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Les Âmes dans la grande machine

(titre original : Souls in the Great Machine)

Sean McMULLEN

 
    Volumes de la série    
1 /    Les Âmes dans la grande machine - 1 : Le calculeur
2 /    Les Âmes dans la grande machine : 2 - Les stratèges

    Critiques    
     En Australie. 2000 ans après le Grand Hiver, une glaciation provoquée par les activités humaines.
     Un univers post technologique reconnaissable quoique différent. Un monde sans électricité ni radio à cause de satellites militaires toujours opérationnels qui détruisent ce type d'installations. Un monde régulièrement balayé par l'Appel, un étrange phénomène qui attire bêtes et hommes vers le Sud et la mer où ils se jettent comme des lemmings. Une société plus ou moins féodale, divisée en une multitude de mayorats guerroyant d'enthousiasme les uns contre les autres et parcourue de trains à éoliennes ou à pédales. Le duel, pratiqué à la française, considéré comme un moyen de promotion légitime, y réglant les conflits sociaux ou professionnels. Les bibliothécaires dragons, c'est-à-dire bibliothécaires et pistoleros, constituent une caste importante qui, sous l'impulsion de Zarvora Cybelline, va devenir dominante. Cette jeune femme géniale a découvert qu'une fabrique automatisée, sur la Lune, créait un voile de nanomachines autour de la Terre pour réfléchir chaleur et lumière solaires. Elle décide donc de se hisser au pouvoir pour parer à la menace d'une nouvelle glaciation...

     Voilà un monde original que l'on placera non loin d'Un Cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller sans que Les Âmes dans la grande machine ait pour autant une envergure comparable. C'est avant tout un livre d'action. Roman politiquement correct, il prend le contre-pied de la S-F de années 40/50 où les femmes ne servaient que de faire valoir aux héros. Bien que géniaux, tous les personnages sont antipathiques, tous les personnages masculins sont de fieffés pauvres types : Nikalan, Glasken, Ilyire, Tarrin, Jefton, Denkar... Par ailleurs, derrière les bonnes intentions des sauveurs du monde, le livre véhicule des idées sociales plutôt douteuses, c'est à dire totalitaires. La fin justifie les moyens et l'arbitraire de la raison d'état s'impose. Le pouvoir doit rester à ceux qui ont la force de s'en emparer et pour qui les masses oscillent entre les statuts de viande et d'outil.
     Des raisons qui font que le monde de McMullen est un lieu éminemment intéressant, à savoir les vagabondes, l'Appel et la menace de glaciation représentée par le soleil miroir, seule la première est explicitée avec toute l'attention voulue. Les deux autres sont traitées par-dessus la jambe. Sean Mc Mullen préférant s'étendre sur les conquêtes amoureuses de Glasken, personnage qui aurait au moins pu s'accorder une fin tragique pour acquérir une certaine dimension héroïque. Mais non... Sans parler des batailles et autres duels.

     De nos jours, Les Âmes dans la grande machine se verra malgré tout accorder une mention assez bien mais, comme de coutume, il aurait gagné à être sérieusement dégraissé. Ainsi, nous aurions pu espérer un seul et unique volume. 42 euros les 624 pages, c'est trop cher payé pour un livre qui ne sort pas de l'ordinaire. Cette pratique éditoriale qui tend à se généraliser (Passage, de Connie Willis en J'ai Lu « Millénaires » ; Perdido Street Station, de China Miéville au Fleuve Noir, ou encore Les Puissances de l'invisible de Tim Powers chez Denoël) est inacceptable pour le lecteur, lequel paie des bouquins qui seraient bien meilleurs s'ils étaient moins cher, moins gros. A défaut d'être à éviter, Les Âmes dans la grande machine n'a rien d'une priorité...

