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Harry Dickson 2

Jean RAY

Cycle : Les Aventures de Harry Dickson (découpage annexe)



MARABOUT - GÉRARD , coll. Bibliothèque Marabout - Géant n° G265
Dépôt légal : 1966
Recueil de nouvelles, 416 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
     A LA RENCONTRE DES EPOUVANTES NEES DE LA NUIT
     Dans le monde où évolue Harry Dickson, le fantastique devient quotidien.
     Dans les brumes humides de Londres, le détective est opposé à l'obscure face des êtres.
     Devant lui se dressent des monstruosités venues de la nuit des temps, plus redoutables que jamais.
     Il lui faudra tout son génie pour arracher les masques, vaincre les phantasmes et sortir grandi de ces combats titanesques.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - La Résurrection de la Gorgone, pages 5 à 83, nouvelle
2 - L'Étrange lueur verte, pages 85 à 169, nouvelle
3 - Le Chemin des dieux, pages 171 à 252, nouvelle
4 - Les Énigmes de la maison Rules, pages 253 à 331, nouvelle
5 - La Pieuvre noire, pages 333 à 411, nouvelle
Critiques

     Ceux qui ont lu l’article de Jacques Van Herp intitulé Le monde de Harry Dickson dans le n°154 de Fiction n’ont guère besoin de parcourir la suite des présentes lignes pour connaître le très vif intérêt offert par la publication de ces deux volumes – les premiers d’une série de rééditions que l’on souhaite longue. Ceux qui lisent Mystère-Magazine ont trouvé, dans le n°230 de cette revue, un article de Jacques Sadoul sur le premier des deux volumes dont il est question ici. Il y a encore eu, dans Fiction, une critique de Francis Lacassin (n°156) sur le volume consacré à Harry Dickson dans les œuvres de Jean Ray que publient les éditions Robert Laffont, et aussi des Notes complémentaires sur Harry Dickson par Serge Bertran et Bernard Dhéry (n°160). Que reste-t-il à dire, après cela, de ces deux volumes que publient les Éditions Marabout ?

     D’un point de vue sordidement utilitaire, il faut d’abord relever que, sur les dix récits présentés en ces deux nouveaux livres, il en est trois qui figurent dans le recueil paru chez Laffont : La bande de l’Araignée, Les spectres-bourreaux et La résurrection de la Gorgone.

     Quant au contenu des récits eux-mêmes, il ne saurait être question d’en résumer ici l’intrigue complète, une des satisfactions majeures procurées par leur lecture étant précisément la manière dont ils font déboucher le quotidien sur le fantastique, dans un décor qui est presque toujours caractéristique des goûts de Jean Ray. Bien que Harry Dickson ait été présenté (pour les besoins de l’éditeur original) comme « le Sherlock Holmes américain », c’est en Angleterre que se déroulent généralement ses aventures. Et cette Angleterre – celle de Londres et de ses ruelles brumeuses, comme celle des petites villes somnolentes de province – était manifestement proche du cœur de l’auteur, aussi proche sans doute que les cités flamandes qu’il évoqua ailleurs. Dans cette somnolence et derrière ces brumes, il y a des gens qui partagent le goût de l’auteur pour la bonne chère, pour un verre de liqueur ou pour une atmosphère enfumée par les pipes des amis ; de tels détails, qui deviendraient fastidieux sous la plume d’un conteur moins naturellement doué, contribuent ici à étoffer l’action et permettent, par avance, une sorte de revanche sur la fatalité : certains personnages seront peut-être tués, en des circonstances parfois horribles, mais ils auront du moins bien mangé et bien bu de leur vivant. Matérialisme vulgaire ? Non point : Jean Ray fait bien sentir l’Importance que possèdent ces petits festins et ces petits verres pour donner du relief à des existences qui, sans eux, seraient bien mornes. Et lorsqu’on voit Harry Dickson participer en personne à de tels repas, on éprouve pour lui un supplément d’estime et d’affection en constatant qu’il possède un excellent coup de fourchette et qu’il est sensible à un verre de whisky de qualité.

     Le premier volume s’ouvre sur l’épisode du Vampire qui chante, lequel est exactement ce que suggère ce titre : un assassin qui paraît annoncer ses méfaits en chantant d’une voix d’ailleurs fort belle. Le décor est celui d’une petite ville anglaise, avec une activité au ralenti et une vie intellectuelle qui est comme une miniature de celle d’un grand centre. La bande de l’Araignée s’ouvre par une énigme angoissante : dix jours de suite, et en dépit d’une surveillance exercée de plus en plus minutieusement, Harry Dickson trouve le matin sur son bureau une araignée d’argent. Comment ces petits objets ont-ils pu être posés là ? L’auteur omet de fournir l’explication, et c’est là une des incontestables faiblesses, au point de vue policier, que présente ce recueil. Mais le lecteur qui veut bien passer là-dessus est entraîné dans une course-poursuite au cours de laquelle Dickson traque sa redoutable ennemie Georgette Cuvelier jusque dans la région du Mont-Cenis. Il reprend d’ailleurs la poursuite dans Les spectres-bourreaux, qui est en somme de l’Edgar Wallace délirant. Dickson remporte la victoire finale sur son ennemie – qui est aussi un peu amoureuse de lui – dans un décor qui accentua ce rapprochement : une lande perdue dans le Westmorland, au nord de l’Angleterre, où la redoutable Georgette a installé son repaire. Cric-Croc, le mort en habit commence sur une scène de théâtre, avec l’enlèvement d’une actrice, en pleine répétition, par un homme hideusement grimé ; l’aventure se déroule ensuite dans les bas-fonds, pendant que des vols et des enlèvements sont signalés. Le piège tendu par Harry Dickson fonctionne finalement, et révèle ce qu’on pourrait appeler une vérité à double fond. Ces quatre épisodes ne relèvent guère du fantastique, exception faite à la rigueur de la raison pour laquelle le vampire chantait, dans le premier épisode ; et encore serait-il possible d’invoquer là une anomalie due à une mutation.

