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L'Île sur l'océan-nuit

Michel GRIMAUD



Illustration de Jean-Claude MÉZIÈRES

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. L'Âge des étoiles n° 7
Dépôt légal : 1er trimestre 1978
208 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Mar appartient au clan des Lepol, mineurs du Désert, cette immense étendue rocheuse où l'on ne peut s'aventurer sans réserve d'air et où l'on exploite les riches filons de minerais. Mais parce qu'il souffre de l'allerge, la terrible maladie des mineurs, il va être déclassé, séparé de son clan, et finalement engagé dans une impossible aventure. Lui faudra-t-il aller sur Terre pour obtenir justice pour lui et tous les mineurs  ?
 
    Critiques    

     DEMAIN LA MINE

     Un thème de hard science, classique et original à la fois, une interprétation sociopolitique de l'avenir très moderne et très élaborée : il y avait là le point de départ d'un grand roman de science-fiction pour adultes. Un Asimov revu par Le Guin. Ajoutons que la sensibilité de Grimaud vaut bien celle de Sturgeon, et voilà cités trois Américains parmi les plus grands. Cela ne signifie pas que Grimaud imite Asimov ou Le Guin, ou Sturgeon, ni même qu'il ait subi spécialement leur influence. Pour remettre les choses en place, j'en citerai un quatrième : c'est à Jack London qu'on pense souvent en lisant cette Ile sur l'océan nuit. Mais les sources de Grimaud sont très personnelles ; l'œuvre jaillit à cœur ouvert de la vieille Europe colonisée par les multinationales (Asimov, Sturgeon et Le Guin, s'ils connaissent cette situation, n'y trouvent sans doute rien à redire, et London est mort, plutôt deux fois qu'une !).
     L'auteur joue son jeu qui est celui du roman pour jeunes. L'île sur l'océan nuit est, semble-t-il, sa onzième œuvre du genre, lequel lui convient parfaitement. Et cela n'empêchera aucun adulte de lire ce livre avec émotion, plaisir et profit.
     Parmi les dix romans précédents signés Michel Grimaud, j'ai lu La ville sans soleil (Laffont, coll. Plein vent) et Le peuple de la mer (G.T. Rageot, coll. Jeunesse poche SF). Tous deux étaient bons, mais L'île sur l'océan nuit est d'un niveau très supérieur.
     Nous y voici. Mar, le héros, jeune mineur du Désert est à la fois le point faible et l'un des points forts du roman. Point faible si on le considère en oubliant le public de la collection, car il est proche, très proche du stéréotype : bon jeune homme, courageux et sage, ingénieux et curieux, ruisselant de piété filiale et toujours prompt à s'indigner en face de l'injustice... Bref. Mais il est sauvé, allègrement, par l'originalité propre à la classe des mineurs. Ainsi, d'une façon plus générale, faits et comportements sociaux, par leur précision et leur vraisemblance, font oublier le côté conventionnel et sommaire des individus.
     Par ailleurs, Mar, au clan des Lepol, est un personnage attachant, positif, qui a tout pour plaire aux jeunes lecteurs. Au début du récit il va être déclassé — c'est-à-dire rejeté dans le sous-prolétariat des Sédentaires — pour cause d'incapacité physique, vraie ou fausse. Il ne pourra plus exploiter avec son clan les riches filons du désert. Il deviendra un gratte-bois et il devra même quitter Nouvelle-Europe, son île.
     Alors, il va fuir et se cacher parmi les manœuvres de Bassevil que ses frères mineurs méprisent fort. L'aventure et la révolte le conduiront jusqu'à la Terre, où il découvrira la vérité sur le désert les Iles et l'océan Nuit Le moins qu'on puisse dire, c'est que le monde ne ressemble guère à l'idée que s'en font les mineurs et les habitants des Iles. La surprise est de taille, pour Mar et pour le lecteur.
     L'île sur l'océan Nuit n'encourt pas le reproche qu'on pourrait adresser au très beau livre de Pierre Pelot, Delirium Circus (J'ai Lu). Delirium Circus est presque un chef-d'œuvre. Ce serait un chef-d'œuvre s'il ne lui manquait une cosmogonie. Le lecteur est conduit haletant jusqu'à un dénouement glacé et il ne reçoit aucune réponse aux questions qu'il se pose : Où ? Quand ? Comment ?
     L'île sur l'océan Nuit tire sa force de la réalité et de son explication. Le livre de Grimaud aurait plutôt le défaut inverse : le développement est un peu mince par rapport à la richesse de la cosmogonie qui est, en quelque sorte, une cosmogonie politique. La seule du genre peut-être. En tout cas, je ne connais guère d'exemples d'une telle réussite. Et les idées politiques qui sous-tendent le récit sont claires et sympathiques. Il y a dans ce livre une vision aussi pertinente que discrète de certains aspects du colonialisme. Le « pouvoir parisien », vecteur du pouvoir américain, trouverait peut-être là son « image au miroir ».
     Michel Grimaud n'a pas cédé à la tentation du happy end, plus ou moins factice. Faut-il le regretter ?

Michel JEURY
Première parution : 1/5/1978 dans Fiction 290
Mise en ligne le : 1/9/2010


 
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