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2004
dans Bifrost 35
Mise en ligne le : 2/8/2005


     Attention, chef-d'œuvre ! Galaxies n°29 vous l'avait annoncé dans le dossier consacré à Sean McMullen, l'étoile montante de la science-fiction australienne. Après l'excellent Empire du centurion, voici un deuxième roman traduit en français : Les Âmes dans la Grande Machine, premier tome d'une trilogie (les deux volumes suivants s'intitulent The Miocene Arrow et Eyes of the Calculor). Il a pour cadre l'Australie dans 2000 ans. La Terre a été ravagée par une période de glaciation, le Grand Hiver, peut-être à l'origine une parade scientifique à l'effet de serre. Le climat s'est rétabli depuis, mais de nouveaux phénomènes ont fait leur apparition, tel l'énigmatique Appel, une force qui pousse irrésistiblement hommes et bêtes vers le Sud, jusqu'au bout du monde et le plus souvent jusqu'à la mort. Diverses explications rationnelles ou religieuses ont été avancées, mais le mystère reste entier. La vie s'organise donc autour de parades qui permettent de survivre aux Appels, comme la construction de murs ou le fait de s'attacher à une longe de sécurité, puisqu'un Appel peut survenir à tout moment.

     S'il reste des vestiges de l'ancienne civilisation, la technologie ne peut se développer pleinement car les machines trop élaborées sont implacablement détruites par un rayon venu du ciel, issu de satellites restés en orbite et qu'on ne sait plus maîtriser. La vie n'en est pas moins bien organisée, et les énergies renouvelables (ou humaines) sont bien employées. C'est dans ce contexte que Sean McMullen narre l'ascension fulgurante de Zarvora Cybeline, jeune femme intelligente et ambitieuse qui dirige la gigantesque bibliothèque de Libris. Ses réformes bousculent une administration séculaire et sclérosée. Son but secret est d'ordre scientifique : elle souhaite poursuivre ses recherches sur le passé pour comprendre, entre autres, l'origine de l'Appel et du Grand Hiver. Elle conçoit à cet effet le Calculeur, machine à la rapidité et à la puissance de calcul redoutables, réinventant l'informatique en se servant uniquement de composants humains... cette vision dantesque donne son titre à l'ouvrage. De nouvelles perspectives s'ouvrent grâce à cette machine qui permet d'accroître les connaissances et d'améliorer les moyens de communication ; mais comme bien souvent il y a un revers à la médaille : les possibilités du Calculeur, utilisé à des fins militaires, donnent à son possesseur un avantage énorme.

     À cette trame de fond viennent s'ajouter de nombreuses histoires qui se croisent et se mêlent au cours des années, et qui, chose ô combien rare dans ce genre de construction, sont toutes d'un intérêt égal et soutenu. On rencontrera ainsi une jeune bibliothécaire de province portée sur la gâchette, qui suivra les traces de Cybeline avant de se rebeller, une linguiste muette (un comble !), un Don Juan compulsif qui, sous des dehors futiles, s'avère être un personnage attachant, solide et philosophe, apportant une note de légèreté et d'humour dans le roman, un fondamentaliste religieux veillant jalousement sur la virginité de sa prêtresse de sœur... Les relations de tous ces personnages permettent à Sean McMullen de jouer sur une palette étendue de sentiments, du grand amour à la haine la plus farouche. L'inventivité science-fictive est donc mâtinée d'un vrai souffle romanesque qui fait de ce roman un livre difficile à lâcher.

     L'univers de McMullen est d'une richesse et d'une cohérence incroyables, et le roman génère des images très fortes pour le lecteur. Ainsi, les rouages de l'administration pesante de la bibliothèque volant en éclats ou les chameaux se jetant du haut des falaises à cause de l'Appel sont autant de touches qui donnent au récit une précision quasi photographique. Enfin, l'auteur distille savamment, tout au long du roman, des révélations qui permettent au fur et à mesure de mieux appréhender ce monde et son avenir. Ce premier mouvement se clôt sur l'espoir d'un autre monde au-delà des océans, les États-Unis ayant évolué de manière parallèle.

     Les Âmes dans la Grande Machine est un grand roman de science-fiction, et il serait vraiment dommage de passer à côté. Et dire que deux tomes du même acabit nous attendent encore...

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/3/2004
dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 10/12/2008

 
Base mise à jour le 6 mai 2017.
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