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Sterga la noire

Louis THIRION



Illustration de Young Artists VLOO

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Super-luxe n° 62
Dépôt légal : 1er trimestre 1979
192 pages
ISBN : 2-265-00878-8   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   in Dans les espaces déjantés, CRITIC, 2015
   FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, 1971

    Quatrième de couverture    
     Partir en mission pour explorer le cosmos lointain n'est qu'une affaire de routine, mais découvrir, au cours d'un tel voyage, que l'on n'est pas ce que l'on croyait être, QUE L'ON N'EST PAS HUMAIN, est une aventure qui risque de vous conduire aux confins de la folie. Surtout si l'on tombe amoureux d'une étonnante créature extra-humaine et que, pour la conquérir, l'on manque de périr sous les coups des robots-méduses de Sterga la Noire.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
 
     ET POUR QUELQUES SUPER LUXES DE PLUS

     En place pour un nouveau et rapide check-up de la collection Lendemains Retrouvés, le dernier datant déjà d'une dizaine de mois (Fiction 296 exactement, comme le temps passe !).
     Après un curieux début où il est question de planètes symétriques et qui n'est pas sans rappeler le méconnu film de Robert Parrish Danger : planète inconnue (Journey to the far side of the sun — 1969), Le rideau de Brume d'André Caroff s'enlise dans un space-opera totalement abracadabrant et dénué d'intérêt.
     Au suivant, comme dirait Brel ! Rééditer les romans de Maurice Limat est une plaisanterie de bien mauvais goût. Le carnaval du cosmos s'acharne — et parvient — à gâcher une idée (le vol de visages par des Non-Vivants) qui aurait pu donner quelque chose sous une plume moins détestable. Quant à Moi, un Robot il s'agit d'un ouvrage extrêmement déplaisant qui, à travers la révolte opposant les Humains à leurs maîtres Robots, est, en fait, un sinistre manifeste pour l'élimination de tout ce qui n'a pas d'« âme ». Sous couvert d'humanisme, bien entendu.
     A rééditer de telles nullités, la collection Lendemains Retrouvés ne se justifierait absolument pas... s'il n'y avait, heureusement, les autres, les Steiner, Suragne, Vandel, Thirion, Wul... Quoique pour Wul on arrive au bout du rouleau, Odyssée sous contrôle étant le dernier des cinq romans de l'auteur dont le Fleuve possède encore les droits 1. C'est aussi le dernier des onze romans écrits par Wul à la fin des années cinquante pour la collection Anticipation, une classique histoire d'espionnage interstellaire, distrayante sans plus et qu'un coup de théâtre final sauve de la grisaille.
     Wul nous quitte et Thirion arrive, non avec un inédit comme pourrait le faire penser la coquille du copyright (1979 au lieu de, 1971), mais avec la reprise d'un de ses meilleurs romans, Sterga la Noire. Le commodore Jord Maogan a disparu du côté de la planète-usine Sterga. Or celle-ci appartient au groupe industriel Mac Dewitt, troisième société mondiale qui produit à elle seule 30% du produit cosmique brut, trust stellaire que le génocide n'arrête pas et qui ne songe qu'à « exploiter les planètes jusqu'à l'os pour les quitter ensuite ». Parti à la recherche de Maogan, Stephan Drill devra faire face aux robots méduses de Sterga la Noire et à la féroce milice de Mac Dewitt, mais aussi affronter une extraordinaire réalité qui le mènera aux confins de la folie. Un solide space-opera politique aux intonations vanvogtiennes et une réédition qui, celle-là, s'imposait. A quand Ysée-A et Métrocéan 2031 ?
     Curieux Steiner que cette Menace d'Outre-Terre, récit rocambolesque et teinté de surréalisme où les individus, perdant une dimension, deviennent plats comme des limandes et où les Omégas, entités d'un univers parallèle, s'amusent à se métamorphoser continuellement. L'oreille de Kurt Dupont, alter ego de Steiner et futur collaborateur à Hara-Kiri (mensuel), pointait déjà sous le vernis pseudo-scientifique de rigueur à l'époque !
     Quittant les bouges de Targa la Maudite, Mal lergo le dernier des Phasiens, Fayol Rhaâ « la chose qui vit » et Phyrgom le Loksien se dirigent vers les montagnes d'Agur, là où sont cachées les fabuleuses richesses de Crayor. Mais cette course au trésor cache un terrifiant secret et l'expédition se terminera de tragique manière. Quelque peu marginal par rapport à la thématique habituelle de l'auteur, Mal lergo le dernier est un mineur mais très honnête Suragne, fertile en rebondissements.
     Jean-Gaston Vandel, on le sait, est le pseudonyme de Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, deux vieux amis d'enfance nés à la même année (1913) à Bruxelles. Des Chevaliers de l'espace (1952-FNA n° 7) au Troisième Bocal (1956 — FNA n° 77), nos deux auteurs ont écrit vingt romans pour la collection Anticipation, puis se sont tournés vers l'espionnage, sous le nom de Paul Kenny. La réédition actuelle des œuvres de Jean-Gaston Vandel dans la collection Lendemains retrouvés 2 permet de redonner à cet auteur, tombé quelque peu dans l'oubli, l'importance qu'il mérite.
     L'humanité court à sa perte, telle est l'obsession de Vandel. Gangrenée par la guerre, la folie des hommes, le mauvais usage de la Science, elle risque de ne pas accéder au Troisième Age, celui des Lumières et de toutes les Félicités. Ne faisant pas confiance dans le peuple, Vandel fait appel aux extra-terrestres pour sauver la Terre (Les Ktongs des Titans de l'énergie, Avorus et les siens dans Incroyable Futur) ou à une « force occulte et élitaire » (Le satellite artificiel, suite des Chevaliers de l'espace). Dans son excellente et très longue étude sur l'auteur 3, Jean-Pierre Andrevon met en lumière les lignes de force du « désir » politique profond de Jean-Gaston Vandel :
     « — Les dictatures sont renversées, non par le peuple mais par une force d'avant-garde consciente de son élitisme ;
     — Les dictateurs sont remplacés par un autre chef absolu mais qui, lui, œuvre pour le bien ;
     — Le centralisme dictatorial est remplacé par le mondialisme ». Bref, toutes les caractéristiques d'un dangereux révisionnisme qui accepte d'asservir l'homme « pour son bien » et le confine dans ce qu'Ira Levin a appelé un « Bonheur insoutenable ». Mais, indispensablement replacé dans le contexte des space-opera bellicistes et impérialistes des Fleuve Noir de l'époque, cette recherche du « meilleur des mondes » possibles peut être assimilée à un touchant humanisme, « dont la naïveté est à la mesure de la grandeur » 4.
     Il faut redécouvrir Vandel.

