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Un froid mortel

Alphonse BRUTSCHE



Illustration de Michel GOURDON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Angoisse n° 201
Dépôt légal : 3ème trimestre 1971
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Tout avait pourtant bien commencé.
     Il faisait beau, la journée s'était passée aussi bien que peut se dérouler un dimanche de juillet, quand les vacances sont proches et que l'insouciance règne.
     Mais pourquoi avait-il fallu que Françoise insiste pour s'arrêter à ce motel flambant neuf qui étincelait de couleurs vives au bord de la route ?
     Et pourquoi le petit Victor, le fils d'Alain et Françoise, prétendait-il avoir rencontré un homme qui lui avait dit que son papa allait mourir le lendemain ?...
     Décidément, cette journée si bien commencée se terminait mal. Voilà que le temps se couvrait, qu'il commençait à pleuvoir et .qu'un froid anormal pour la saison figeait la nuit qui tombait.
     Que se passait-il ? Pourquoi Alain ne retrouvait-il plus Françoise et Victor ? Pourquoi ce mal de tête lancinant qui lui brouillait les esprits. ?
     Et pourquoi ce rêve, où il se voyait enterré vivant par sa. famille et ses amis ? D'ailleurs, était-ce bien un rêve ?...
 
    Critiques    

Les collections dites « populaires » sont tenues à un impératif, celui de n’évoluer qu’avec prudence, de peur de voir une partie fidèle de la clientèle, un peu trop tôt ou trop vite désorientée, abandonner son vice favori et renoncer à lire dans le train ou tout en mâchonnant son herbe du week-end, pour revenir au banal quotidien et aux savantes rêveries liées au tiercé.

Cette nécessité est la cause de deux catégories d’inconvénients : le premier (et peut-être aussi le plus grave à longue échéance) amène les auteurs installés dans l’une ou l’autre maison d’édition à remoudre de trimestre en trimestre le même grain, les recettes de distillateurs tendant alors à la sclérose. Le second, souvent le plus irritant, conduit les nouveaux arrivants dans les écuries d’auteurs à imiter pâlement (du moins à leurs débuts) le standard de la collection qu’ils visent à fréquenter, édulcorant ainsi le stéréotype.

La formule personnelle des éditions du Fleuve Noir pourrait faire craindre au spécialiste des études de marché qu’un tel inconvénient ne vienne un jour à troubler le cours majestueux de ce sombre flot littéraire. Mais le débit du Fleuve lui permet d’échapper fort heureusement à ces fatalités, grâce certainement à la loi des grands nombres, laquelle doit forcément conduire à l’imprimerie, dans la masse des auteurs débutants, une forte personnalité de temps à autre.

Après La guerre des Gruulls, qui surnageait nettement dans la série « Anticipation », l’œuvre d’Alphonse Brutsche s’est affirmée d’une semblable « bonne eau » avec Un froid mortel, paru sous jaquette de la série « Angoisse ». Tant il est vrai qu’un tempérament ne se commande pas et qu’au travers de tous les styles volontairement imposés la classe demeure, chez celui qui entreprend d’écrire. Le côté banal des deux titres cités ci-dessus, avec l’immanquable réminiscence de La guerre contre le Rull de van Vogt du premier et la classique évocation des terreurs du tombeau, affichée sans vergogne par le second, ne serait-il pas le signe d’une volonté absolue de relever avec panache le défi, l’auteur nous disant : « Dans la plus plate des traditions, lecteur, j’ai décidé de te remplir d’étonnement » ?

Réflexions à propos de la lecture de ce livre (dont je ne vous résumerai pas l’argument, rassurez-vous, ce serait le priver d’une bonne part de son sel !) : l’auteur réussit à nous ravir par la création d’un authentique climat de malaise au sein d’un réalisme dans les personnages et le décor qui sent son métier bien en main. Au point que l’on vient à rechercher, dans le nom qui orne la couverture, l’anagramme d’un journaliste de grand reportage, tant la plume alerte et la justesse d’observation déployée amènent à se pencher avec intérêt, puis une véritable fascination, sur le pitoyable (mais si proche de nous) héros de l’histoire.

Bien entendu, cette qualité d’écriture ne parvient pas dans ce livre à créer le chef-d’œuvre, car la nécessité de revenir aux canons de la collection fait retomber l’ensemble. En somme le lecteur, conduit pas à pas sur les traces de quelque chose qui lui parait presque, à certains moments, devoir s’avérer génial, ne peut s’empêcher, dans un premier temps, de s’estimer déçu par la clôture de l’intrigue. J’ai dit que je ne résumerai pas le récit, décision aimable, certes, pour le lecteur de cette revue, mais gênante pour la démonstration. Qu’il me suffise de préciser cependant ceci : le fait de s’être haussé à un tel niveau pratiquement sur les quatre cinquièmes du texte entier ne peut guère, ensuite, être jugé comme une mince affaire et la profondeur de la désillusion finale est elle-même garante de la valeur du livre.

On regrettera par ailleurs de constater à quel point la nécessité d’écrire vite, impératif de rendement lié au faible prix de vente, empêche la correction des épreuves, installant au beau milieu des pages imprimées de redoutables erreurs de simple, très simple, orthographe. Citons, au hasard : « son mal de tête... se rappelaient à son attention » (page 36) pour l’orthographe et : « Alain s’arrêta, se passa une main trempée, sur son visage ruisselant » (page 144) pour le manque de rééquilibre du style. Cependant, puisque j’en suis à citer, il me parait juste de signaler, pour les louer cette fois, certains traits comme par exemple : « Avant de pousser la large porte vitrée, Alain leva les yeux pour lire le nom du bar. C’était : Bar du Délire, en notant que cette inscription se transforme la seconde suivante en « Bar des Lyres ».

Si j’ajoute à cela que ces événements ou réflexions suivent le héros pendant qu’il parcourt, transi jusqu’aux os en plein mois de juillet, une ville silencieuse, au sein de gens qui ne le voient pas, et que l’enseigne lui apparaissant, du motel tragique où commence l’aventure, n’est autre que « Hôtel du Trépas », il faudra bien que le lecteur me croie sur parole, mais je l’affirme bien haut : tout cela « passe » très bien !

L’astuce finale de ce roman, astuce d’auteur intelligent, l’est peut-être trop, en ce sens qu’elle permet de tout expliquer, absolument tout, rationnellement, des péripéties de cette histoire pourtant truffée d’extravagances apparentes. Mais ceux qui protestent contre la prolifération des benêts littéraires oseront-ils se plaindre de l’excessive beauté d’une mariée ?

Une œuvre écrite, certes, un peu trop vite, mais sur un scénario soigneusement monté, et avec un art consommé de la peinture du décor et de l’analyse de caractère, voilà, n’est-il pas vrai, qui méritait d’être fermement souligné, au sein d’une collection d’essai, visiblement moins surveillée que ses similaires au sein du Fleuve Noir lui-même.


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/3/1972 dans Fiction 219
Mise en ligne le : 3/3/2019


 
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