôt au fantastique par sa conclusion.
     Antoine Aubin, de Casablanca, a trente ans. Il nous donne avec Horizons perdus, le seul space-opera du recueil, un texte d'une bonne facture classique.
     Daniel Martinange, de Saint-Etienne, est jeune aussi, mais il n'est plus tout à fait un débutant On l'avait déjà lu dans Ciel lourd, béton froid, anthologie de Bernard Blanc, avec une nouvelle de politique-fiction sarcastique. Ici, La nuit des chiens est un texte ingénieux, tendu, pathétique. Une bonne nouvelle, quoi.
     Un Parisien de vingt-deux ans, nommé Jean-Marc Ligny : on verra bientôt ses nouvelles un peu partout ; il vient d'achever un roman plus qu'intéressant. Plus qu'intéressante, aussi, est sa contribution à Futurs au Présent : sa nouvelle, Arthémis comment ? est une des plus denses et des plus riches du recueil. Les possibilités de Jean-Marc Ligny sont immenses. Comme tel oiseau fameux, ses ailes trop grandes le gênent encore un peu pour marcher — c'est-à-dire pour écrire des textes courts. Je crois qu'il s'envolera dans le roman.
     Pierre Ziegelmeyer, animateur des éditions Eden, n'est pas non plus un vrai débutant. On a pu lire de lui, dans Univers 04, un texte difficile et beau. Il va publier bientôt un roman. Il signe ici : Tendu à mort L'arc immobile du désir, texte qui mériterait de figurer tout entier dans la future chrestomathie de la science-fiction poétique, pour parier comme-Curval. Disons la nouvelle la plus poétique du recueil.
     Catherine Goldman vit « au pays de Tolkien » (c'est elle qui l'affirme !) dans une communauté des Pyrénées-Orientales. Elle a beaucoup de talent ; mais l'aventure de la vie lui laisse peu de temps pour écrire. Pochcryptum est une nouvelle ingénieuse, mais peu représentative du style réaliste et chaleureux de Catherine Goldman.
     Face à face, la nouvelle de Johanne Marsais, est issue d'une expérience littéraire très intéressante, organisée par René Durand. Elle a été publiée avec quelques autres dans l'excellent fanzine de Jean-Pierre Planque, Demain, (Demain, 56, rue du Château-d'eau, 75010 Paris). C'est un texte assez déroutant, dont l'atmosphère évoque Matheson ; et fort bien écrit.
     Dominique Warfa n'a pas encore son quart de siècle ; il vit entre la Belgique et la Perte en Ruaba. Il a été un fanéditeur célèbre et a publié dans Fiction n° 280 (mai 1977) une superbe nouvelle : Aux couleurs d'un rivage blond. Dans l'anthologie Curval, il nous donne avec Rituel pour un homme claustré un texte littéraire, brillant, intense. Parmi ces dix-sept jeunes auteurs, Dominique Warfa est sans doute l'écrivain le plus affirmé.
     Jeune universitaire de vingt-six ans, née à Oran, Danielle Fernandez publie ici une Excellente nouvelle de sociologie-fiction. Le grand voyant a été détaché d'un recueil qui mériterait d'être édité dans son intégralité. C'est une histoire angoissante, écrite dans un style feutré et précis. La vision est originale et forte.
     Raoul Gamond, d'Avignon, est un des rares spécialistes du théâtre de science-fiction. Son expérience lui a permis d'imprimer aux dialogues de sa nouvelle Programmation un tour vif et élégant. Un texte fort agréable à lire.
     Philippe Curval appelle « blague politique » la nouvelle de Julie Montanié, Tremblement de terre. C'est aussi un texte psychologique, tendu, étouffant qu'une conclusion mythologique ne sert pas. L'atmosphère de Bucarest, que l'auteur connaît bien, est impressionnante.
     Francis Jacomin est un peu moins jeune que les plus jeunes. Son One man shot est une histoire délirante, sarcastique et désabusée. L'élan est parfois coupé par la distanciation et les jeux du langage.
     La nuit tous les chats sont gris, nous dit Alexis Hamon, qui est un peu plus jeune que les plus anciens du recueil. Un de ses personnages précise : « Ce monologue du mec qui se regarde écrire, c'est quoi, ça sert quoi ? » (p. 240). J'ajouterai que ce n'est pas très neuf. Mais, aux trois quarts du livre, ce joyeux interlude est le bienvenu.
     Alors, jaillit l'ouragan Jean-Benoît Thirion : Tchaomort, les Hebdodos ! Un style à nul autre pareil, des histoires froidement démentes, une verve féroce : c'est Thirion. Ce jeune écrivain de vingt-six ans vient de publier aux Editions EDEN une sorte de pièce, Werther le ver de terre, qui est un des textes les plus drôles que j'ai lu depuis longtemps, et un roman que je ne connais pas, Margouillis en relâche (respectivement 5 F et 10 F, en vente chez l'auteur, J.-B. Thirion, 20, rue du Chamoine-Straub, 67100 Strasbourg Neudorf).
     Gérard Coisne a vingt-cinq ans et habite La Rochelle. Sa nouvelle. Raid sur Monaco, très classique de forme, très moderne par le thème et le ton, est sans doute la plus achevée de Futurs au présent. C'est un beau texte d'anticipation, un fragment très élaboré d'histoire du futur, et à peu près le seul de l'anthologie.
     Voici un des plus jeunes : il n'a guère plus de vingt ans ; il est étudiant à Aix en-Provence. Il se nomme Bruno Lecigne. Ecrite dans un style affiné, travaillé, un peu archaïsant, sa nouvelle, Comme un pilote en son navire, est un étrange cocktail de hard science et de fantastique. Personnelle, assez difficile quoique classique : une réussite.
 
     Serge Brussolo a déjà été publié dans Argon et dans Piranha. Il clôt le recueil avec Funnyway, une belle nouvelle au ton andrevonien. Et c'est le mot de la fin, autre spécialité de Jean-Pierre Andrevon : FUNNYWAY !
 
     Bon voyage dans la carrière, les gars : c'est dur, mais il y a des moments pas trop tristes...
 

Michel JEURY
Première parution : 1/7/1978 dans Fiction 292
Mise en ligne le : 5/6/2010


 
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