Notes :

1. A savoir : Retour à O, La peur géante, L'orphelin de Perdide, Terminus 1 et Odyssée sous contrôle (Lendemains Retrouvés n°* 20, 26, 52, 44 et 61).
2. 8 titres sont déjà réédités : Territoire robot. Bureau de l'invisible, La foudre Anti-D, Les chevaliers de l'espace. Fuite dans l'inconnu. Les titans de l'énergie. Le satellite artificiel et Incroyable futur — (Lendemain* Retrouvé* n°* 12, 22, 28, 47, 53, 58, 65 et 70).
3. Jean-Gaston Vandel, écrivain progressiste » in Alerte ! 3.
4. Par contre, revendiqué en 1979, un tel révisionnisme est proprement inacceptable. C'est pourtant le propos de Doubi Epstein dans le récent les extra-terrrestres arrivent Samedi (Kessenïng), très médiocre premier roman qui louche du côté de Wise (Le jour où la terre s'arrêta) et patauge dans le sous-Vandel.


Denis GUIOT
Première parution : 1/11/1979 dans Fiction 305
Mise en ligne le : 1/2/2012

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Anticipation (1971)


     Sterga la Noire confirme, après Ysée-A, la place confortable que Louis Thirion semble devoir prendre au Fleuve Noir, profitant il est vrai de la démission de Wul et d'Argyre, et de la rareté de Steiner. Bien que ce dernier ouvrage soit un peu en dessous de Ysée-A, qui reste sa meilleure contribution à la saga galactique du commodore Jord Maogan, Sterga la Noire, space-opera très classique, nous confirme ce qu'on savait déjà de Louis Thirion : voilà un auteur qui sait agencer une histoire et possède un bon sens du découpage, ce qui permet à ses romans d'avoir de la solidité dans la construction et du suspense dans leur déroulement. Il reste à Thirion à acquérir une sûreté de plume qui lui permettra de mieux dessiner ses paysages, de mieux nous faire sentir un décor ou un climat ; car son défaut est sans doute encore la sécheresse, ce qui déteint aussi sur les personnages dont les traits restent trop souvent flous. Mais si l'on songe que Sterga la Noire fait partie de la même livraison que Bases d'invasion de Pierre Courcel et Le rideau de brume d'André Caroff, il deviendrait futile de faire la fine bouche.
     J'ai dit que ce roman concernait Jord Maogan. C'est vrai, mais le commodore de l'espace a ici un rôle plus effacé que de coutume. Il n'apparaît qu'au premier chapitre et au dernier, et c'est sa recherche au contraire qui remplit le plus clair du volume. Jord Maogan a en effet disparu au sein d'un groupe de planètes qui gravitent dans un système situé à l'extrémité de l'univers connu : Sterga, la planète-usine exploitée par la toute-puissante société McDewitt ; Infinite, base perdue sur un roc stérile et glacé ; Aldenor enfin, un monde mystérieux qui abritait autrefois des humanoïdes félins et que le trust stellaire McDewitt a bouleversé par une attaque nucléaire.
     Le roman implique une double lecture. Pour la première, qui concerne l'intrigue proprement dite, on retrouve l'influence de van Vogt, déjà très sensible dans Ysée-A : car l'enquêteur, Stephan Drill, est un homme seul confronté au chaos extérieur, un homme manœuvré à son insu, et qui découvre finalement qu'il possède une double identité. Le récit se déroule ainsi sur deux plans : celui de la réalité, où Stephan se morfond sur Infinite, et celui du rêve (qui se trouve être la réalité d'un plan supérieur), où l'Envoyé commence à prendre la mesure de ses superpouvoirs, et la connaissance de son abhumanité. Dans toute cette partie centrale du roman, le mystère et l'action font bon ménage et composent la trame d'un récit très bien mené.
     La seconde lecture se rapporte au fond, au décor, et manifeste chez l'auteur des tendances politiques qui n'étaient pas apparentes jusqu'alors dans ses écrits. Car, parlant de la société McDewitt, il nous décrit là les faits et méfaits d'un grand trust stellaire, dont l'action d'exploitation est aussi sensible sur l'homme (génocide sur Aldenor) que sur la nature-(pollution de Sterga). La société McDewitt est une sorte d'état dans l'Etat, elle a sa garde privée (les Darmores, humanoïdes féroces qui sont des sortes de C.R.S. de l'espace) et va jusqu'au coup d'Etat quand elle juge que ses intérêts le nécessitent. Voilà une touche politique qui achève de rendre sympathique le dernier roman de Louis Thirion.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/8/1971
dans Fiction 212
Mise en ligne le : 26/4/2002




 

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