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L'Inca de Mars

Ian WATSON

Titre original : The Martian Inca, 1977
Première parution : Gollancz, février 1977

Traduction de Danièle NEUMANN

CALMANN-LÉVY (Paris, France), coll. Dimensions SF n° (30)
Dépôt légal : 1er trimestre 1978
272 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-7021-0238-7
Format : 14,0 x 21,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le germe martien est parmi nous.
     Un engin soviétique en perdition l'a répandu sur le village des Andes où il s'est échoué.
     Une seule poignée de sable rouge de Mars peut-elle changer le cours de l'histoire humaine  ?
     La plupart des Indiens contaminés meurent au bout de quelques jours. Julio connaît une seconde naissance  : en lui se réincarne l'Inca, mi-homme mi-dieu, investi de nouveaux pouvoirs et d'une perception accrue de la réalité, qui va restaurer la dignité de son peuple exploité.
     Les trois cosmonautes américains qui s'apprêtent à débarquer sur Mars connaîtront-ils semblable métamorphose  ?
     Car les plus-qu'humains existent désormais  : ils naissent du sable martien. Comment  ? Combien dureront-ils  ?
     C'est le secret de ce nouveau roman où Ian Watson montre, comme il le fait depuis l'Enchâssement, qu'il n'existe pas de domaine fermé à la science-fiction.

     Ian Watson est né en 1943 à North Shields, en Angleterre. Après des études de littérature à Oxford, il a beaucoup vécu à l'étranger (Japon, Egypte), avant d'enseigner à Birmingham. Il écrit depuis 1969. Son premier roman, l'Enchâssement, a obtenu le Prix Apollo 1975. Il habite aujourd'hui Oxford, et il se consacre entièrement à la littérature.
 
    Critiques    
 
     POUSSIERE DES DIEUX, GENESE DES MONDES : D'UNE MYTHOLOGIE MORTE, UNE FICTION VIVE

     Curieux roman. Par certains côtés, c'est de la SF « astronautique » à la Clarke ancienne manière, avec ses gadgets hautement sophistiqués qui constituent l'espace d'une cabine d'astronef en route vers Mars. Mais les routines, les trajets prévus et balisés de l'équipage, les opérations de contrôle, tout est décrit si minutieusement que le résultat est « déréalisé », que l'espace de fer blanc devient poreux au rêve. Comme il arrive devant les tableaux des hyperréalistes. D'autre part (ou bien à cause de cela), ce lieu clos est celui où le passé de chacun des astronautes remonte crever à la surface de la conscience, leur passé mais aussi le vécu de ces passés : les fantasmes, les rencontres, les virtualités. Vivent-ils ces passés en marge de leur mission, rêvent-ils l'astronef ? Ailleurs (peut-être), c'est le monde paysan-indien d'une Bolivie à peine future, dans les soubresauts, le flux et le reflux des nationalismes entre la droite et la gauche, où les grandes puissances marchandes interviennent pour magouiller, fournissant des armes ici, faisant baisser le prix de cuivre là. Comme un rêve du passé jamais mort — dans un temps autre — les Indiens (leur langue, leurs coutumes, leur incompréhension active du pseudo grand jeu de l'Histoire occidentale), vivent dans une sorte de bulle, un espace symbolique clos, vivace, original, où les traces d'avant Colomb et les conquistadors affleurent et informent encore. Quel lien entre le monde quincaillier des astronautes et les mythes indiens ? Aucun en apparence : Russes et Américains vont « terraformer » qui Venus par des algues, qui Mars par un réflecteur solaire, adaptant chacune de ces planètes pour en faire — je présume — des bases d'une histoire future de l'humanité (tsoin ! tsoin !). Pendant ce temps, les Indiens tentent de vivre une vie humaine, de ne pas se couper de leurs racines.
     Histoire d'une cruauté banale et quotidienne : d'un côté une caste technocratique qui vise un marché élargi pour son impérialisme colonisateur sous prétexte de « donner le Cosmos à l'Homme, nouveau défi, nouvelle frontière », etc., (tsoin ! tsoin !). Sur Terre, pendant ce temps, des millions d'individus ignorant que cette logique qui ne les concerne pas façonne leur destin, leur misère quotidienne, les tortures qui l'agrémentent, en veulent à la Providence, invoquent la fatalité. Le monde van Vogtien des Sorciers de Linn est notre quotidien. Une erreur va mettre en contact ces deux mondes : du sable martien va tomber sur les Andes. Les survivants vont se trouver, par un effet de ce sable venu de l'espace, capables d'incarner les mythes qui ne faisaient que les hanter culturellement. Va alors s'établir un montage alterné entre la mission des astronautes et l'évolution de l'Inca réincarné. Et, alors qu'au début du roman, on sentait l'artifice entre ces chapitres qui passaient de l'astronef à la Bolivie, petit à petit une sorte de dialogue interne va s'établir. Non seulement au niveau du suspens : « comment vivre sur une planète hallucinogène », mais dans la rencontre des mythes propres à chacune des deux civilisations et la possibilité de leur matérialisation, dans les « élus ». Watson, dans L'enchâssement avait déjà montré sa maîtrise à articuler deux domaines que rien en apparence ne rapproche ; à construire, en partant de deux rives éloignées, une arche lumineuse. Il récidive. Le départ est peut-être un peu lent, mais la fin est très bien orchestrée. Mars continue de fasciner, malgré tout : cette planète nous hante, et j'en veux pour preuve l'Homme plus de Pohl, (C. Levy). Deux romans, une seule planète : deux écoles, deux styles. Un seul rêve ?

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/4/1978 dans Fiction 289
Mise en ligne le : 16/1/2011


 
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