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L'Univers des Géons

Pierre BARBET



Illustration de René BRANTONNE

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 598
Dépôt légal : 1er trimestre 1974
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Notre vieille Terre, mère des civilisations galactiques, est atteinte d'un mal inexorable.
     Elle risque de contaminer cet être vivant qu'est la Galaxie entière : le Géon.
     Conrad Toor, de l'Institut de Technologie Eridanien et Thur, le génial bionicien, découvriront avec horreur le terrifiant péril qui menace les peuples Confédérés.
     Avec l'aide d'Hervad le physicien, de la féline Hysala et du cyborg rebelle Zirug, Conrad tentera de juguler le fléau et de préserver les Géons cosmiques.
     Réussiront-ils dans cette tâche écrasante ?
     Tous devront livrer une lutte sans merci contre les Princes qui tyrannisent les planètes civilisées.
 
    Critiques    
 
     L'univers des géons, dernier-né de l'infatigable Pierre Barbet, reprend le thème du dépérissement d'une Terre polluée déjà exploité (mal) dans La planète empoisonnée, et le gadget scientifique de la bionique abordé dans Les bioniques d'Atria et Le bâtard d'Orion. Cette alliance d'une donnée prospective et d'une « médecine » encore hypothétique me pousse à voler pour une fois la plume à Denis Philippe, étant entendu que Barbet utilise un facteur qui m'est cher, le péril écologique, en le translatant au sein d'un space-opera très classique et plutôt bien ficelé. Il y a là une mesure intéressante à noter, et qu'on pourrait taxer de « récupération » si le terme ne charriait pas un sens aussi massivement négatif. Il paraît bien, en effet, qu'aucun auteur de SF sérieux ne peut plus passer sous silence la situation écologique de notre planète — sous peine de baigner dans l'irréalité la plus complète, ou alors de faire de l'heroic-fantasy, échappatoire commode, mode de récit régressif témoignant d'une pensée réactionnaire... mais quoi ! c'est parfois bien amusant comme exercice de style.
     Comme, d'autre part, on ne peut refaire indéfiniment Tous à Zanzibar et Nous mourrons nus, la conscience des périls écologiques qui bouchent inexorablement le futur peut amener la fin de la science-fiction en tant que genre spécifique d'exploration de l'avenir infini. Ne reste que le présent, avec tous les fantasmes qui en découlent. Mais si on veut malgré tout continuer è écrire de la SF en restant crédible et relativement honnête, et si cette spécificité est portée par un support aussi rigide que la collection « Anticipation » du Fleuve, il faut bien faire de la cuisine.
     La cuisine de Barbet commence bien par un résumé des archétypes de la dégradation de l'environnement : « Les Terriens sont d'incroyables égocentristes. Ils se sont arrogé le droit de vie et de mort sur tous les occupants de leur planète, si bien qu'il n'existe pratiquement plus de forêts, ni de plantes à l'état sauvage. Leur nourriture provient de synthétiseurs ou de culture de tissus qui procure les biftecks dont ils sont friands. Les prospecteurs ont saccagé les ressources minières, il n'y a plus de charbon, ni de pétrole, l'énergie est fournie uniquement par la fusion... » (p. 45). Et pour faire bonne mesure et embrayer sur d'autres notations actuelles, le roman démarre par un affrontement entre contestataires et forces de l'ordre, dans le cadre du Paris du futur, avec des armes extraordinaires et l'emploi de véhicules dégravités. Il y a translation du présent dans l'avenir et dans « l'espace des gadgets ». Ceci est accentué par le fait que L'univers des géons, récit non daté, se déroule manifestement plusieurs centaines d'années dans l'avenir, où la propulsion interstellaire fonctionne et où la Terre forme une sorte de Fédération avec cinq autres planètes humanoïdes, toutes gouvernées par des Princes. Cette contraction d'un futur pollué dont la matérialité se compte en décennies et d'une technologie qui fait partie de l'arsenal de la SF d'avant l'écologie est caractéristique. Cela permet d'inventer des technologies « différentes » pour assainir la planète sur fond d'aventures et de batailles stellaires — ici, la révolte des « savants » contre les Princes. Et ce qu'il y a de curieux, c'est que cette révolte se fait au nom d'un centralisme galactique qui, seul, pourra sauver la « civilisation » de l'effritement :
