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Les Magiciens

James E. GUNN

Titre original : The Magicians, 1976
Première parution : Charles Scribner's Sons, septembre 1976

Traduction de Jacqueline HUET
Illustration de Henri LIEVENS

PRESSES DE LA RENAISSANCE (Paris, France), coll. Autrepart n° (4)
Dépôt légal : 4ème trimestre 1977
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-85616-067-0
Format : 13,9 x 22,4 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vous étiez prof. Votre fiancée et votre meilleur ami vous ont convaincu d'abandonner la carrière pour ouvrir une agence de détective privé et... se sont tirés ensemble en emportant la caisse et toutes vos illusions !
     Vous ne possédez plus que votre revolver et un fond de bourbon, quand une extraordinaire petite vieille aux yeux bleus fait irruption dans votre bureau et vous donne mille dollars pour une mission incroyablement facile en appa­rence. C'est alors que vos ennuis commencent ! Le type que vous devez retrouver s'appelle Salomon et son regard transperce les portes d'acier des ascenseurs. Vous allez vous retrouver au cœur d'un épouvantable affrontement entre magie noire et magie blanche, dont l'enjeu n'est rien moins que la domination du monde...
 
     James Gunn, écrivain de science-fiction bien connu des amateurs, est l'auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles. Il enseigne la littérature à l'université du Kansas. Il a été, plusieurs années durant, président de l'Associa­tion des Ecrivains américains de Science-Fiction.
 
