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Requiem pour Philip K. Dick

Michael BISHOP

Titre original : Philip K. Dick is dead, alas, 1987
Science Fiction  - Traduction de Paul VILLON
DENOËL, coll. Présences n° (33), dépôt légal : mars 1997
516 pages, catégorie / prix : 160 FF, ISBN : 2-207-24551-9

Couverture

    Quatrième de couverture    
Hélas, Philip K. Dick n'est plus,
Dieu va prendre mon pied au cul.

     Tels sont les vers qui viennent à l'esprit de Cal Pickford en ce mois de mars 1982 lorsqu'il apprend la mort de son écrivain préféré.
     Mais ce Philip K. Dick qui s'est fait une réputation dans le domaine de la littérature générale avant de se lancer dans le science-fiction, se heurtant du coup au refus de tous les éditeurs, n'est pas tout à fait celui que nous connaissons. Pas plus que cette année 1982 n'appartient à notre histoire. Dans cet univers parallèle, les Etats-Unis ont remporté une victoire éclatante au Viêt-nam et installé une base sur la Lune, Nixon, que l'on surnomme volontiers Richard Ier, en est à son quatrième mandat... et Dick, visité par un mystérieux « démiurge », réapparaît sous divers avatars.
     Sa mission : exorciser les démons qui habitent Nixon, supprimer cet inivers pour tenter de lui en substituer un plus viable...

     Inutile d'avoir une connaissance approfondie de la vie et de l'oeuvre du « héros » mis en scène : au-delà du brillant pastiche, à la fois tendre et drôle, on se prend à savourer ici un authentique roman dickien qui serait resté inédit !

     Michael Bishop, né en 1945, a publié une douzaine de romans en une vingtaine d'année de carrière et a été couronne deux fois par le prix Nebula, mais un seul d'entre eux a été jusqu'à présent publie en France, Le Bassin des coeurs indigo (Lattès). Ce n'est pas lui faire justice, comme le prouve ce Requiem pour Philip K. Dick, dont la richesse d'invention est un véritable régal.

 
    Critiques    
     Nous sommes en 1982, Richard Nixon règne sur l'Amérique, et c'est par le plus grand des hasards que Cal Pickford apprend le décès de Philip K. Dick, un de ses écrivains préférés, auteur de classiques oubliés tels Pacific park, La Bulle cassée et Mon royaume pour un mouchoir... ainsi que d'ouvrages clandestins, relevant de la science-fiction, où éclate sa haine pour ce président tyrannique qu'on a baptisé Richard 1er. Pendant ce temps, son épouse Lia, psychiatre en mal de patients, reçoit un étrange amnésique qui se donne le nom de Chi (équivalent grec de la lettre K). Et ce n'est que le début d'une série d'incidents qui renforcent la paranoïa latente de Cal, dont les parents, jadis opposés à la politique de Nixon, ont mystérieusement disparu avant d'être lapidés sur la place publique avec d'autres dissidents. Il ignore que sur la Lune, près de la base américaine, un homme barbu aux yeux fatigués apparaît aux astronautes...
     La passion de Bishop pour Dick n'est pas nouvelle  : en 1975, il publiait une nouvelle intitulée Rogue Tomato où un nommé Philip K. était transformé en tomate errant dans l'espace. Bien plus qu'une pochade, ce roman est en même temps un hommage, un pastiche et un commentaire. Sans renoncer à son propre style (plus lyrique mais aussi ironique que celui de son maître), Bishop reprend à son compte certaines des techniques narratives de Dick, ainsi que quelques-uns de ses thèmes et de ses motifs majeurs  : univers parallèle, tyrannie teintée de paranoïa, accent sur des personnages ordinaires qui se débattent dans leurs problèmes, présence d'un personnage de femme castratrice — et, bien entendu, préoccupations religieuses et métaphysiques.
     On le sait, c'est cet aspect de l'oeuvre dickienne qui a le plus rebuté ses admirateurs français, pourtant enthousiastes. Bishop, quant à lui, s'est souvent colleté aux divinités de toutes sortes (un de ses recueils s'intitule Close Encounters with the Deity). Mais rassurez-vous  : ce n'est pas un prêche qu'il nous présente ici, mais un véritable roman, fidèle à l'esprit de Dick, riche d'enseignement, qui est constamment relevé d'une salubre dose d'ironie.
     Quant à son titre, il relève de l'oxymoron  : Philip K. Dick est toujours vivant. Moi-même, je l'ai aperçu à Paris il y a une dizaine d'années.

Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/3/1997
dans Galaxies 4
Mise en ligne le : 1/2/2001


     En ces temps de néo-classicisme, où l'on ne se préoccupe plus guère que la Science-Fiction aille de l'avant vers de nouveaux thèmes et formes d'expression, l'uchronie peut constituer une porte de sortie pour ceux qui ne tiennent pas à se laisser enfermer dans des schémas maintes fois revisités. Ce jeu sur l'Histoire offre en effet un éventail suffisamment large de possibilités, tant littéraires que science-fictives, pour en quelque sorte libérer l'imagination des carcans où la fidélité à un état passé idéal — purement mythique, est-il besoin de le préciser — risque de l'enfermer à la longue.

     Cela, Michael Bishop l'a de toute évidence compris bien avant d'écrire la première ligne de Requiem pour Philip K. Dick, et l'on peut supposer que la lecture du Maître du Haut-Château n'a pas été étrangère à cette prise de conscience. Rappelons pour mémoire que Dick décrit dans ce dernier roman un univers où nazis et Japonais se sont partagés les États-Unis après avoir gagné la Deuxième Guerre mondiale.

     Ce point de départ, qui peut paraître assez banal de nos jours 1, l'était sans doute moins au début des années 60, et l'on comprend aisément que ce livre ait obtenu le prix Hugo. D'autant que Dick avait pris soin de le conclure par une mise en abîme astucieuse : bien que La sauterelle pèse lourd, uchronie littéraire publiée dans ce monde divergent, évoque une ligne historique où ce sont les Alliés qui ont gagné la guerre, il ne s'agit nullement de notre univers, lequel se retrouve dès lors ravalé au rang de simple possibilité alternative, puisque le Yi-King indique que le monde réel est celui du roman dans le roman.

     Ceux qui auraient du mal à suivre — ou, simplement, à admettre que le Yi-King puisse indiquer quoi que ce soit d'utile — sont priés de consulter l'ouvrage en question.

     Décrivant une uchronie où Dick lui-même constitue un élément crucial, Bishop ne pouvait bien évidemment ignorer la leçon du Maître du Haut Château. Les deux livres sont d'ailleurs assez proches pour que l'on puisse les superposer, tant du point de vue des personnages que de celui de la structure. Mais ils ne se ressemblent pas — et ce, pour deux raisons principales, que l'on pourrait d'ailleurs confondre en une seule : l'ouvrage de Dick date du début des sixties et celui de Bishop de la deuxième moitié des années 80. Ajoutez à cela le fait que le second écrit sur le premier, et vous aurez une idée de la distance qui sépare les livres concernés.

     Prenons par exemple l'origine du monde alternatif qu'ils nous présentent. D'une part, la victoire nazie ; de l'autre... eh bien, c'est là que les problèmes commencent, car il semble y avoir deux points de départ, l'un concernant Dick — qui connaît en effet le succès dès les années 50 grâce ses œuvres de littérature générale — , et l'autre l'Histoire elle-même, avec le brutal virage fasciste pris par les États-Unis sous la direction d'un Nixon plus vrai que nature. S'il existe une relation entre ces divergences, elle relève sans doute de la synchronicité plutôt que d'un rapport de cause à effet. Il paraît en effet difficile d'imaginer que l'orientation prise par la carrière de Dick ait pu modifier en quoi que ce soit le comportement de Nixon. Par contre, l'uchronie historique influe bien évidemment sur l'uchronie individuelle —  et référentielle — , car c'est à cause de la dérive vers le totalitarisme de la société étatsunienne que Dick se tourne vers la S-F.

