Vonda Mclntyre, apparue au début des années '70, fait partie de cette génération d'auteurs américains qui revint à un certain classicisme, après l'explosion psychédélique des années '60. Mais, à la différence de George R.R. Martin, John Varley ou Carolyn J. Cherryh, sa production littéraire reste mince : trois romans et deux novellisations de Star Trek ainsi que quelques nouvelles. Lauréate du Nébula en 1974, catégorie nouvelle, avec le splendide De brume, d'herbe et de sable (in La frontière avenir, Seghers), elle l'obtint dans la catégorie roman cinq ans plus tard pour Le serpent du rêve (Robert Laffont), développement de ladite nouvelle qui reçut également le Hugo.
Superluminal, comme Le serpent du rêve, est tiré d'une splendide novella, Aztèques, parue dans la défunte collection Etoile Double des éditions Denoël. Dès les premières pages, on sent la patte d'un écrivain talentueux, soucieux de qualité et d'originalité. La première phrase, « Elle n'avait pas hésité à renoncer à son cœur », annonce un grand space opéra cruel et dépaysant, dans la lignée de Cordwainer Smith. Comme chez Smith, il faut sacrifier une partie de son humanité — ici, son cœur — pour connaître l'extase de guider une nef spatiale. Et référence ou coïncidence, le spatioport est une île artificielle évoquant le Terraport des Seigneurs de l'instrumentalité.
Mais Vonda Mclntyre a d'autres préoccupations que son illustre prédécesseur, même si les cent et quelques premières pages de Superluminal font penser à La dame aux étoiles, avec cet amour impossible qu'éprouvent l'un pour l'autre Laena et Radu, si proche de celui d'Hélène Amérique pour Monsieur Plusgris. La suite du roman bascule en effet dans un relatif classicisme narratif, dont la destination première est d'offrir un tremplin à une description fouillée des personnages et de leurs rapports. Parler d'une écriture « féminine » est une absurdité, la polémique autour du sexe de James Tiptree / Alice Sheldon l'a amplement prouvé, mais il est certain que la sensibilité de Vonda Mclntyre s'exprime bien plus nettement que celle de beaucoup de ses collègues du sexe opposé. Les relations humaines ont, chez elle, au moins autant d'importance que le côté purement « aventure » de l'histoire. Un livre superbe et attachant comme il en paraît trop peu, qui se déguste comme un alcool fin.
Roland C. WAGNER (site web)
Première parution : 1/3/1987 dans Fiction 384
Mise en ligne le : 19/1/2003