     « Nous nous trouvons, en effet, à un tournant de l'histoire galactique. Les Terriens qui, jusqu'à présent, avaient occupé une place prééminente, sont en pleine dégénérescence. Dès lors, nos techniciens de l'histoire sont formels : un affaiblissement du pouvoir central dictatorial entraînera une scission de la Fédération. Chaque peuple cherchera à dominer les autres, des incidents, des guerres même, vont fatalement se déclencher. Des nuées de despotes locaux arriveront au pouvoir et ce sera la fin de la Fédération, avec comme conséquence, un recul de la civilisation dans son ensemble. » (p. 120).
     Faudrait-il sauver le malade en prolongeant sa maladie ? On retrouve dans ces lignes une constante de Barbet : sa croyance dans les vertus unificatrices et pacificatrices de pouvoirs centraux et forts, en même temps que sa foi en la science. Mais une science propre, basée sur la bionique (biologie électronique), notamment dans l'emploi de l'énergie non polluante développée par le moteur de Katchalsky basé sur le fonctionnement d'une courroie de collagène imitant la contraction musculaire après passage dans diverses solutions chimiques. L'élite des savants nous sauvera, ce qu'il faut surtout éviter c'est le terrifiant « retour en arrière ». Cependant la Terre est polluée en profondeur. Soit : en y implantant de nouvelles espèces animales « qui concentrent le mercure, le plomb, l'arsenic qui empoisonent la Terre, nous parviendrons petit à petit à l'assainir ». Cette solution, je l'avoue, m'a laissé pantois. Barbet semble croire que les animaux « concentrateurs » sont des espèces de poubelles à contenance infinie, et étanches qui plus est. La transmissibilité des poisons par les chaînes alimentaires est une éventualité qui ne l'effleure pas ; il est vrai qu'on se nourrit par cultures hydroponiques...
     Il ne s'agit pas là, sans doute, de falsification voulue, mais plus probablement de naïveté ou de paresse. Cela me semble cependant significatif d'un certain désarroi devant les problèmes évoqués : dans l'impossibilité d'évacuer la destruction de l'environnement, on emploie des formules magiques, en d'autres termes on en vient à écrire n'importe quoi. Avec sincérité, bien sûr. Et il est hors de doute que, sincère, Barbet le soit : le postulat de base de son ouvrage, c'est de comparer la Terre à une partie malade d'un être vivant gigantesque dont le corps est la galaxie ; c'est cela, un « géon ». On reconnaît ici la théorie cosmique avancée par Klein dans Le gambit des étoiles, et les suites de cet autre roman au titre évocateur, L'homme, cette maladie, de Claude Yelnik. On peut regretter en passant que Barbet n'ait pas donné à son ouvrage les prolongements attendus sur le sujet, mais on remarquera que l'identification entre le pourrissement de la Terre et une maladie biologique est forte et caractéristique. L'auteur, d'ailleurs, en remet parfois quand il se penche sur l'état de décrépitude physique des Terriens révoltés : « Ils poursuivirent lentement leur marche... s'arrêtant... pour gober une scolopendre ou quelque cloporte échappé au D.D.T. qui saturait la planète. » (p. 187). Bien salé, c'est acceptable... Et on accueille avec reconnaissance les paroles d'un vieux Tibétain qui, vivant dans une vallée perdue et ayant sauvegardé son patrimoine culturel et social, évoque les préceptes de sa vie devant les révoltés en fuite : « Ce sont des chèvres (...) : elles me donnent à boire leur lait, lorsqu'elles sont vieilles, je mange leur viande, leur peau me sert de couverture pour me protéger du froid, avec leurs cornes je fais des ustensiles fort résistants. » (p. 188).
     Cette sagesse est cependant vite oubliée. Après que la Fédération se soit débarrassée du joug des Princes, elle optera pour deux autres voies pour retrouver visage humain : « coloniser d'innombrables planètes et y déverser le trop-plein de nos astres surpeuplés », et utiliser la bionique pour produire de l'énergie propre. Hors de la technologie et de l'expansionnisme, point de salut ! Voilà la moralité d'un ouvrage qui me semble exemplaire, en ce sens qu'il développe une idéologie et une trame romanesque qui sont le propre d'un grand nombre de romans de SF aujourd'hui, de cette SF qui résiste et s'accroche, qui ne veut pas mordre la poussière ni renoncer à ses ficelles. Faire du neuf avec du vieux (ou ne serait-ce pas du vieux avec du neuf ?), voilà le nouveau combat entrepris. Sauter à pieds joints par-dessus les problèmes écologiques pour continuer à faire du space-opera, voilà notre nouvelle ligne bleue des Vosges. Barbet y est un combattant avancé.
 

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/8/1974 dans Fiction 248
Mise en ligne le : 9/6/2015


 
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