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    Série    
 

Chroniques de l'Inquisition

(titre original : The Dawning Shadow)

S.P. SOMTOW & Somtow SUCHARITKUL

 
    Omnibus    
(omn) /    Chroniques de l'Inquisition 1/2
(omn) /    Chroniques de l'inquisition 2/2
 
    Volumes de la série    
1 /    Lumière sur l'Abîme
2 /    Le Trône de folie
3 /    Le Vent des Ténèbres

    Critiques    
     Voici réunies en deux forts volumes l'intégrale des Chroniques de l'Inquisition, un space opera flamboyant. Lors de la Diaspora humaine dans l'univers, quand la conquête spatiale fut rendue possible, fut mise sur pieds l'Inquisition du titre, un organisme chargé à l'origine de guider les flux de migration. Ses membres avaient des prérogatives très fortes, et sont toujours capables de détruire des planètes entières ou de se rendre quasiment instantanément d'un endroit à l'autre dans la galaxie. Mais, à force de profiter de ces possibilités, certains en ont abusé, et sont devenus accros au pouvoir, n'existant que pour celui-ci, et faisant montre d'une grande cruauté vis-à-vis des populations qu'ils sont censés contempler avec rigueur mais bienveillance. L'Inquisition est désormais une structure sclérosée ; l'un des Inquisiteurs en a conscience, qui décide de faire éclater son ordre. Mais il sait qu'il n'y arrivera pas par lui-même, car il est trop à l'intérieur du système. Il choisit donc un jeune homme de basse extraction, qui sera l'instrument de sa manipulation.
     Les Chroniques avaient fait l'objet d'une première parution en « Présence du futur » il y a une vingtaine d'années. Depuis, Somtow Sucharitkul est devenu S.P. Somtow, et il a révisé ses romans. Ceux-ci nous sont donc présentés ici dans la version définitive de l'auteur — et dans une traduction revue et harmonisée par Gilles Goullet — , et complétés par un recueil de nouvelles inédit en français. Ces textes montrent les origines des personnages, et notamment comment certains d'entre eux se sont rencontrés. Ils comblent donc utilement quelques trous, même si le lecteur a l'impression durable que la chronologie des événements est parfois en contradiction avec celle des romans. Mais qu'importe, car le souffle de l'auteur, l'ampleur de ses visions et la profonde humanité de ses personnages nous emportent rapidement. Et même si, comme dans tout cycle de 1500 pages, on aurait aimé que l'auteur fasse quelques coupes et resserre son écriture, ces Chroniques se lisent fort bien. Une réédition bienvenue.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/10/2005
nooSFere


     Voici une œuvre inclassable par son thème, imposante par son ampleur, d'une sensuelle beauté et d'une cruauté métaphysique. Elle est le fait d'un auteur lui aussi atypique : les auteurs de S-F d'origine thaïlandaise ne courent pas les rues, surtout parmi les chefs d'orchestre d'envergure internationale. Somtow Pinapian Sucharitkul est aussi à l'aise dans l'évocation d'univers chatoyants que délirants, voire déjantés (Mallworld) ou encore en fantastique (Vampire Junction), en fantasy et même dans la littérature pour la jeunesse (Messages de l'au-delà).