     La rue de la Tête-perdue commence par une série de meurtres mystérieux dans une petite ville d’Angleterre. Aux crimes succèdent des incendies, mais la cause des drames n’en disparaîtra pas pour autant dans les flammes ; en fait, cette nouvelle est une de celles où le retour du naturel, chez l’auteur, est particulièrement évident. L’énigme policière débouche sur une vision de terreur, qui prolonge jusqu’en plein vingtième siècle un culte monstrueux de l’antiquité. Sur cette apparition d’un dieu païen s’achève le premier volume.

      Si la présence de ce dernier dans l’Angleterre moderne n’est guère expliquée (à moins que l’on accepte l’idée d’une réincarnation, sans autre éclaircissement), il en va autrement dans La résurrection de la Gorgone, qui ouvre le second volume. La couverture du fascicule présenta une illustration qui pourrait se rapporter à un roman policier corsé de traces de sadisme (on sait que Jean Ray dut écrire ses récits en y incorporant obligatoirement la scène illustrée, que l’éditeur tenait à utiliser) : du plâtre semble être coulé sur un Infortuné personnage que l’on transformera ainsi en statue. Et, effectivement, il y avait là le sujet d’une enquête acceptable, avec sculpteur fou, enlèvements et capture finale de l’artiste criminel. Mais, caractéristiquement, Jean Ray n’utilise de tels éléments qu’en guise d’entrée en matière, faisant à nouveau déboucher l’action en plein fantastique. Harry Dickson n’aurait-il pas rencontré, en réalité, l’héritière d’une race mi-humaine mi-animale, dont la Gorgone avait été l’ancêtre lointain ? L’explication est clairement suggérée dans la conclusion du récit.

     L’étrange lueur verte présente une invention utilisée à des fins criminelles. Le chemin des Dieux s’ouvre par une de ces merveilleuses scènes qui paraissent défier le sens commun (un riche aristocrate offrant à des invités assez misérables, qu’il n’a point choisis, un dîner en apparence somptueux mais où chaque plat a été délibérément mal préparé) et se termine par la menace d’une invasion née en Asie, non sans qu’apparaissent les représentants d’une étrange race humanoïde aux corps difformes. Les énigmes de la maison Rules est peut-être le récit le plus proche des normes policières « classiques » dans ces deux volumes. En dépit de plusieurs coups de théâtre bien amenés, ce n’est cependant pas le plus satisfaisant : à la manière d’un élève doué qui s’applique dans une branche où il ne se sent pas trop sûr de lui, Jean Ray a cherché ici à trop bien faire, et son intrigue, incontestablement complexe, paraît surtout gratuitement embrouillée à travers les explications de Dickson. La pieuvre noire, annoncée comme La fièvre noire sur la couverture, commence de manière assez anodine par une énigme zoologique, pour s’achever en intrigue internationale qui suggère Edgar Wallace une fois de plus.

     L’amateur de romans policiers classiques ne trouvera probablement pas son compte dans ces volumes, mais il sera le seul : Il y a en effet dans ces pages de quoi satisfaire tous ceux qui sont attirés par l’insolite sous ses formes diverses. Non pas un insolite dont le mécanisme est minutieusement expliqué au moment du dénouement, comme chez Boileau-Narcejac, mais bien une suggestion de l’existence de mondes où la logique cartésienne n’a pas cours. Aussi n’est-ce pas au moyen de cette dernière que Harry Dickson affronte ses ennemis.

     Au fait, quelles sont les méthodes du « Sherlock Holmes américain » ? Il n’en a pas, à proprement parler. Ou, plus précisément, il se fie à son intuition, à une sorte d’instinct qui lui fait affronter d’égal à égal les forces des ténèbres que l’auteur met sur son chemin. Occasionnellement, il recourt au raisonnement analytique, voire à l’examen de traces, à une expertise scientifique. Mais il est surtout l’homme qui guette les ennemis venus d’ailleurs, qui pressent leurs manifestations alors même qu’il n’en connaît pas exactement les pouvoirs. Son attitude est exactement celle de l’auteur – elle est le contraire de la fuite effrayée par laquelle s’achève maint récit de Lovecraft. Même s’il n’utilise pas la raison telle que nous la concevons généralement, Harry Dickson s’en fait invariablement le défenseur. Ce qui importe, c’est moins le choix des armes que le déroulement et l’issue de la lutte.

     C’est pourquoi ces récits peuvent être appréciés à plusieurs niveaux, et selon plusieurs angles. Il y a leur allure épique, leur indéniable poésie, leur écho de l’inconnu, leur rythme aventureux chacun de ces éléments représente à lui seul une raison suffisante pour suivre les traces de Harry Dickson.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/5/1967 dans Fiction 162
Mise en ligne le : 20/11/2022

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