    Critiques    
 
     GUNN LE MAGICIEN

     Pourquoi diable James Edwin Gunn est-il si peu connu en France ? C'est la question que l'on peut se poser en voyant le peu de traces qu'il a jusqu'à naguère laissées dans les traductions de SF ; ce qui amène d'ailleurs à se poser l'autre question : qu'est-ce qui fait courir les éditeurs pour le traduire, en ce moment ? Souci de réparer des oublis passés ? Autres raisons inavouables ?
     Ce n'est pourtant pas un auteur récent : il a commencé à publier en 1947 (il est né en 1923), des pièces de théâtre, puis des nouvelles de SF. Poursuivant, dans le même temps, ses études. Il fait publier son travail de recherche (M.A. Thésis), qui porte sur la critique de SF, en 1953-54, dans Dynamic SF. Depuis, il a été éditeur, et, en 1966, il travaillait dans des services administratifs tout en écrivant pour la radio et la TV. Dans le n° 283 de Fiction, Fontana rappelait les titres de ses premières nouvelles publiées en France dans l'ancien Galaxie (tout ceci ne nous rajeunit pas !) et insistait sur le fait qu'on le connaissait surtout comme co-auteur, avec Williamson, du Pont sur les étoiles (1958 Satellite), dont la postface de Klein chantait la verve épique. Depuis, pratiquement rien. Actuellement, il revient très fort, comme on dit : d'abord, sous la houlette de Demuth il emplit les 676 pages bien tassées d'un CLA, agrémentées de hors textes originaux de F. Allot. Romans et nouvelles, un bel écrémage. Plus modestement ensuite, au Masque, et chez les Presses de la Cité. N'oublions pas non plus sa monumentale histoire de la SF : Alternate Worlds, the Illustrated hlstory of the SF Prentice Hall 1975, que l'on trouve è Paris dans les bonnes librairies de SF et qui complète fort bien Billion Year Spree de Aldiss, Schocken 1975, nouvelle éd. Donc un auteur qui n'avait aucune raison de rester méconnu : ni l'ancienneté (on l'a vu) ni la valeur si l'on en croit Aldiss. Seul Damon Knight, dans In Search of Wonder, émet de sérieuses réserves sur la capacité de Gunn à bâtir des histoires qui se tiennent. Quant à William Atheling Jr (autrement dit, J. Blish), il n'en parle pas. Il serait hasardeux de penser que c'est le verdict critique de Knight qui a empêché Gunn de prendre son essor en France. D'abord, parce qu'on l'ignorait, ensuite parce qu'il est assez rare qu'un critique ait la moindre influence sur le destin d'un livre. Certains trouveront cela bien triste, pas moi : sinon jamais Flaubert ou Baudelaire ne nous seraient connus, et a la place, allez savoir ce qui aurait surgi des profondeurs ! Je pense qu'il a manqué à Gunn d'écrire pour des magazines comme F. and. S.F. ou Galaxy, qui ont été le réservoir obligé où Fiction et Galaxie puisaient. Les Immortels (Opta) sont, par exemple, composés de nouvelles qui ont été publiées dans Astounding, Venture, Fantastic : rien, ou si peu, à traduire automatiquement comme on le voit. A quoi tient donc la popularité d'un auteur !
     Les Presses de la Renaissance, pour leur collection Autre part, semblent avoir entrepris de remédier à ces hasards malencontreux de la publication en publiant des auteurs peu connus, L'Envers du temps, de John Brunner mis à part : il sert de label obligatoire, notre Brunner, à toute collection qui veut se présenter comme tournée vers les avenirs qui pensent. Peu connus : c'est le cas du Dieu Machine de W. J. Watkins et de La terreur grise de Holly J. Hunter, une dame, docteur en psychologie, qui écrit depuis 1959 et qu'on a déjà traduit en italien et en allemand. Comme la Terreur grise, mais, on va le voir, dans un tout autre registre, les Magiciens est une histoire qui renvoie aux manipulations de la réalité, par des moyens qui sont ceux des mystagogues. Cette idée, que la science et la magie ont tant de points communs qu'en gros la science est la magie de notre époque, la magie, celle des ères antérieures, revient périodiquement à la mode. On peut même remarquer qu'à chaque crise de nos sociétés, les vieilleries de l'imaginaire qu'on croyait emportées par un vent salubre réapparaissent. Chez Gunn, elles réapparaissent, heureusement, sur un mode comique. Heureusement, car, alors qu'on est encore sous le contrôle (entre les mains) et dans les filets de quelqu'un comme Dick, il faut que celui qui prend la relève sur le même sujet soit drôlement affûté. Avec ses simulacres, ses pseudo-réels, son pouvoir masqué, ses « machines à influencer », Dick exhibe/traque ses propres fantasmes : l'œuvre dickienne (Thaon l'a montré) est proche d'une « élaboration secondaire », ce qui explique la violence possible du contact avec l'imaginaire des lecteurs, quand il rencontre ces blocs erratiques et fous, encore chauds de leur pulsion initiale. Le lecteur est englouti, impliqué au sens propre : à lui de lire vite pour, comme le héros, tenter de sortir au plus vite de ce cauchemar.
     Gunn, dans les Magiciens, nous propose une vision totalement distanciée, ironique, et qui devient parfois presque burlesque. Le héros, Casey est dans un rôle qui ne lui va pas — il le dit. Enseignant, il vient de se lancer dans la profession de détective privé : sa petite amie et la caisse viennent de fuir en compagnie d'un associé aventureux. Tout ceci est raconté sur un ton larmoyant irrésistible. Heureusement, les choses se précipitent et l'on est embarqué dans un mouvement assez peu contrôlable.
     Dans cette optique, la description du bureau vide de clients, la réserve de Bourbon, la machine qu'on va saisir, les pieds sur le bureau, etc. tout ça sent bien le sous-Spillane, comme le reprochait déjà Knight. Mais il ne voyait pas — et peut être dans les Immortels n'était-ce pas le cas — l'aspect humoristique de la chose, le pastiche de roman noir, la parodie du roman d'épouvante. De ce point de vue, la couverture des Magiciens est particulièrement réussie. En effet, malgré les apparences, qui résistent peu, nous avons affaire ici à une excellente parodie. Alors, les effets sont grossis, volontairement : ce qui pourrait apparaître comme de l'incohérence est, en fait, une trouvaille, la magie devient un gadget, l'histoire d'amour finit par aboutir — un peu comme dans Frankenstein Junior, à quoi le livre m'a souvent fait penser. Au lieu d'un affreux petit canard fantastique, nous avons la primeur d'un joli cygne humoristique : hâtons-nous d'en profiter car les ouvrages gais ne sont pas près d'envahir nos bibliothèques. Quelques mots de l'intrigue : évidemment, Casey va avoir une cliente (ou se faire avoir par elle, qui sait ?) et pour une mission très biscornue : trouver le nom réel du « méchant », lequel est, on le saura à la fin un (chut ! !) qui, par goût de la puissance, avait détourné une « bonne » société de magie blanche et scientifique ( ? !) pour en faire l'instrument du MAL. Il avait aussi tué ce membre fondateur, et se préparait à mettre à mal Ariel, la fille de ce héros, quand Casey, avec une bonne volonté touchante et des maladresses inspirées, sans qu'on comprenne bien (toujours la magie...) finit par l'emporter. Il emporte aussi le cœur et la main d'Ariel, laquelle était restée fort opportunément vierge (sinon martyr) afin de donner plus de force à des philtres, ce qui lui aura permis de mieux soutenir Casey dans sa quête. Plein de rebondissements, de formules, de situations, de gags, on ne s'ennuie guère. Une réussite rare dans ce genre peu fréquenté.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/1/1978 dans Fiction 287
Mise en ligne le : 12/2/2011


 
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