     Dans un futur lointain, où l'humanité a essaimé sur des millions de mondes, sévit une Inquisition millénaire, qui, sous prétexte d'assurer la survie de l'humanité en cherchant l'utopie parfaite, traque inlassablement les fausses utopies, en y semant les germes du chaos. « La fin de la joie est le commencement de la sagesse. » L'Inquisition est animée par la compassion, qui lui permet d'endosser la culpabilité liée à la destruction de mondes, la déportation ou l'éradication d'individus. La réalité du système est son envers exact : les Inquisiteurs sont des destructeurs d'utopies, l'indifférence voire la cruauté pour certains tient lieu de compassion. C'est au moyen d'un jeu subtil et élaboré, le makrúgh, qu'ils s'échangent ou détruisent des planètes. Le simple fait de voyager à travers l'espace est rendu possible par des créatures, les Delphinoïdes, que l'on couple à des vaisseaux. La tristesse de ces créatures presque entièrement cérébrales, empêchées de chanter leurs poèmes de lumière, est si poignante que les humains affectés à la construction de ces vaisseaux ont été rendus sourds et aveugles. C'est ainsi que Touche-Ténèbres, une fille qui a conservé la vue à cause d'une régression génétique, découvre le mensonge dans lequel elle a été élevée et est sauvée par un adolescent rêvant aux étoiles, Kelver.

     Le premier opus, Lumière sur l'abîme, raconte comment l'Inquisiteur Davaryush, conscient de la corruption de sa caste, fait de Kelver son élève pour qu'il provoque la chute du système. Le Trône de folie, second roman du premier tome de cette intégrale, montre Tón Kelver s'opposant à un autre jeune Inquisiteur, Arryk, disciple, avec Siriss, dont le cœur balance entre les deux, d'Elloran, un Inquisiteur bon et sincère. Arryk, qui croit en l'Inquisition, veut empêcher Kelver de la détruire. Les Chasseurs d'utopies (dans le second volume de l'intégrale) est un recueil de nouvelles reliées entre elles par le parcours de Jenjen, une tisseuse de lumière découvrant la société des Inquisiteurs. Ce recueil est une pause permettant de préciser bien des points sur l'Inquisition, avant le titanesque affrontement final conté dans Le Vent des Ténèbres.

     Avec « Les Chroniques de l'Inquisition », le space opera devient métaphysique. On ne peut qu'être transporté par le lyrisme de cette œuvre gigantesque, par le foisonnement baroque de ces sociétés très contrastées. La réflexion que Somtow mène autour de l'utopie et, d'une façon plus globale, sur la condition humaine, son irréductible besoin de violence et sa cruauté, s'articule autour de ces multiples récits qui ne parlent finalement que d'amour et de liberté.

     Cette œuvre magistrale, souvent émouvante, mais aussi assez ardue, est pour la première fois présentée dans son intégralité, avec le recueil de nouvelles resté à ce jour inédit en France. Elle est à ranger à côté des « Seigneurs de l'Instrumentalité », de Cordwainer Smith, un autre monument du genre, par son ampleur et son lyrisme.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2005
dans Bifrost 40
Mise en ligne le : 12/11/2006


     Chasseurs d'utopies

     Né en 1952, Sucharitkul Somtow est l'artiste thaïlandais le plus connu au monde. Chef d'orchestre de renommée internationale, il est aussi écrivain de SF, célèbre déjà par sa trilogie Vampire Junction. C'est un extraterrestre dans une littérature dominée par le monde anglo-saxon. On ne s'étonnera pas de trouver chez lui une SF différente, exotique, chatoyante, épicée, à la saveur bien particulière.
     Les Chroniques de l'inquisition content, en quatre gros romans, la chute d'une civilisation. Loin dans le futur, la diaspora humaine s'étend sur un million de mondes contrôlés par les inquisiteurs, êtres humains devenus dieux. Ils ont mis à leur profit une technologie si avancée qu'elle semble magique et maintiennent en esclavage toute l'humanité. L'inquisition fait la chasse aux utopies et les détruit de manière impitoyable. Les inquisiteurs dévastent des mondes et tuent au cours de jeux stratégiques, sans crainte du paradoxe, au nom de la compassion. Le ton original de cette œuvre déroutante, poétique et cruelle, sorte de mythologie future, dégage tant de beauté que le plaisir de lecture est total. Il y a une logique interne très solide dans cette œuvre majeure, dont l'ampleur est à la mesure de ses ambitions.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 16/8/2005
24 heures
Mise en ligne le : 30/12/2008


     Le goût de Gilles Dumay (et des lecteurs/acheteurs) pour les cycles complets sous forme de pavés nous vaut la réédition de trois romans de Somtow P. Suchariktul, dit S. P. Somtow, parus voici quelque vingt ans en « Présence du Futur », réharmonisés et complétés par un fix up inédit. Le tout si étroitement lié qu'on se demande comment, à la première publication, s'en tirait le lecteur tombé par hasard sur un volume isolé.