     Tout comme dans notre monde, serait-on tenté de dire. II suffit de jeter un coup d'œil à « Foster, vous êtes mort ! » 2 pour s'en convaincre : c'est à travers l'outil science-fictif que la dénonciation de l'aliénation est la plus efficace. Malgré une trajectoire différente, le Dick mis en scène par Bishop semble bien être le même que celui qui a transité par notre réalité, et les dernières lignes du roman ne font que confirmer cette impression. Il n'y a qu'un Messie, et il est le même partout. Ainsi la thématique de la Trilogie divine 3 et de l'Exégèse inédite, qui imprègne tout le roman, prend ici une dimension inattendue, sous la forme d'un hommage vibrant à l'un des écrivains les plus originaux révélé par la Science-Fiction. Comme Dick dans Radio libre Albemuth, Bishop associe politique et métaphysique en une démarche héritée de l'ère psychédélique. Ce n'est pas innocemment qu'il a choisi pour personnage principal un ancien hippie, dont les parents ont été lapidés autrefois par une foule de patriotes ; bien que situé en 1982, Requiem pour Philip K. Dick parle beaucoup — avant tout ? — des années 60. Et c'est là, bien au-delà des références à Dick lui-même, qu'il faut peut-être chercher la raison profonde de ce livre — et l'origine de la brève élégie qui donne son titre :

Hélas, Philip K. Dick n 'est plus,
Dieu va prendre mon pied au cul.


Notes :

1. Surtout en France, où il s'agit d'une véritable tarte à la crème uchronique depuis que divers auteurs du Fleuve Noir, de Pierre Barbet à Alain Paris en passant par Jean Mazarin, s'y sont attaqués dans les années 80.
2. In Nouvelles 1953-1963, Denoël « Présences », 1997.
3. Denoël


Roland C. WAGNER
Première parution : 1/5/1997
dans Bifrost 5
Mise en ligne le : 1/11/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2002)


     Philip K. Dick, un auteur mainstream, est mort. Son fantôme provisoirement amnésique consulte une psy débutante, compagne d'un employé d'animalerie fan de l'écrivain, qui collectionne en samizdat ses romans de SF jamais édités. Ces romans peuvent valoir la prison dans une Amérique où Nixon a instauré une dictature policière, où beaucoup de Noirs ont été exilés en Afrique, où l'américulturation des Vietnamiens, après la victoire des GI, passe par l'achat de produits de marque et la délation (pour les Palestiniens, c'est par le lavage de cerveau), et aussi où le programme spatial continue, avec une base lunaire préludant à la conquête de Mars, ou à une guerre mondiale.
     Le fantôme envahit une belle-mère, un boa ou le « corps astral » d'un palefrenier nain : on est entre uchronie politique et parathéologie barjote, bref dans un pastiche-hommage avec, en vrac, la CIA, les animaux familiers, les dissolutions de la personnalité, l'angoisse devant une femme de pouvoir, ou des coïncidences mêlant l'individu lambda et les princes qui nous gouvernent. On se croirait bien dans Le Médecin du haut donjon, dans La Destitution rêvée de Harper Mocton, ou dans un autre roman clandestin de Dick, avant de glisser dans un autre monde encore, où on a évité Reagan et où des extraterrestres abreuvent les Terriens de bienfaits technologiques avant d'en inviter quelques-uns à contempler Dieu...
     Mais on a aussi là un roman autonome, à lire aussi bien si on a déjà lu tout Dick que si on ne l'a pas encore découvert. Le plaisir ne sera pas le même, mais devrait se révéler tout aussi intense.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2002
dans Galaxies 24
Mise en ligne le : 11/9/2003


 
Base mise à jour le 16 avril 2017.
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