     Le résultat peut caler un buffet normand mais aussi l'estomac de qui apprécie les vastes perspectives et les images grandioses : immenses delphinoïdes volants capables de percevoir l'hyperespace depuis un cratère de cent kilomètres de haut, million de mondes de la diaspora humaine, planète creuse bâtie bien avant l'homme autour d'un trou noir, étoiles intelligentes, jeux avec le temps selon qu'on voyage par l'hyperespace susmentionné ou dans des bulles tachyoniques nées dudit trou noir, containers emmenant la population de planètes entières sacrifiées au terme de jeux énigmatiques, ou, sur un mode mineur, cités symétriques des couvertures, ptératygres, plaques de téléportation, nuées d'enfants-soldats aux yeux de laser, montés sur des disques volants, morts utilisés comme esclaves, esprits agonisant pouvant encore mouvoir de dévastatrices comètes, art fondé sur le tissage de quatre millions de nuances d'ombre (la création artistique occupe une large place dans les romans, et plus encore dans le fix up)... Et par dessus le tout, l'inquisition éponyme, absurde omnipotente, avec ses servants transformés en dieux quasi-éternels, supposés assurer la stabilité de l'univers et incarner la suprême compassion en jouant avec le sort de planètes entières -encore que le système se dérègle et que la chronique soit celle de son effondrement, vu par une poignée d'acteurs, inquisiteurs dissidents ou non et « éphémères » au destin hors du commun.

     La disproportion entre l'immensité du décor et le faible nombre des personnages réels pourrait irriter — mais elle fait partie des règles de base d'une bonne partie du genre, par ailleurs elle renvoie dans le fond à maintes mythologies, de la Thaïlande d'où vient l'auteur à « notre » Grèce antique, et — surtout — des gloses, à la fin de chacun des romans, en font les traces forcément déformées d'événements sur lesquels on s'interroge encore bien longtemps après : cette mise en abyme explique des approximations, des incohérences ou au moins des variations au fil des récits, et enchâsse une aventure aux dimensions cosmiques dans autre chose, tout juste suggéré mais encore plus vaste ; de plus, cela justifie des passages fort déclamatoires. Ainsi, ce qui serait une faiblesse devient un raffinement, selon le billgatesque principe « it's not a bug, it's a fonctionality ». Comme les faiblesses étaient minimes et qu'on était trop emporté par le flot du récit pour vraiment s'irriter, c'est tout bénéfice, même sans ajouter que les manipulations emboîtées se multiplient à un point tel qu'on peut les imaginer se poursuivant hors du cadre des volumes, bien au-delà des possibilités de compréhension des personnages, des lecteurs et pourquoi pas de l'auteur.

     Autant dire que l'occasion est bonne pour déguster un galactic opera à la fois naïf et sophistiqué, où on repérera peut-être la collision entre le fonds anglo-saxon et une culture fort exotique, mais aussi entre l'artillerie du genre et les préoccupations d'un romancier-musicien ou d'un chef d'orchestre-écrivain. Reste à espérer que les lecteurs l'apprécieront à sa juste valeur, pour qu'encouragé, l'éditeur nous offre d'autres œuvres du même auteur, signalées dans la bibliographie signée Alain Sprauel, comme le cycle d'Aquilia, où les légions de Rome conquièrent l'Amérique.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/10/2005
dans Galaxies 38
Mise en ligne le : 1/2/2009

 
Base mise à jour le 6 mai 2017.
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